Les querelles et les divisions commencent à fissurer le
Congrès national Africain (ANC, au pouvoir) qui vient
d'expulser un de ses membres éminents pour indiscipline et
voit une querelle venimeuse opposer deux de ses poids-lourds
politiques sur fonds de lutte de pouvoir pour la direction du
parti.
L'ANC vient ainsi d'être obligé de former un
comité spécial pour calmer la dispute qui oppose le
vice-président Thabo Mbeki, 54 ans,
désigné par Nelson Mandela comme son plus plausible
héritier politique, et Tokyo Sexwale, 43 ans, Premier
ministre régional de la province du Gauteng, qui cultive son
image de jeune dauphin du président.
Frederick de Klerk a récemment révélé
avoir reçu une demande d'information de la part de Thabo Mbeki
concernant Tokyo Sexwale, en 1994, à l'époque où
lui-même était encore président de l'Afrique du
Sud et de ce fait responsable des Renseignements.
Thabo Mbeki souhaitait savoir si un dossier existait contre Tokyo
Sexwale, accusé de trafic de drogue par la rumeur. M. De Klerk
a affirmé avoir répondu négativement
après avoir interrogé les fichiers du
renseignement.
Mais cette affaire a refait surface alors que Tokyo Sexwale vient de
lancer une croisade contre la drogue qui gangrène sa province,
poumon économique du pays. Conséquence de ces
judicieuses rumeurs, l'opposition libérale vient de demander
une enquête sur les accusations qui "entachent la
crédibilité du Premier ministre (provincial) et
salissent sa réputation". Mandela a dû intervenir pour
défendre Tokyo Sexwale en appelant "les politiciens
à ne pas attiser les rumeurs malveillantes".
Mais il ne fait pas de doute que cette affaire
révèle les efforts de Thabo Mbeki pour entacher l'image
de M. Sexwale afin d'affaiblir ses chances d'accéder à
la direction du parti.
L'ambitieux vice-président a déjà réussi
à écarter un autre de ses rivaux: le très
populaire secrétaire général de l'ANC, Cyril
Ramaphosa, qui a décidé cette année de
quitter la politique pour entrer dans les affaires, après
avoir été systématiquement écarté
de tout portefeuille gouvernemental d'importance.
Son retrait annoncé a ouvert une vacance à la
tête de l'ANC qu'il administrait depuis 1991, ouvrant une lutte
de succession à trois ans des prochaines
présidentielles auxquelles Nelson Mandela, 78 ans, ne veut pas
participer.
Mais Thabo Mbeki doit lui aussi se défendre des attaques
menées par l'aile "gauche" de l'ANC. Le
général Bantu Holomisa vient explicitement de
l'accuser d'être l'instigateur de sa récente expulsion
du parti.
M. Holomisa a été exclu après avoir
accusé de corruption Stella Sicgau, ministre des Entreprises
publiques (ANC) pour une affaire datant de l'époque de des
bantoustans, et ce, devant la Commission Vérité et
Réconciliation chargée d'éclaircir le
passé du pays.
Sommé de retirer ses accusations, Holomisa a maintenu ses
accusations, obligeant Mandela à lui retirer son portefeuille
de vice-ministre de l'Environnement avant que l'ANC ne l'exclue
début septembre. Soutenu par une certaine base qui
s'impatiente des maigres résultats du gouvernement, Bantu
Holomisa se complaît maintenant dans le rôle d'accusateur
public.