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Me Saïd Larifou, président
du Rassemblement pour une initiative de développement avec
une jeunesse avertie (Ridja-opposition), et
deux Français, Philippe Verdon et Pascal
Lupar ont été inculpés et écroués
le 24 septembre à Moroni pour «attentat à la sécurité
de l’Etat, déstabilisation et incitation à la violence»,
a annoncé le porte-parole du gouvernement de l’Union
des Comores, Ali Msaidié Houmed.
Un quatrième homme arrêté dans ce dossier, un cameraman
français qui travaille pour la chaîne de télévision
Canal Plus, Morad Aït-Habbouche,
a en revanche été libéré et a pu quitter les
Comores le 27/09.
Saïd Larifou est un avocat qui bénéficie de la nationalité
franco-comorienne et est basé à La Réunion, île
française de l’océan Indien.
Le ministre comorien de la Défense et de la Sécurité,
Hamada Madi Boléro, a confirmé les accusations
qui pèsent contre Me Larifou : «Pour nous le dossier est
plein, il reste à la justice à se prononcer». Le ministre
de la Défense a évoqué comme pièces à
convictions «le contenu de l’ordinateur saisi sur Philippe
Verdon», ou encore «l’enregistrement» d’une
conversation entre un officier de l’armée comorienne et Philippe
Verdon, à l’insu de ce dernier.
Selon l’avocat du Français Philippe Verdon, ce dernier intervenait
aux Comores comme conseiller politique de Me Saïd Larifou.
Par ailleurs, l’opposant politique franco-comorien a été
présenté devant un juge d’instruction dans le cadre
d’une autre affaire, étant accusé d’outrage
à magistrat. Le 24 septembre, il avait refusé de signer
le procès-verbal de son inculpation pour «attentat à
la sûreté de l’Etat», et l’avait jeté
au visage du juge en le qualifiant de «chiffon».
Les faits
Ces arrestations ont été effectuées alors que le
Ridja devait organiser lundi une manifestation à Moroni pour dénoncer
la hausse des prix.
Le Ridja avait rassemblé environ 1.500 sympathisants le 15 septembre
dans une marche pacifique contre le président de l’Union
des Comores, le colonel Azali Assoumani, à Foumbouni,
dans le sud de l’île de la Grande-Comore.
Me Larifou avait annoncé qu’il s’agissait de la première
d’une série de marches similaires destinées à
«canaliser le mécontentement populaire» contre le pouvoir
du colonel Azali, élu en avril 2002 à la présidence
de l’Union des Comores après avoir pris le pouvoir lors d’un
putsch le 30 avril 1999.
Me Larifou était arrivé en troisième position du
premier tour de l’élection présidentielle de l’île
de la Grande-Comore en mai 2002.
Le Ridja, créé après le déclenchement de la
crise provoquée par la sécession de l’île d’Anjouan
en août 1997, développe les thèmes de la justice sociale
et de la lutte contre les inégalités.
Il avait pris part à la conférence inter-comorienne de réconciliation
tenue en avril 1999 à Antananarivo, la capitale de Madagascar.
Les vieux démons
Il s’agit de la quatrième tentative de coup d’Etat
que les autorités affirment avoir déjoué depuis l’arrivée
au pouvoir du colonel Azali.
Depuis son indépendance de la France en 1975, les Comores ont connu
une vingtaine de coups d’Etat ou tentatives, dont quatre réussis.
La dernière tentative de coup d’Etat remonte à décembre
2001.
Une source gouvernementale qui a requis l’anonymat a assuré
que M. Verdon avait eu «des relations avec Bob Denard lors du procès»
de ce dernier à Paris en 1999. L’ancien mercenaire français
avait été acquitté en 1999 dans son procès
pour l’assassinat en 1989 du président des Comores Ahmed
Abdallah.
Contacté par l’AFP depuis Paris, Bob Denard a confirmé
qu’il connaissait Philippe Verdon, mais pas Pascal Lupar.
Il a déclaré avoir rencontré «plusieurs fois»
M. Verdon à Paris mais il a dit ne savoir ni quand ni par qui il
lui a été présenté. M. Verdon n’est,
selon lui «pas un soldat» mais un homme qui «faisait
des affaires», sans donner plus de détail.
Selon des sources policières à Paris, M. Verdon, 45 ans,
a été proche de l’ancien président de Madagascar
Didier Ratsiraka, exilé en France depuis juillet 2002, et aurait
exercé des responsabilités locales au sein de l’ex-RPR
(parti gaulliste).
Les réactions
L’avocat de Saïd Larifou a dénoncé «les
pratiques staliniennes destinées à étouffer»
le parti de son client et à «compromettre» ce dernier.
«C’est un dossier vide, un dossier bidon, de la fiction, mais
de la mauvaise fiction», a déclaré lors d’une
conférence de presse à Moroni, Me Rama Valayden.
«L’arrestation de Me Larifou ne m’a pas surpris parce
que, il faut oser le dire, il n’existe pas un Etat de droit aux
Comores (...). Par contre, l’accusation d’attentat à
la sécurité de l’Etat portée contre lui m’a
profondément choqué car Larifou est un grand démocrate»,
a affirmé Me Rama Valayden, avocat mauricien.
«Désormais, toute manifestation contre une hausse des prix
sera assimilée à un attentat à la sûreté
de l’Etat», a ironisé l’avocat, en faisant référence
aux manifestations organisées par le Ridja.
Me Valayden a précisé qu’il n’agissait pas seulement
en tant qu’avocat, «mais également en tant que représentant
du Mouvement républicain (MR)», un petit
parti de l’opposition mauricienne qu’il dirige.
«Nos deux partis (Ridja et MR) partagent un idéal commun,
le rapprochement des îles de l’océan Indien, dans la
liberté et la démocratie», a-t-il dit.
Il a ajouté que le MR, qui a organisé «une manifestation
symbolique» devant le consulat des Comores à Maurice pour
exiger la libération de Me Larifou, allait initier dans la région
une campagne de boycott du président comorien, le colonel Azali
Assoumani, «tant que Larifou restera en prison».
«J’ai même écrit à (l’ancien) président
sud-africain Nelson Mandela», a-t-il précisé.
Pour le secrétaire général du Ridja, Ahamada
Achirafi, «aujourd’hui, le Ridja apparaît comme
le principal parti d’opposition et le colonel Azali veut casser
son enracinement, surtout en prévision des prochaines législatives».
Il a affirmé que «les deux ressortissants français
(inculpés et écroués pour les mêmes motifs
que M. Larifou) n’ont aucun lien avec le Ridja». «M.
Larifou les a connus à Paris au cours d’un colloque qu’il
avait organisé à l’Assemblée Nationale française
en juin 2003 conjointement avec Comores Espoir», une ONG de la diaspora
comorienne en France, a-t-il soutenu.
Le site internet de l’Assemblée nationale française
fait en effet état d’un colloque intitulé «Quel
développement pour les Comores», organisé par le député
Jean-Claude Lefort, le 11 juin 2003 dans les locaux de l’Assemblée.
M. Larifou aurait prononcé la première intervention et les
conclusions de ce colloque.
Philippe Verdon, un des deux Français écroués, a
participé au colloque, selon le site internet de l’Assemblée,
et a prononcé un exposé intitulé «Quel service
public pour les Comores?».
Enfin, le Ridja a organisé à Foumbouni, village natal de
Me Larifou, une manifestation qui a réuni quelque 200 personnes
pour demander sa libération.
Une réaction de la Fondation Comorienne des Droits de l’Homme
La FCDH a publié le communiqué ci-dessous à Moroni
le 27 Septembre :
«La situation qui prévaut ces derniers temps dans notre pays
vient rappeler encore une fois que le cauchemar des mauvais jours est
loin d’être passé.
L’on se surprend en effet à constater que les Comores, au
lieu de s’acheminer vers la tenue des législatives nationales
et locales pour parachever les institutions de l’Union, retournent
dans les années sombres où l’arbitraire était
le moyen ordinaire pour l’Etat de se maintenir face aux luttes revendicatives
légitimes de la population, notamment celles de la hausse des prix,
et les accusations d’atteinte à la sécurité
de l’Etat, comme l’instrument dissuasif et efficace pour priver
aux citoyens actifs leur liberté d’expression et de manifestation.
Les graves emprisonnements de personnalités civiles et politiques,
incarcérées ces derniers mois sans le moindre respect des
procédures régulières judiciaires et qui plus tard,
ont été libérées dans la plus grande confusion,
confirment la montée inquiétante de l’insécurité
dans le pays.
Les emprisonnements aussi arbitraires que les libérations, de journalistes
de Radio Ngazidja, du Ministre de l’Intérieur de l’île
de N’gazidja, d’un ancien Premier ministre, de l’interdiction
du journal El Fadjr à Anjouan et de la quasi-impossibilité
d’expression publique des leaders politiques locaux sans se sentir
menacés, de la fermeture d’une radio libre à Mohéli
; tout cela vient rappeler que personne n’est à l’abri
où qu’elle se trouve sur l’ensemble du territoire national.
En outre, les arrestations récentes du Président du parti
Ridja, de 2 journalistes et un juriste français, semblent s’inscrire
dans la même logique qui consiste plus à intimider, humilier
et embastiller qu’à rechercher les moyens d’appliquer
le droit.
Le pays actuellement ne dispose pas toujours de la façade institutionnelle
de la démocratie, caractérisée en particulier par
la présence même symbolique de pouvoir législatif
et judiciaire capable de contrôler directement et indirectement
les pouvoirs exécutifs.
Les citoyens sont donc dépourvus de tout moyen de recours sérieux
et crédible pour défendre dans la légalité
leurs droits civils, économiques, sociaux, politiques et juridiques.
Aussi, la Fondation Comorienne des Droits de l’Homme (FCDH)
et l’Initiative Citoyenne des Comores (ICC) :
* appellent les autorités politiques :
- à respecter les principes des Droits de l’Homme, de la
démocratie, conformément aux Constitutions de l’Union
des Comores et des Îles autonomes, aux pactes et conventions que
les Comores ont ratifiés,
- à mener une véritable politique de dialogue sincère
et non factice avec tous les acteurs du développement du pays et
de la communauté internationale, seule gage d’une paix civile
et d’un développement durables
* exigent qu’il soit mis fin immédiatement à tout
emprisonnement qui n’obéit à aucune règle de
droit
* lancent un appel à tous les citoyens, aux organisations de la
société civile et aux partis politiques, de prendre en main
leurs responsabilités face aux périls qui guettent le pays.
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