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| La réforme agraire promise
il y a dix ans par le nouveau pouvoir sud-africain pour corriger les injustices
du colonialisme et de l’apartheid progresse lentement, avec 80% des
terres appartenant toujours à la minorité blanche, et une
impatience croissante des Noirs sans terres. En 1995, le premier gouvernement de Nelson Mandela mit en place une double politique: restitution de terres ou espaces confisqués sous l’apartheid à des Noirs ou métis, et surtout redistribution globale du sol pour corriger les inégalités historiques. Sur 15 ans, 30% des 85 millions d’hectares de terres cultivables du pays devaient passer aux Noirs. En 2004, on est encore loin du but: seuls 3% des terres ont été acquises par le gouvernement selon le principe «vendeur-acquéreur consentants» et allouées à environ 700.000 Noirs, selon des chiffres officiels. A ce rythme, il faudra encore 80 ans pour atteindre les 30% de terres redistribuées, a calculé le Mouvement des sans terres (LPM). La terre en Afrique du sud, comme dans le reste de l’Afrique australe, est un sujet hautement sensible: pas seulement un lieu de production, mais aussi un lieu de croyances et de cérémonies, l’endroit où sont enterrés les ancêtres vénérés qui veillent sur leurs descendants. Le gouvernement de Thabo Mbeki, qui a succédé à Mandela en 1999, est parfaitement conscient du caractère émotionnel du sujet et le chef de l’Etat a signé début 2004 des amendements à la Loi sur «la restitution et les droits de la terre» pour faciliter et accélérer le processus. Un processus, martèle l’Etat, qui doit s’opérer dans la légalité en respectant les droits des fermiers expropriés, contrairement au scenario du Zimbabwe voisin où des expulsions de fermiers blancs ont été menées dans la violence, et où la redistribution de la terre a entraîné une chute de la production agricole, plongeant le pays dans la crise. En dépit de cette volonté de légalisme, les amendements ont suscité l’inquiétude des fermiers commerciaux blancs, mais ont en revanche été jugés insuffisants par ceux des sans terres. Pour Agri SA, principal syndicat de fermiers, «le processus d’expropriation», même légal, va avoir «un impact négatif évident sur la confiance des investisseurs dans le secteur agricole». Plus radical, mais bien moins représentatif, le syndicat agricole du Transvaal (TAU), juge que «la hâte du gouvernement à exproprier et à renforcer le nettoyage ethnique va inévitablement conduire l’Afrique du Sud sur le chemin du Zimbabwe». Mangaliso Kubheka, dirigeant du LPM, ne veut pas parler de la situation au Zimbabwe qu’il dit «ne pas connaître», préférant se concentrer sur l’Afrique du sud où, selon lui, le gouvernement «ne prend pas au sérieux» la redistribution des terres. A l’approche des élections du 14 avril, le LPM a lancé une campagne «pas de terre, pas de vote», appelant ses partisans à boycotter le scrutin. M. Kubehka, qui chiffre à 26 millions - sur 44,8 millions d’habitants - le nombre de pauvres et de sans terres dans les campagnes et les villes d’Afrique du Sud, a aussi menacé de manifestations et d’occupations de terres le jour des élections, provoquant une vive réaction de l’ANC. Le parti de Mbeki a qualifié d’acte «d’hooliganisme» la menace du LPM, affirmant qu’il ne tolérerait «aucune action destinée à intimider les gens et à les empêcher d’exercer leur droit de vote». En 2001, des occupations de terres s’étaient déjà produites en Afrique du Sud : elles n’étaient toutefois pas directement liées à la redistribution de la terre, mais plutôt à l’état d’extrême pauvreté de milliers de personnes réclamant seulement un logement digne de ce nom. Le gouvernement avait alors sévèrement réprimé ces occupations illégales, montrant ainsi sa détermination à ne pas laisser s’opérer en Afrique du sud «une dérive à la zimbabwéenne». |
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