N° 245
du 28/02/2002

Angola


Jonas Savimbi
Chef rebelle intransigeant
qui s'est souvent fait respecter par la terreur

Chef de l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola, Jonas Savimbi, 67 ans, mort le vendredi 22 février les armes à la main, était un personnage énigmatique et controversé, façonné par une double formation, protestante et maoïste. Membre de l'ethnie Ovimbundu, un peuple d'agriculteurs établis dans le centre du pays et qui représente 40% de la population angolaise, il était avant tout un militaire.
Après la prise de pouvoir du Mouvement pour la libération populaire d'Angola (MPLA), au moment de l'indépendance du Portugal en 1975, il gagne le maquis qu'il ne quittera que pour la signature des accords de Bicesse au Portugal en 1991. Ces accords sont rompus après le rejet par l'UNITA des résultats des élections qui donnaient la victoire au MPLA du président José Eduardo dos Santos.
Après son retour dans le maquis en 1992, il s'empare de Huambo (centre), la deuxième ville du pays, et en fait son fief, tandis que ses troupes contrôlent les provinces du nord. Ce n'est que quelques jours avant la signature du "Protocole de Lusaka", en novembre 1994, qu'il perd Huambo et les capitales des provinces du nord.
Presque toujours vêtu de son uniforme vert bouteille, le revolver à la hanche et la canne à la main, il a commandé d'une main de fer une armée estimée aujourd'hui à au moins 30.000 hommes.
Dans le cadre des accords de Lusaka, l'UNITA annonçait en mars 1998 sa démilitarisation totale et était, en conséquence, reconnue comme parti politique. Jonas Savimbi avait obtenu un "statut spécial" de chef de l'opposition, avec d'importants droits et privilèges qui en faisait un des principaux personnages de l'Etat.
Mais après la reprise du conflit à grande échelle, le Parlement a voté, en octobre 1998, l'abolition de ce statut.
Fin janvier 1999, le gouvernement lui a officiellement déclaré la guerre, et en juillet de la même année, un mandat d'arrêt a été lancé contre lui pour "crimes de rébellion armée, sabotage, trafic et utilisation d'engins de guerre interdits et tuerie".
Né le 3 août 1934, Jonas Malheiro Savimbi sera toujours marqué par la forte personnalité de son père, pasteur protestant à la morale très stricte et chef de gare. Brillant élève d'une mission protestante, il est un des rares Angolais noirs de l'époque coloniale à pouvoir faire des études supérieures de médecine au Portugal, financées par des missionnaires américains.
Il quitte Lisbonne en 1960 pour la Suisse en raison de ses activités politiques naissantes.
Il adhère un temps au Front national de libération de l'Angola (FNLA) de Holden Roberto, qu'il quitte en 1966 pour fonder son propre parti, l'UNITA, après avoir suivi en Chine une formation militaire et politique de plusieurs mois qui influera sur l'organisation de son mouvement.
Autoritaire et intransigeant, Jonas Savimbi s'était fait de nombreux ennemis au sein de son mouvement mais était toujours parvenu à imposer ses vues politiques et militaires à la direction de l'UNITA, en faisant liquider y compris des généraux de l'UNITA qui n'étaient pas sur la même longueur d'ondes que lui.
C'était aussi le chef rebelle, qui, après la reprise de la guerre en 1998, avait tenté de mener une politique de terreur pour démoraliser les troupes gouvernementales. Il ne dédaignait pas faire relâcher les soldats gouvernementaux capturés par l'UNITA, en leur ayant fait trancher tous les doigts de la main : des atrocités sur lesquelles la communauté internationale a fermé les yeux mais qui n'avait pourtant rien à envier à celles commises en Sierra Leone par les rebelles du RUF.


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