N° 220
du 29/12/2000

Madagascar


Un député condamné à 11 mois de prison
pour offense au chef de l'Etat

Jean-Eugene Voninahitsy, l'un des vice-présidents de l'Assemblée nationale malgache,a été condamné à Antananarivo à 11 mois de prison pour offense au chef de l'Etat, diffusion de fausses nouvelles et émission de chèques sans provision. Il avait choisi de ne pas être défendu à son procès, durant lequel il ne s'est pas exprimé. Des milliers de ses sympathisants s'étaient réunis devant le tribunal pendant le procès. M. Voninahitsy avait, début novembre, accusé le président Didier Ratsiraka d'avoir menti sur les conditions d'acquisition, en Ukraine, d'un pont flottant destiné à remplacer sur le fleuve Ivoilina, à quelques kilomètres au nord du port de Toamasina, sur la côte centre-est du pays, un ouvrage endommagé par les cyclones du début de l'année.
La notion de "flagrant délit" avait été retenue contre lui au cours de l'instruction, ce qui excluait, selon le code de procédure pénale malgache, que puisse jouer son immunité parlementaire.
Plusieurs centaines de personnes, dont des hommes politiques et des députés, ont manifesté à Antananarivo pour protester contre son incarcération. Tous les chefs de partis, de formations ou d'associations politiques, ainsi que les députés présents dans la capitale, y compris ceux du parti présidentiel de l'Avant-garde de la rénovation malgache (AREMA), l'ont soutenu.
Le Rassemblement pour la social-démocratie (RPSD), qui appartient à la coalition au pouvoir, a condamné "la détention arbitraire" de son secrétaire général Jean-Eugène Voninahitsy.

De retour, début novembre, d'une mission parlementaire à Kiev, cet élu du centre-ouest de Madagascar avait révélé qu'un pont-flottant que le chef de l'Etat affirmait avoir acheté 240.000 dollars aux Ukrainiens lui avait été en réalité offert par les autorités de ce pays.
Le scandale a éclaté quand le chef de l'Etat a indiqué que la gestion de ce pont assortie d'un droit de péage de 15 FF avait été confiée à une société dont la direction est assurée par un jeune membre de sa famille.
Les autorités ukrainiennes ont refusé de confirmer ou de démentir la vente de ce pont.
Ce pont serait, selon une source non officielle au ministère ukrainien de la Défense, du matériel militaire réformé et en mauvais état datant de l'époque soviétique.


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