N°249
du 06/05/2002

Comores


Confusion totale après l'élection à la présidence de l'Union
L'OUA et l'OIF cautionne le ridicule

Le chef de l'Etat sortant, le colonel Azali Assoumani, affirme avoir largement remporté l'élection qui s'est déroulée le 17 avril, alors que ses deux adversaires, Mahamoud Mradabi et Said Ali Kemal, avaient introduit un recours en annulation. Ils contestaient la victoire du colonel Azali en invoquant "des irrégularités frauduleuses" constatées lors des primaires du 17 mars, qui les ont amené à boycotter l'élection proprement dite, le 14 avril.
La Commission nationale électorale indépendante et d'homologation (CNEIH), qui avait été saisie de ces recours en annulation, a décidé le 21 avril d'annuler purement ce scrutin. Mais cette décision d'annulation a été prise après la démission de plusieurs membres de la sous-commission d'homologation qui, eux, étaient favorables à la validation des résultats, dont son président, Issiaka Abdourazak.
Dès cette décision d'annulation connue, le gouvernement et le colonel Azali en personne ont vivement contesté sa justesse. Las, les Comores étant les Comores, dès le lendemain, c'est à dire le mardi 23 avril, la CNEIH a été dissoute par les autorités et aussitôt remplacée par deux instances distinctes, une Commission nationale électorale indépendante (CNEI), et une Commission d'homologation (CH). Une décision qui fleure bon le tripatouillage, le tout avec l'aval de l'OUA, puisque Francisco Caetano José Madeira, l'envoyé spécial aux Comores du Secrétaire général de l'OUA, a déclaré aussitôt que l'OUA "acceptera son verdict".
Il a donc été décidé in fine que cette nouvelle Commission d'Homologation sera mise en place le 5 mai, et qu'elle aura trois jours pour se prononcer sur la validité de l'élection du président de l'Union des Comores. Un calendrier de circonstance car l'on se doute bien que cette nouvelle instance va valider la victoire du colonel Azali.
Pour mémoire, et ça mérite d'être su, selon les chiffres fournis par le ministre de l'Intérieur sur la présidentielle de l'Union, le colonel Azali, 43 ans, aurait obtenu 56.256 des 56.256 suffrages exprimés sur l'île de la Grande-Comore, soit 100%. Il a également remporté 88,3% des suffrages exprimés sur l'île d'Anjouan, selon les chiffres publiés par son bureau de campagne à Mutsamudu, la capitale de l'île.
On se demande bien pourquoi les adversaires du colonel Azali se plaignent face à un adversaire si "brillant" qui fait du 100 %, le tout devant les observateurs de l'OUA et de l'Organisation de la francophonie (OIF) qui ne trouvent rien à redire.
Deux jours après le scrutin du 17 avril, le groupe d'observateurs internationaux conduit par l'ex-ambassadeur de Guinée auprès de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), Mamadou Diawara, avait en effet jugé que l'élection du président de l'Union des Comores s'était "déroulée dans un climat calme", malgré "des incidents divers (...) dont certains ont pu être constatés par les observateurs eux-mêmes". Courageusement cette Mission a souligné que le retrait de deux des trois candidats, le colonel Mahamoud Mradabi et le prince Said Ali Kemal, semblait "avoir eu un certain effet sur le taux de participation électorale."
Et cette Mission d'observateurs d'affirmer que les 46 équipes qu'elle a déployées dans l'archipel ont pu observer le déroulement du scrutin présidentiel dans 37 bureaux sur 37 sur l'île de Moheli, 116 bureaux sur 176 à Anjouan, et 321 bureaux sur 321 sur la Grande-Comore, soit 474 bureaux de vote sur un total de 534. Bravo. Seul problème, tous les observateurs indépendants ont pu remarquer que dans la Grande Comore, de nombreux bureaux de vote de la capitale n'avaient pas ouvert ou avaient été fermés de force par des militants de certains candidats. Des incidents ont fait cinq blessés légers sur l'île de la Grande-Comore et à Moroni où, seulement sept bureaux sur 29 sont restés ouverts.
Une dizaine de bureaux ont été saccagés à la Grande-Comore et à Anjouan. Rien vu l'OUA ? Rien vu l'OIF ?


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