- Alors que le
président malgache Didier Ratsiraka a
décidé de maintenir le second tour de
l'élection présidentielle au 24
février, se rangeant dans la
"légalité constitutionnelle" après
la proclamation officielle des résultats du
premier tour de l'élection présidentielle
du 16 décembre, l'opposant Marc
Ravalomanana, maire d'Antananarivo, maintenait,
début février son mot d'ordre de
grève générale, méthode de
pression qui paralyse l'activité économique
du pays, et commence à coûter cher.
- Selon les résultats officiels proclamés
par la Haute Cour constitutionnelle (HCC),
M. Ravalomanana est arrivé en tête du
premier tour avec 46,21% des voix, contre 40,89% à
M. Ratsiraka. Parmi les quatre autres candidats, seul
l'ancien président de la République Albert
Zafy a dépassé la barre des 5% des
suffrages, avec 5,5%. Herizo Razafimahaleo a obtenu 4,22%
des voix, Daniel Rajakoba 1,76% et Patrick Rajaonary
1,57%. La HCC a annulé les résultats de 347
des 6.200 bureaux de vote du pays, soit un total de
70.164 voix, et constaté la carence de 36 autres
bureaux. Elle a également annulé 12.200
bulletins séparés.
-
- Le maire d'Antananarivo assure qu'il a recueilli
52,15% des suffrages, et n'a de cesse de réclamer
une confrontation des procès verbaux des
résultats qu'il détient avec ceux sur
lesquelles la HCC a fondé ses résultats.
- Au plus fort de ce mouvement de contestation, une
journée "Antananarivo ville morte", le mardi 5
février, organisée à l'appel de Marc
Ravalomanana, a été un succès, selon
les observateurs.
- Toutes les tentatives de médiation -
menée par l'église, des parlementaires de
la Francophonie, ou des autres opposants malgaches - ont
jusqu'à présent échoué, alors
que le président Ratsiraka s'apprêtait
à lancer la campagne électorale pour le
second tour.
- Dans le camp présidentiel, on argue qu'une
projection faite à partir des résultats
partiels établis par le "Consortium d'observateurs
locaux" impliquerait la nécessité d'un
deuxième tour, alors que ce même Consortium
a annoncé la "victoire" de Marc Ravalomanana,
après avoir traité seulement 12 212
procès-verbaux, sur 16 515 bureaux de vote
recensés, soit environ 75% des résultats.
- "Pourquoi a-t-il peur du second tour, a-t-il peur que
ses voix fondent au soleil ?", s'est interrogé le
chef de l'Etat, accusant lui aussi son adversaire d'avoir
"triché" au premier tour.
- De fait, la victoire n'est certaine pour aucun des
deux candidats au deuxième tour. Marc Ravalomanana
n'a pas encore reçu le soutien des autres
candidats du premier tour, qui peuvent faire la
différence selon qu'ils appelleront à voter
pour tel ou tel candidat. Bien qu'il ait beaucoup de
ranc¦ur vis à vis du président Ratsiraka,
Albert Zafy est un "côtier" comme l'amiral, et
malgré les non-dit, le facteur ethnique est
à prendre en compte, à Madagascar comme
ailleurs.
-
- Côté diplomatique, les partenaires de
Madagascar semblent dans l'embarras. Ils ne peuvent
cautionner une élection qui aurait
été faussée, mais n'ont aucune
assurance formelle de la victoire au premier tour de Marc
Ravalomanana. D'où, un consensus pour appeler
à un deuxième tour, avec les meilleurs
garanties possibles de transparence. Le ministre
français des Affaires étrangères,
Hubert Védrine, a résumé au mieux
cette position, en se déclarant en faveur de "la
poursuite du déroulement du processus
électoral, c'est-à-dire par la tenue d'un
deuxième tour" mais "dans la transparence et avec
toutes les garanties pour un scrutin libre,
équitable, sincère et sans fraude".
- Les pays créanciers de Madagascar commencent
malgré tout à s'inquiéter de cette
situation de pourrissement, en relevant que la
grève générale coûte à
l'économie insulaire 14 millions de dollars par
jour et a déjà causé la perte de
milliers d'emplois.
- Le directeur des opérations de la Banque
mondiale pour l'océan Indien et le
représentant résident principal du Fonds
monétaire international sont eux aussi
montés au créneau en tenant une
conférence de presse en guise d'avertissement
à la population sur les conséquences de la
grève générale.
- Globalement, Marc Ravalomanana semble s'être
enfermé dans un jusqu'au boutisme et ne s'est
guère ménagé de portes de sorties.
Certes, il a montré sa popularité et sa
capacité de mobilisation en faisant descendre
quotidiennement des centaines de milliers de
sympathisants sur la place du 13 mai à
Antananarivo, mais il lui sera bien difficile maintenant
de faire comprendre à ses partisans qu'il accepte
malgré toutes ses doléances de participer
à un second tour. Quant au président
Ratsiraka, il connaît trop bien le monde politique
et le monde tout court pour savoir que même s'il
est élu sans adversaire au second tour, le temps
aidant, il n'aura aucun mal à faire
reconnaître sa légitimité par la
communauté internationale. Si Ravalomanana a pu
penser une minute que cette même communauté
internationale accepterait qu'il suffit de faire
descendre des milliers de personnes dans la rue pour
être légitimé, il s'est lourdement
trompé.
- Ce serait ouvrir un "précédent" qui
ouvrirait la porte a bien d'autres incertitudes ailleurs,
en Afrique et dans le monde.
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