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Le chef de l'île
séparatiste d'Anjouan a été
renversé par ses forces armées, alors que son
régime négociait avec les autres îles,
Moheli et Grande Comore, les contours d'une nouvelle Union
comorienne.
Un "comité militaire" a renversé le
lieutenant-colonel Said Abeid
Abdérémane, chef de l'autorité
d'Anjouan, et pris le pouvoir.
Ce comité a accusé Abeid d'avoir mis en place
"un pouvoir autoritaire, discriminatoire et corrompu".
Le coup d'Etat, qui n'a fait aucune victime, a
été effectué par la gendarmerie,
dirigée par le commandant Mohammed Bacar, sans
la participation de la Section d'intervention rapide (SIR),
garde personnelle du lieutenant-colonel Abeid.
Après le coup, ces officiers ont créé
une Commission qui fait également fonction de
"présidium" et qui est composée du
commandant Mohamed Bacar, le chef de la gendarmerie,
du commandant Halidi Charif, et du commandant
Hassane Ali Toilihi. Cette commission
politico-militaire de transition s'est engagée
à défendre "avec acharnement" les acquis de
l'île anjouanaise, dans le cadre du processus de
réconciliation inter-îles. Le nouveau pouvoir
veillera "à ce que soient défendus avec
acharnement les acquis du pays (l'île d'Anjouan),
ainsi que la concrétisation des aspirations du
peuple", indique un communiqué lu au camp de
gendarmerie par l'adjudant Bacar Malidé, son
porte-parole.
Les dirigeants défendront "la structure
étatique de l'île et ses symboles au sein de
l'ensemble" comorien, afin que "les îles soient et
demeurent le fondement et la raison d'être du nouvel
ensemble".
Le communiqué précise que chaque île
doit avoir "toutes les prérogatives permettant de
s'auto-administrer librement et sans entrave."
Officier en retraite de l'armée française,
le lieutenant-colonel Abeid était arrivé au
pouvoir à Anjouan en tant que "coordinateur", en
1999, pour tenter de mettre d'accord des factions
séparatistes rivales.
Le lieutenant-colonel Abeid a pu s'envoler le dimanche 12
août pour l'île voisine de Mayotte sous
administration française.
Au moment de ce coup de force, une grande partie des
hommes politiques anjouanais se trouvaient sur l'île
de Moheli pour examiner un avant-projet de constitution pour
les Comores.
Anjouan a déclaré unilatéralement
son indépendance de la République
Fédérative Islamique des Comores, il y a
quatre ans, mais les trois îles (Anjouan, Grande
Comore et Moheli) ont signé, en février
dernier, un accord de réconciliation qui doit
créer une nouvelle entité comorienne octroyant
une large autonomie à chaque île.
Cet accord, dont la mise en application a pris du retard, a
été négocié et conclu sous
l'égide de l'Organisation de l'Unité Africaine
(OUA), l'Organisation internationale de la Francophonie
(OIF), et l'Union Européenne.
Il vise à mettre fin à la double crise
séparatiste - provoquée par
l'indépendance anjouanaise - et institutionnelle -
provoquée par le coup d'Etat militaire du colonel
Azali Assoumani à Moroni en avril 1999.
Un mouvement de grogne des militaires (gendarmerie et
armée comptent entre 250 et 300 hommes) avait
débuté quelques jours plus tôt avec
l'occupation progressive du dépôt
d'hydrocarbures, puis du port et de l'aéroport.
Les Comores ont connu, en 25 ans d'indépendance de la
France, 19 coups d'Etat ou tentatives, dont quatre
réussis. Le dernier putsch manqué a eu lieu le
21 mars 2000 à Moroni.
Le président de l'opposition anjouanaise,
Loutfi Adinane a pu s'exprimer sur les ondes de la
radio anjouanaise, contrôlée par les nouvelles
autorités. Après plusieurs mois d'hibernage
forcé, les partis d'opposition ont refait surface.
Une entrevue qualifiée de "positive" a eu lieu entre
la Commission politico-militaire, les partis politiques et
la société civile.
Pour le vice-président de la Fondation anjouanaise
des droits de l'homme (FADH), Abou Chahassou,
"l'ensemble de la population en avait assez de la mauvaise
gestion".
"Il n'y avait pas d'autre issue que de le destituer", a-t-il
estimé.
L'association "Ushababi" de Mutsamudu qui fait partie de la
société civile estime que le
lieutenant-colonel Abeid "constituait un frein au processus
de réconciliation nationale" en cours, a
déclaré l'un de ses représentants
Abdérémane Allaoui.
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