- Marc Ravalomanana,
novice en politique en regard de l'histoire du pays, a
été soutenu lors de sa candidature par une
kyrielle de partis plus ou moins importants. Outre
l'ancien Premier ministre d'Albert Zafy, Norbert
Ratsirahonana, une des têtes pensantes de
l'entourage de Ravalomanana semble être
Manandafy Rakotonirina, le leader du MFM
(Mpitolona ho amin'ny Fanjakan'ny Madinika/Mouvement pour
le progrès de Madagascar). Le MFM est membre
du KMMR (Comité de soutien du candidat Marc
Ravalomanana).
- Dès le 2 novembre 2001, par un
communiqué, le MFM présageait que le
président sortant Didier Ratsiraka ne se
résoudrait pas au verdict des urnes et parlait,
déjà, de la nécessité de
former un gouvernement-bis.
- Même propos prémonitoires concernant
d'éventuels soutiens de l'armée à
Ravalomanana. Sur ce terrain, Manandafy s'est toujours
montré confiant, assurant qu'une grande partie de
l'armée malgache rejoindrait l'opposant. Ce qui
arriva.
- Le N° 2 du MFM, Germain Rakotonirainy, qui en
est le secrétaire général,
prévoyait lui, bien avant le scrutin de
décembre, des dissensions au sein de l'Arema, le
parti de Didier Ratsiraka, y compris au sein de
l'administration, évoquant des possibles
défaillances des gouverneurs de provinces, qui
disposent de pouvoirs exorbitants mais qui n'ont pas des
moyens à la mesure de ces pouvoirs.
- De fait, l'Arema s'est faite très
discrète depuis la crise politique, son
secrétaire général, et aussi
vice-Premier ministre, Pierrot Rajaonarivelo, ayant
plusieurs fois donné des gages de sa bonne foi
à l'adresse de l'opposition.
- Quant au gouvernement en place avant la
présidentielle, il a depuis véritablement
éclaté, avec la démission, fin
février de la ministre des Affaires
étrangères, Lila Ratsifandrihamanana,
suivie de celle du ministre des Postes et
Télécommunications, Ny Hasina
Andriamanjato. Le coup de grâce à ce
gouvernement a sans doute été donné
avec la dernière démission en date, celle,
le 8 mars, du ministre de la défense, le
général Marcel Ranjeva.
- Enfin, du côté des gouverneurs, Pascal
Rakotomavo, qui est la tête de la province
d'Antananarivo, foyer de la contestation, s'est bien
gardé jusqu'à présent d'appliquer ou
même de tenter de faire appliquer la moindre
résolution décrétée par le
président Ratsiraka.
- Dans tous ces domaines, le MFM avait donc vu juste.
- Le MFM n'a officiellement déclaré son
soutien à Marc Ravalomanana que début
novembre, après avoir négocié
l'après-victoire. En échange de l'apport de
l'expérience de ses militants en matière
électorale, le MFM, selon la presse malgache, a
obtenu de Ravalomanana l'assurance de la
régionalisation en 26 ou 28 régions de
Madagascar.
- Quant à l'avenir, Manandafy est d'ores et
déjà prêt à de futures
confrontations politiques avec ses alliés
d'aujourd'hui. Le MFM ne disposant aujourd'hui que de
trois députés à l'Assemblée,
en s'étant montré comme l'un des plus
fermes soutien à Marc Ravalomanana, il pourrait en
tirer les bénéfices lors des futures
élections législatives.
-
- Manandafy Rakotonirina,
- le "gauchiste", vieux briscard de la politique
-
- "Teint noir, yeux brillants, corps mince. Cet
agitateur de 35 ans, qui abandonna le droit pour la
sociologie «parce qu'elle donna des outils
Intellectuels très précieux pour qui veut
comprendre le peuple», est d'un calme
impressionnant.". C'est ainsi que l'africaniste
politologue Antoine Bouillon décrivait Manandafy
Rakotonirina en novembre 1973. Avec le temps, hormis la
chevelure qui s'est grisée, l'homme n'a
guère changé. La voix est toujours calme,
le propos toujours précis et acerbe.
- Manandafy Rakotonirina est né le 30 octobre
1938 à Fandriana dans la province de Fianarantsoa.
Après des études primaires et secondaires
à Ambositra et à Antsirabe, puis les
facultés du droit et de lettre d'Antananarivo, il
devient assistant à l'Ecole Nationale
Supérieure d'Agronomie.
- C'est alors qu'il se lance dans la politique au sein
du MO.NI.MA. (Madagasikara Otronin'ny Malagasy), parti
créé 1958 par M. Monja Jaona. Professeur de
sociologie, Manandafy prône le soulèvement
populaire, et est arrêté en avril 1971 comme
membre du parti MO.NI.MA.
- Il fonde le parti M.F.M. (à l'époque
Parti des militants pour le pouvoir prolétarien)
le 27 décembre 1972 avec notamment l'actuel
numéro 2 du MFM, Rakotonirainy Germain,
surnommé "Le Lynx". Alors que le pays est
dirigé depuis mai 1972 par le
général Gabriel Ramanatsoa auquel le
président Philibert Tsiranana a remis les
pouvoirs, Manandafy est à nouveau
arrêté en mai 1973 pour avoir
organisé une commémoration du 13 mai 1972,
jour où fut brûlé l'Hôtel de
Ville d'Antananarivo par des manifestants pour en
déloger des membres des forces de l'ordre.
L'incendie du 13 mai 1972 marqua le début de cinq
journées de soulèvement populaire et de
répression aussi aveugle que meurtrière.
Les manifestants réclamaient la démission
du président de l'époque, Philibert
Tsiranana. Manandafy, en mai 1972, était l'un des
principaux animateurs de la contestation. C'est lui qui
lira sur la place de l'hotel de ville de Tananarive, une
adresse réclamant la destitution du
président Tsiranana.
- Les rapports de Manandafy avec le pouvoir ne
s'amélioreront que pendant très peu de
temps avec l'arrivée à la tête de
l'Etat de l'amiral Ratsiraka en 1975. Dès
septembre 1976, le MFM est officiellement dissout et
Manandafy assigné en résidence
surveillée jusqu'en janvier 1977.
- Pour continuer à pouvoir exister, le MFM
intègre le FNDR (Front national pour la
défense de la révolution) seule structure
légale pour faire de la politique. Manandafy
devient alors membre du Conseil Suprême de la
Révolution et dirige la commission
économique.
- Il se présente à l'élection
présidentielle de mars 1989, contre Ratsiraka et
frôle les 20% des suffrages.
- A nouveau à la tête de la contestation
au sein des Forces Vives en 190/91, il devient
co-président du CRES (Comité pour le
redressement économique et social) pendant la
période de transition, d'octobre 1991
jusqu'à la mise en place de la 3ème
République (1992).
- Manandafy est à nouveau candidat à la
présidence de la République lors de
l'élection de novembre 1992, et arrive en
troisième position, avec 10,45% des suffrages
derrière Albert Zafy, qui est élu
président, et l'amiral Ratsiraka, deuxième.
Manandafy se présente malgré tout à
l'élection du Premier Ministre par le Parlement,
mais sans succès.
- Elu député de la circonscription de
Manandrina lors des législatives de 1993, il
conservera ce mandat jusqu'à la fin de la
législature en 1998.
- A l'origine, parti prolétarien pour la
défense de la masse populaire et
d'obédience marxiste, le MFM s'est converti
doucement au libéralisme dans les années
80. Que penser pour autant de cette alliance entre un
homme comme Manandafy, dont le passé et la culture
politique sont aux antipodes de ce que représente
Marc Ravalomanana ?
- Lequel des deux s'est servi de l'autre comme d'un
bélier pour enfoncer la porte du pouvoir ?
L'avenir le dira sans doute très rapidement. Le
MFM qui s'est bien gardé d'envoyer des
représentants dans le gouvernement formé
par Ravalomanana, se réserve sans doute pour la
future bataille des législatives qui permettront
à chacun d'afficher ses réelles
convictions.
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- Un site internet pour de nombreuses
informations sur l'histoire politique du pays
et sur le MFM en particuliers:
http://perso.club-internet.fr/nahoanik
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