- Chef de l'Union
nationale pour l'indépendance totale de l'Angola,
Jonas Savimbi, 67 ans, mort le vendredi 22
février les armes à la main, était
un personnage énigmatique et controversé,
façonné par une double formation,
protestante et maoïste. Membre de l'ethnie
Ovimbundu, un peuple d'agriculteurs établis dans
le centre du pays et qui représente 40% de la
population angolaise, il était avant tout un
militaire.
- Après la prise de pouvoir du Mouvement pour
la libération populaire d'Angola (MPLA), au
moment de l'indépendance du Portugal en 1975, il
gagne le maquis qu'il ne quittera que pour la signature
des accords de Bicesse au Portugal en 1991. Ces accords
sont rompus après le rejet par l'UNITA des
résultats des élections qui donnaient la
victoire au MPLA du président José
Eduardo dos Santos.
- Après son retour dans le maquis en 1992, il
s'empare de Huambo (centre), la deuxième ville du
pays, et en fait son fief, tandis que ses troupes
contrôlent les provinces du nord. Ce n'est que
quelques jours avant la signature du "Protocole de
Lusaka", en novembre 1994, qu'il perd Huambo et les
capitales des provinces du nord.
- Presque toujours vêtu de son uniforme vert
bouteille, le revolver à la hanche et la canne
à la main, il a commandé d'une main de fer
une armée estimée aujourd'hui à au
moins 30.000 hommes.
- Dans le cadre des accords de Lusaka, l'UNITA
annonçait en mars 1998 sa démilitarisation
totale et était, en conséquence, reconnue
comme parti politique. Jonas Savimbi avait obtenu un
"statut spécial" de chef de l'opposition, avec
d'importants droits et privilèges qui en faisait
un des principaux personnages de l'Etat.
- Mais après la reprise du conflit à
grande échelle, le Parlement a voté, en
octobre 1998, l'abolition de ce statut.
- Fin janvier 1999, le gouvernement lui a
officiellement déclaré la guerre, et en
juillet de la même année, un mandat
d'arrêt a été lancé contre lui
pour "crimes de rébellion armée, sabotage,
trafic et utilisation d'engins de guerre interdits et
tuerie".
- Né le 3 août 1934, Jonas Malheiro
Savimbi sera toujours marqué par la forte
personnalité de son père, pasteur
protestant à la morale très stricte et chef
de gare. Brillant élève d'une mission
protestante, il est un des rares Angolais noirs de
l'époque coloniale à pouvoir faire des
études supérieures de médecine au
Portugal, financées par des missionnaires
américains.
- Il quitte Lisbonne en 1960 pour la Suisse en raison
de ses activités politiques naissantes.
- Il adhère un temps au Front national de
libération de l'Angola (FNLA) de Holden
Roberto, qu'il quitte en 1966 pour fonder son
propre parti, l'UNITA, après avoir suivi en Chine
une formation militaire et politique de plusieurs mois
qui influera sur l'organisation de son mouvement.
- Autoritaire et intransigeant, Jonas Savimbi
s'était fait de nombreux ennemis au sein de son
mouvement mais était toujours parvenu à
imposer ses vues politiques et militaires à la
direction de l'UNITA, en faisant liquider y compris des
généraux de l'UNITA qui n'étaient
pas sur la même longueur d'ondes que lui.
- C'était aussi le chef rebelle, qui,
après la reprise de la guerre en 1998, avait
tenté de mener une politique de terreur pour
démoraliser les troupes gouvernementales. Il ne
dédaignait pas faire relâcher les soldats
gouvernementaux capturés par l'UNITA, en leur
ayant fait trancher tous les doigts de la main : des
atrocités sur lesquelles la communauté
internationale a fermé les yeux mais qui n'avait
pourtant rien à envier à celles commises en
Sierra Leone par les rebelles du RUF.
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