N° 219
du 15/12/2000

Madagascar


Elections provinciales
Victoire du parti au pouvoir dans les grandes villes,
sauf la capitale

L'Avant-Garde du Renouveau de Madagascar (AREMA) du président malgache Didier Ratsiraka a remporté les élections provinciales dans les grandes villes du pays, à l'exception de la capitale, gagnée par le parti conservateur.
Quelque 60 à 70% des électeurs inscrits n'ont pas voté pour ces premières élections provinciales de l'histoire de Madagascar, premier pas vers la décentralisation et la création de provinces autonomes.
Les résultats des circonscriptions électorales rurales ne sont pas encore connus.
Six millions d'électeurs malgaches étaient appelés aux urnes le 3 décembre, pour élire 336 conseillers provinciaux appelés à mettre en place six provinces autonomes de Madagascar, après un siècle de centralisme.
Les résultats actuellement connus portent sur 570 des 1.648 bureaux de vote. Le taux de participation sur 1.056.389 inscrits est de 28,05%.
Selon ces résultats, la majorité des sièges dans les grandes villes ont été remportés par l'AREMA, alors qu'à Antananarivo, le parti conservateur de l'ancien Premier ministre Norbert Ratsirahonana a maintenu sa suprématie en s'adjugeant 10 des 18 sièges à pouvoir.
A Toamasina, premier port de Madagascar sur l'océan Indien et région natale du Président de la République Didier Ratsiraka, 2 des 4 sièges sont allés à l'AREMA et deux autres à des formations indépendantes soupçonnées d'être proches du pourvoir.
A l'extrême nord du pays, à Antsiranana (ex-Diego Suarez), fief traditionnel de l'ancien président Albert Zafy, son parti n'obtient qu'un des quatre sièges, les trois autres allant au parti au pouvoir.
A Mahajanga, sur la côte nord-ouest, l'AREMA obtient deux sièges sur quatre, les deux autres sont gagnés par des formations politiques indépendantes.
Tout au sud de l'île, à Toliara sur la côte ouest le canal de Mozambique, des résultats partiels donnaient un avantage à une liste dissidente AREMA.
A Fianarantsoa, au sud des hauts plateaux centraux, région d'origine du premier ministre Tantely Andrianarivo, l'AREMA emporte deux des quatre sièges, les deux autres allant au parti "Leader Fanilo" d'Herizo Razafimahaleo, deuxième force politique du pays, et à une liste indépendante.
Dans cette ville très catholique où la Conférence des évêques de Madagascar avait été la première à s'opposer à ces élections en raison de la méconnaissance, selon elle, des enjeux véritable de l'autonomie provinciale par la population, la participation est de 32,65%.
Enfin, dans la capitale, Antananarivo, la population a fait bloc autour de son leader naturel Norbert Ratsirahonana, donnant à son parti 49,43% des 82.019 suffrages exprimés sur 488.777 inscrits, soit 19,16 % de participation.
Avec 10 sièges sur les 18 à pouvoir et ses 12 députés élus à l'Assemblée nationale en 1998, membres de droit des futurs Conseils provinciaux, l'ancien Premier ministre se place en bonne position d'éligibilité pour être gouverneur de la province d'Antananarivo.

L'opposition radicale au président Didier Ratsiraka ainsi que l'influent Conseil des églises chrétiennes de Madagascar (FFKM) avaient appelé au boycott du scrutin en raison, selon eux, du manque de préparation de la population aux enjeux de l'autonomie des provinces.
Composée de six provinces - Antananarivo au centre, Antsiranana au nord, Fianarantsoa au centre-sud, Mahajanga au nord-ouest, Toamasina sur le littoral est et Toliara au sud -, la Grande Île de l'océan Indien, d'une superficie de 587.000 km2 et peuplée de 15 millions d'habitants, est régie, depuis sa colonisation à la fin du siècle dernier et son indépendance en 1960, par un pouvoir et une administration centralisés à l'extrême.
Une fois élus, les conseillers provinciaux désigneront à bulletin secret, à une date qui n'est pas encore fixée, les gouverneurs des provinces autonomes. Ces nouvelles entités auront compétence dans les secteurs du développement économique, de l'éducation et de la santé.
Cette élection constituait un test politique pour le président Ratsiraka, à un an des présidentielles pour lesquelles il n'a toujours pas annoncé s'il briguera ou non un cinquième mandat.


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