N° 251
du 18/06/2002

Comores


Premier bras de fer entre les présidents Azali et Elbak

Le 13 juin, le président de l’Union des Comores, le colonel Azali Assoumani, a annulé une première série de nominations effectuées par le président de l’île de la Grande-Comore, M. Abdou Soulé Elbak dans divers services financiers, notamment les douanes, le Trésor Public, le port, et au ministère des Finances.
Dans une circulaire, le président Azali a demandé aux anciens titulaires “de continuer à assurer avec sérénité et responsabilité leurs fonctions”, en assurant que “l’Etat prendra toutes les mesures nécessaires pour garantir le bon fonctionnement” de ces différents services.
Le lendemain, le 14 juin, les principaux bâtiments publics, le port et les services de douane de Moroni, étaient occupés par l’armée, agissant sur ordre du président de l’Union, le colonel Azali Assoumani. Le colonel a également fait renforcer la sécurité autour de la radio nationale. Le nouveau chef d’état-major de l’armée, le lieutenant-colonel Soilihi Mohamed, plus connu sous le nom de Campagnard, a prévenu que l’armée n’accepterait aucune “forme d’anarchie et de désordre publique”, en exhortant toutes les parties à reprendre le dialogue.
“Je lance un appel aux uns et aux autres pour que le dialogue et la concertation soient privilégiés” a-t-il déclaré.
Parlant de l’occupation des bâtiments publics par l’armée, le chef d’état-major a expliqué avoir pris ces “mesures légères” pour “permettre l’ouverture de négociations et la reprise normale du fonctionnement de l’administration.”
Il a en outre mis en place une commission de trois officiers, dont lui-même, chargée de “réfléchir” sur les problèmes liés au “domaine de compétence et de responsabilité entre le gouvernement de l’Union et celui de l’île de la Grande-Comore” durant cette période transitoire.
“C’est une décision arbitraire” du président de l’Union, le colonel Azali Assoumani, qui “vise à s’approprier le pouvoir sur l’île”, mais risque également de “déstabiliser” le pays, a indiqué M. Elbak. Le président Abdou Soulé Elbak a ensuite reproché au colonel Azali Assoumani de “vouloir empiéter sur ses prérogatives”.
Malgré cette épreuve de force, M. Elbak a nommé par décret de nouveaux responsables à la tête de la Société comorienne des hydrocarbures (SCH), des Postes et Télécommunications et de Radio-Comores, la radio nationale.

La Constitution de la nouvelle Union des Comores, dont le colonel Azali a été élu président le 14 avril, donne une large autonomie aux trois îles de l’archipel, et réserve à l’Union les domaines de religion, monnaie, nationalité, relations extérieures et défense, ainsi que de “symboles nationaux”.
Les autres compétences doivent être définies par des lois organiques, que voteront les Parlements que les îles et l’Union vont élire selon un calendrier restant à définir.
M. Elbak affirme que ses nominations ne visent qu’à gérer les administrations et services en attendant les textes de loi.
“On m’a élu pour gérer une île, pas pour attendre des lois organiques, et il me faut des moyens pour gérer l’île en attendant ces lois organiques”, a-t-il souligné.
M. Elbak s’est étonné que la Grande-Comore “soit le principal souci” du colonel Azali, alors que l’île d’Anjouan a déjà mis en place ses propres dirigeants à la tête des douanes, du port, de la Poste et des sociétés d’électricité et d’hydrocarbures, a-t-il remarqué.


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