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| Le camp du président de
l’Union des Comores, le colonel Azali Assoumani,
a subi une lourde défaite aux élections législatives
dans les trois îles autonomes, selon les résultats provisoires
du second tour qui a eu lieu le 21 mars. Les camps des présidents autonomes des îles, qui avaient fait de ces législatives un face-à-face avec le pouvoir fédéral de M. Azali, avec lequel ils sont en conflit de compétences, disposeront d’une très large majorité dans leurs Assemblées. D’après les résultats provisoires communiqués par la Commission nationale électorale indépendante (CNEI), le camp du président Azali n’obtiendrait qu’une dizaine de sièges de députés au maximum sur les 55 qui étaient à pourvoir au total dans les trois Assemblées des îles de la Grande-Comore, Anjouan et Mohéli. A la Grande-Comore, la plus grande des trois îles de l’Union, le camp du président de l’île, Abdou Soulé Elbak, aurait enlevé 10 sièges au second tour. Avec les trois sièges qu’il a obtenus au premier tour, M. Elbak compterait donc 13 élus sur les 20 sièges de l’Assemblée de la Grande-Comore. Le président Azali aurait eu un candidat élu au premier tour, et cinq au second. Le dernier élu est un candidat indépendant. A Anjouan, le camp du président de l’île, le colonel Mohamed Bacar, a obtenu 11 élus au second tour. Il en comptait déjà au moins six sur les huit candidats élus au premier tour. L’assemblée d’Anjouan compte 25 sièges. Les sièges restants sont attribués à des candidats indépendants, dont deux se réclameraient du colonel Azali. A Mohéli, quatre candidats du président de l’île, Mohamed Said Fazul, ont été élus au second tour. Avec les deux du premier tour, M. Fazul comptera six députés sur les 10 qui siègent à l’Assemblée de l’île. Le colonel Azali n’a obtenu qu’un seul élu à Mohéli. Les trois derniers candidats, élus au second tour, représentent le Rassemblement de l’autonomie mohélienne (RAM), dirigé par Mohamed Hassanaly et plus proche de M. Fazul que de M. Azali. Les résultats définitifs des législatives des îles doivent être proclamés le 24 mars par la Commission d’homologation, seule autorisée à cette annonce officielle. Cette Commission a déjà été saisie de plusieurs réclamations concernant le second tour à la Grande-Comore. Elle est composée de quatre observateurs internationaux de l’Union africaine (UA), de la Ligue des Etats arabes et de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), ainsi que de quatre représentants comoriens, un pour chacune des trois îles autonomes et un pour l’Union. La CNEI, qui avait en charge de l’organisation du scrutin et de la collecte des résultats pour la Commission d’homologation, a une composition exclusivement comorienne. Ces premières élections législatives dans l’archipel depuis la création de l’Union des Comores, en 2001, doivent constituer la dernière étape du processus de réconciliation nationale. Les législatives à l’échelon fédéral de l’Union des Comores seront organisées les 18 et 25 avril. «Les élections sont de mieux en mieux organisées dans le pays», a commenté à Moroni Nadia Tourqui, du bureau comorien du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), tout en soulignant que des «dysfonctionnements» avaient émaillé le scrutin. Un candidat du camp de l’Union des Comores a été appréhendé à Moroni après la mise à sac de quatre bureaux de vote suite à des contestations sur le déroulement du second tour. Le candidat interpellé, Issa Gauda, a été vu en compagnie d’un commando d’une cinquantaine d’hommes qui ont fait irruption dans ces quatre bureaux de vote de la première circonscription de Moroni, brisant les urnes, éparpillant les bulletins de vote et déchirant les listes électorales. Cette intervention «musclée» n’a pas servi à Issa Gauda puisqu’il a été largement battu en n’obtenant que 29,69% des suffrages,contre 70,31% à Fundi Ahmed Malouida, son adversaire partisan d’Abdou Soulé Elbak. Avant ce scrutin, le colonel Azali Assoumani, s’était engagé à respecter la Constitution. A un journaliste de l’AFP qui lui a demandé ce qu’il ferait en cas de défaite de ses partisans, le colonel Azali Assoumani a répondu : «Cela ne pose pas de problème, c’est la démocratie. Ce sont des questions prématurées, on n’en est pas là. Comment peut-on ne pas respecter la Constitution? Je me suis battu des années et des années pour avoir cette Constitution-là. En tant que chef de l’Etat j’ai comme obligation de respecter et faire respecter la constitution.» Commentaire Ces élections législatives constituent la solution annoncée au conflit de compétences entre le pouvoir fédéral et les trois îles autonomes, qui paralyse l’archipel depuis l’élection du président de l’Union des Comores et des exécutifs des îles en avril 2002. Mais elles portent aussi le germe d’une «balkanisation» de l’archipel, objectent des sceptiques, peu persuadés de la réelle volonté des différents interlocuteurs comoriens de travailler ensemble, voire même de se réconcilier. La vie politique de l’Union devrait gagner en organisation quand les Assemblées des trois îles de la Grande-Comore, d’Anjouan et de Mohéli, qui doivent être élues ces 14 et 21 mars, auront pour interlocuteur une Assemblée fédérale constituée comme elles par le suffrage universel, en avril prochain. La Constitution de l’Union, adoptée en décembre 2001 par référendum, garantit une large autonomie à chacune des îles, qui «administre et gère librement ses propres affaires», tout en stipulant que la religion, la nationalité, la monnaie, les relations extérieures, la défense et les symboles nationaux «relèvent de la compétence exclusive de l’Union». Si la répartition pose problème, la Constitution précise aussi que «les conditions d’application et les modalités de mise en œuvre des compétences exclusives de l’Union» seront déterminées par «loi organique». Une douzaine de lois organiques seront d’ores et déjà soumises à l’Assemblée de l’Union, qui sera mise en place fin avril. «Ces élections, qu’elles aboutissent ou qu’elles s’interrompent en cours de route, ne régleront pas la crise, elles ne feront que la reporter sans lui apporter de solution», confie un diplomate comorien, sous couvert de l’anonymat. «Ce scrutin constitue une arme légale pour balkaniser le pays. Elles ne peuvent accoucher que d’une indépendance déguisée des îles», ajoute-t-il. Selon lui, la réconciliation en cours, issue de l’Accord de Fomboni, signé le 17 février 2001 dans la capitale de Mohéli, «a été obtenue dans l’affrontement des différents protagonistes». «Depuis deux ans qu’ils ont été élus, les quatre présidents n’ont jamais pu se retrouver seuls pour faire avancer le processus de réconciliation. A chaque fois il a fallu la pression de la communauté internationale pour avancer d’un pas», souligne ce diplomate, citant deux rencontres à Paris et deux autres à Pretoria en 2003, et le sommet des chefs d’Etat des pays de la région à Moroni en décembre dernier. Ces enjeux du double scrutin, îles et Union, échappent à l’électeur moyen, qui les réduit à l’affrontement classique entre le pouvoir, c’est-à-dire l’Union, et l’opposition, soit les îles. Au cours de la campagne, le débat sur le devenir de l’Union a été largement escamoté au profit de la défense des intérêts des îles. A Mohéli, pouvoir et opposition ont conclu une alliance «sur la base des intérêts de l’île» selon Elarif Hamidi, proche conseiller du président de l’île, Said Mohamed Fazul. Les candidats du président de la Grande-Comore, Abdou Soulé Elbak, ont pour slogan de «battre ceux qui bafouent les intérêts de Ngazidja», le nom comorien de l’île. |
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