N° 215
du 19/10/2000

Comores


La grogne sociale monte à Moroni

Pénurie de carburant, flambée des prix du riz, grève des enseignants : la grogne monte à Moroni où la situation sociale se dégrade, plus d'un mois après la signature d'un accord de réconciliation avec l'île séparatiste d'Anjouan.
Le 6 octobre, quelques centaines de jeunes ont brûlé des pneus en travers de la route du bord de mer, après avoir manifesté à à la sortie de la prière du vendredi, pour soutenir les Palestiniens. Une cinquantaine d'enfants et d'adolescents ont jeté quelques pierres sur l'enceinte de l'ambassade de France, sans faire de dégâts. Non loin de la manifestation, trois jeunes brandissaient une pancarte proclamant "d'accord pour les Palestiniens, mais du riz et de l'essence pour la rentrée". Dès 10 heures, ce vendredi 9 octobre, des dizaines de voitures étaient garées devant les stations service de Moroni dans l'espoir d'obtenir quelques litres d'essence. Mais malgré l'arrivée la veille d'une cargaison de 200.000 litres de carburant en provenance de Zanzibar, les pompes étaient toujours à sec, de même que les distributeurs du pétrole lampant utilisé dans la plupart des foyers pour faire la cuisine.
L'île de la Grande Comore, qui compte 280.000 habitants et environ 7.000 véhicules privés, connaît depuis près d'un mois l'une des pires pénuries de carburant de ces récentes années.
La directeur de la société nationale des hydrocarbures a récemment justifié la pénurie par la hausse du prix du pétrole, évitant de parler des problèmes de gestion.
Un comble : c'est un boutre en provenance de l'île d'Anjouan qui a apporté à Moroni du carburant pour une journée, environ 20.000 litres d'essence.
Monopole d'Etat, l'importation du riz bon marché, aliment favori des Comoriens, a également été retardée et les prix ont doublé.
Quant aux écoles du secteur public, elles sont fermées depuis la rentrée, initialement prévue le 2 octobre, car les enseignants réclament le paiement d'au moins deux mois de salaires en retard. Depuis l'arrivée du régime actuel, les enseignants ont cumulé six mois de retard.
Le gouvernement a proposé la reprise des cours et le paiement de deux mois fin octobre, accord refusé par les professeurs qui veulent être payés d'abord.
Les autres fonctionnaires ne sont pas mieux lotis. Depuis novembre 1999, certains n'ont été payés que quatre fois. Les employés de la Banque industrielle des Comores (BIC) ont menacé à leur tour de se mettre en grève illimitée pour protester contre le calcul de l'impôt sur le revenu, qu'ils jugent injuste.
Ces mouvements de protestation sociale surviennent dans un contexte politique bloqué. L'accord de réconciliation de Fomboni, dénoncé par de nombreux secteurs économiques et sociaux, a permis la reprise des échanges entre les îles mais n'a pas pour l'instant été suivi d'un progrès dans la crise institutionnelle que traverse l'archipel. L'expulsion récente de Mayotte, île sous administration française, de 300 Anjouanais en situation irrégulière a été condamnée par le régime militaire comorien dont le leader, le colonel Azali Assoumani, a signé le 26 août un accord de réconciliation avec le chef séparatiste anjouanais le lieutenant-colonel Said Abeid Abderemane.


Retour au sommaire COMORES

Retour HomeS

Retour en haut de page