N° 233
du 20/08/2001

Comores


Coup d'Etat à Anjouan
sur fond de négociations inter-îles

Le chef de l'île séparatiste d'Anjouan a été renversé par ses forces armées, alors que son régime négociait avec les autres îles, Moheli et Grande Comore, les contours d'une nouvelle Union comorienne.
Un "comité militaire" a renversé le lieutenant-colonel Said Abeid Abdérémane, chef de l'autorité d'Anjouan, et pris le pouvoir.
Ce comité a accusé Abeid d'avoir mis en place "un pouvoir autoritaire, discriminatoire et corrompu".
Le coup d'Etat, qui n'a fait aucune victime, a été effectué par la gendarmerie, dirigée par le commandant Mohammed Bacar, sans la participation de la Section d'intervention rapide (SIR), garde personnelle du lieutenant-colonel Abeid.
Après le coup, ces officiers ont créé une Commission qui fait également fonction de "présidium" et qui est composée du commandant Mohamed Bacar, le chef de la gendarmerie, du commandant Halidi Charif, et du commandant Hassane Ali Toilihi. Cette commission politico-militaire de transition s'est engagée à défendre "avec acharnement" les acquis de l'île anjouanaise, dans le cadre du processus de réconciliation inter-îles. Le nouveau pouvoir veillera "à ce que soient défendus avec acharnement les acquis du pays (l'île d'Anjouan), ainsi que la concrétisation des aspirations du peuple", indique un communiqué lu au camp de gendarmerie par l'adjudant Bacar Malidé, son porte-parole.
Les dirigeants défendront "la structure étatique de l'île et ses symboles au sein de l'ensemble" comorien, afin que "les îles soient et demeurent le fondement et la raison d'être du nouvel ensemble".
Le communiqué précise que chaque île doit avoir "toutes les prérogatives permettant de s'auto-administrer librement et sans entrave."

Officier en retraite de l'armée française, le lieutenant-colonel Abeid était arrivé au pouvoir à Anjouan en tant que "coordinateur", en 1999, pour tenter de mettre d'accord des factions séparatistes rivales.
Le lieutenant-colonel Abeid a pu s'envoler le dimanche 12 août pour l'île voisine de Mayotte sous administration française.

Au moment de ce coup de force, une grande partie des hommes politiques anjouanais se trouvaient sur l'île de Moheli pour examiner un avant-projet de constitution pour les Comores.

Anjouan a déclaré unilatéralement son indépendance de la République Fédérative Islamique des Comores, il y a quatre ans, mais les trois îles (Anjouan, Grande Comore et Moheli) ont signé, en février dernier, un accord de réconciliation qui doit créer une nouvelle entité comorienne octroyant une large autonomie à chaque île.
Cet accord, dont la mise en application a pris du retard, a été négocié et conclu sous l'égide de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), et l'Union Européenne.
Il vise à mettre fin à la double crise séparatiste - provoquée par l'indépendance anjouanaise - et institutionnelle - provoquée par le coup d'Etat militaire du colonel Azali Assoumani à Moroni en avril 1999.
Un mouvement de grogne des militaires (gendarmerie et armée comptent entre 250 et 300 hommes) avait débuté quelques jours plus tôt avec l'occupation progressive du dépôt d'hydrocarbures, puis du port et de l'aéroport.
Les Comores ont connu, en 25 ans d'indépendance de la France, 19 coups d'Etat ou tentatives, dont quatre réussis. Le dernier putsch manqué a eu lieu le 21 mars 2000 à Moroni.

Le président de l'opposition anjouanaise, Loutfi Adinane a pu s'exprimer sur les ondes de la radio anjouanaise, contrôlée par les nouvelles autorités. Après plusieurs mois d'hibernage forcé, les partis d'opposition ont refait surface. Une entrevue qualifiée de "positive" a eu lieu entre la Commission politico-militaire, les partis politiques et la société civile.
Pour le vice-président de la Fondation anjouanaise des droits de l'homme (FADH), Abou Chahassou, "l'ensemble de la population en avait assez de la mauvaise gestion".
"Il n'y avait pas d'autre issue que de le destituer", a-t-il estimé.
L'association "Ushababi" de Mutsamudu qui fait partie de la société civile estime que le lieutenant-colonel Abeid "constituait un frein au processus de réconciliation nationale" en cours, a déclaré l'un de ses représentants Abdérémane Allaoui.


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