N° 242
du 02/01/2002

Comores


L'adoption sans problème
du référendum constitutionnel sur fond
de putsch rocambolesque ouvre la voie
à un bras de fer entre Azali et ses opposants

Le "oui" l'a officiellement emporté aux Comores, avec 76,99% des suffrages exprimés, dans le référendum du 23 décembre pour l'adoption d'une nouvelle Constitution destinée à mettre fin à la double crise séparatiste et institutionnelle.
Le "oui" l'emporte avec 76,99% des voix, contre 23,01% au "non", selon les résultats prononcés par la Commission nationale électorale indépendante et d'homologation (CNEIH).
Le taux de participation a atteint 75,37%, avec 173.521 votants sur un total de 230.211 inscrits sur les trois îles de l'archipel, Anjouan, Mohéli et Grande Comore.
En créant une fédération, l'Union des Comores, en dotant chaque île d'une large autonomie, et en prévoyant des élections libres, dès le 31 mars prochain, la nouvelle Constitution a pour objectif de mettre un terme à la double crise séparatiste et institutionnelle qui bloque le développement socio-économique de l'archipel. (Cf. l'intégralité de la nouvelle constitution dans le N° 240)
Cette double crise est née de la proclamation unilatérale d'indépendance par l'île d'Anjouan, le 3 août 1997, et du coup d'Etat de l'actuel chef de l'Etat, le colonel Azali Assoumani, le 30 avril 1999.
La victoire officielle du "oui" au référendum marque donc le retour formel d'Anjouan dans le giron de Moroni. Une victoire attendue puisque tous les pouvoirs à Moroni et Anjouan, ainsi que la quasi-totalité de l'opposition avaient appelé à voter "oui". Ils avaient tous signé, le 17 février dernier, un accord de réconciliation, à l'origine de ce référendum.
Le référendum s'est déroulé sans violence sur les trois îles, mais a été marqué par de nombreuses difficultés logistiques dues à "des problèmes de saisie informatique", selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), en charge de l'organisation du scrutin.
De nombreux électeurs, dans la quasi-totalité des bureaux de vote, n'étaient pas inscrits sur les listes électorales alors qu'ils avaient reçu leur carte d'électeur en bonne et due forme. D'autres s'y retrouvaient inscrits deux fois, voire trois.
 
Trois jours avant ce référendum, le mercredi 20 décembre, les Comores furent une nouvelle fois livrées à une énième tentative de coup d'Etat qui a lamentablement échoué, au propre comme au figuré, sur l'île de Mohéli. Faute de carburant, les putschistes, mercenaires français pour la plupart, sont tombés en rade à quelques encablures de la plus petite île des Comores, Mohéli, où ils se sont fait prendre les uns après les autres par les forces de gendarmerie ou même les populations locales.
Six des mercenaires ont été tués. Trois d'entre eux par une petite trentaine de soldats envoyés de Moroni. Et deux autres ont été tabassés à mort par des habitants alors qu'ils tentaient de se procurer de l'essence. .
Si l'on en croit le Premier ministre comorien Hamada Madi Boléro, qui cite les mercenaires faits prisonniers, mais aussi des témoins, Mohéli, qui n'abrite que 5% de la population des Comores et quelques bâtiments administratifs, n'était pas la cible. Les mercenaires avaient pour mission de prendre le pouvoir à Moroni.
Les prisonniers ont avoué être venus de France et avoir embarqué à Nosy Be, une île au nord de Madagascar, pour les Comores à bord de canots pneumatiques. Le commando de treize hommes encagoulés avait tenté dans un premier temps de se faire passer pour des membres des forces spéciales américaines pourchassant des hommes d'Oussama ben Laden.
Soupçonné de complicité avec ce coup, le colonel Hassan Harouna a aussitôt été arrêté à Moroni.
Pour le procureur de la République de Moroni, c'est un ancien ministre comorien de l'Intérieur, Ashirafi Saïd Hachim, qui vit actuellement en France, qui est à l'origine de cette tentative de coup d'Etat. M. Ashirafi était ministre de l'Intérieur en 1996 et 1997. Un mandat d'arrêt international a été délivré contre lui alors que les 13 membres du commando ont rapidement été présentés à un juge d'instruction à Moroni.
Un autre, blessé au pied par une balle, a été soigné à l'hôpital de la capitale avant d'être déféré devant la justice.
Devant le juge, deux mercenaires ont reconnu que M. Achirafi les avait mandatés pour "s'emparer du pouvoir à Moroni, déposer le président Azali Assoumani et le remplacer par Achirafi", selon le procureur.
Dick Bertrand, 30 ans, dit "Denton", né à Châlons-sur-Marne (nord-est de la France) et Sébastien Delcus, 29 ans, dit "Steve Delmar", né à Auxerre (centre-est de la France), ont été inculpés notamment d'atteinte à la sûreté de l'Etat, et encourent la peine de mort (qui n'est appliquée que très rarement, pour des crimes de sang particulièrement horribles) ou aux travaux forcés à perpétuité, a précisé le procureur.
En même temps que les deux mercenaires, le colonel Hassan Harouna a également été présenté au juge et inculpé de complicité d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Cet ancien délégué à la Défense - l'équivalent d'un ministre - en 1996 et 1997, était le "correspondant" du groupe à Moroni, et devait les y réceptionner. Il a reconnu les faits, selon le procureur.
Les cinq mercenaires tués à Mohéli étaient: Laurent Van Pottalsberghe, James Georges, dit "Drek", Daniel Pope Saurin, dit "Steven", d'origine roumaine tout comme Stephane Mihailesc, dit "Demon", et Nicolas Boncou, dit "Walch". Tous sont d'anciens soldats de la Légion étrangère. Le mercenaire blessé, Christian Pintoiu, dit "Dixon Chris", né en Roumanie, est également un ancien légionnaire.
Deux derniers mercenaires français du commando sont toujours en fuite mais localisés dans le nord de l'île de Mohéli, mais, craignant que la population ne les lynche, ils ont contacté la gendarmerie de Fomboni (capitale de Mohéli) pour se rendre.


Retour au sommaire COMORES

Retour Home

Retour en haut de page