N° 244
du 06/02/2002

Madagascar


Marc Ravalomanana reste persuadé d'avoir remporté
la présidentielle au premier tour et paralyse le pays

Alors que le président malgache Didier Ratsiraka a décidé de maintenir le second tour de l'élection présidentielle au 24 février, se rangeant dans la "légalité constitutionnelle" après la proclamation officielle des résultats du premier tour de l'élection présidentielle du 16 décembre, l'opposant Marc Ravalomanana, maire d'Antananarivo, maintenait, début février son mot d'ordre de grève générale, méthode de pression qui paralyse l'activité économique du pays, et commence à coûter cher.
Selon les résultats officiels proclamés par la Haute Cour constitutionnelle (HCC), M. Ravalomanana est arrivé en tête du premier tour avec 46,21% des voix, contre 40,89% à M. Ratsiraka. Parmi les quatre autres candidats, seul l'ancien président de la République Albert Zafy a dépassé la barre des 5% des suffrages, avec 5,5%. Herizo Razafimahaleo a obtenu 4,22% des voix, Daniel Rajakoba 1,76% et Patrick Rajaonary 1,57%. La HCC a annulé les résultats de 347 des 6.200 bureaux de vote du pays, soit un total de 70.164 voix, et constaté la carence de 36 autres bureaux. Elle a également annulé 12.200 bulletins séparés.
 
Le maire d'Antananarivo assure qu'il a recueilli 52,15% des suffrages, et n'a de cesse de réclamer une confrontation des procès verbaux des résultats qu'il détient avec ceux sur lesquelles la HCC a fondé ses résultats.
Au plus fort de ce mouvement de contestation, une journée "Antananarivo ville morte", le mardi 5 février, organisée à l'appel de Marc Ravalomanana, a été un succès, selon les observateurs.
Toutes les tentatives de médiation - menée par l'église, des parlementaires de la Francophonie, ou des autres opposants malgaches - ont jusqu'à présent échoué, alors que le président Ratsiraka s'apprêtait à lancer la campagne électorale pour le second tour.
Dans le camp présidentiel, on argue qu'une projection faite à partir des résultats partiels établis par le "Consortium d'observateurs locaux" impliquerait la nécessité d'un deuxième tour, alors que ce même Consortium a annoncé la "victoire" de Marc Ravalomanana, après avoir traité seulement 12 212 procès-verbaux, sur 16 515 bureaux de vote recensés, soit environ 75% des résultats.
"Pourquoi a-t-il peur du second tour, a-t-il peur que ses voix fondent au soleil ?", s'est interrogé le chef de l'Etat, accusant lui aussi son adversaire d'avoir "triché" au premier tour.
De fait, la victoire n'est certaine pour aucun des deux candidats au deuxième tour. Marc Ravalomanana n'a pas encore reçu le soutien des autres candidats du premier tour, qui peuvent faire la différence selon qu'ils appelleront à voter pour tel ou tel candidat. Bien qu'il ait beaucoup de ranc¦ur vis à vis du président Ratsiraka, Albert Zafy est un "côtier" comme l'amiral, et malgré les non-dit, le facteur ethnique est à prendre en compte, à Madagascar comme ailleurs.
 
Côté diplomatique, les partenaires de Madagascar semblent dans l'embarras. Ils ne peuvent cautionner une élection qui aurait été faussée, mais n'ont aucune assurance formelle de la victoire au premier tour de Marc Ravalomanana. D'où, un consensus pour appeler à un deuxième tour, avec les meilleurs garanties possibles de transparence. Le ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, a résumé au mieux cette position, en se déclarant en faveur de "la poursuite du déroulement du processus électoral, c'est-à-dire par la tenue d'un deuxième tour" mais "dans la transparence et avec toutes les garanties pour un scrutin libre, équitable, sincère et sans fraude".
Les pays créanciers de Madagascar commencent malgré tout à s'inquiéter de cette situation de pourrissement, en relevant que la grève générale coûte à l'économie insulaire 14 millions de dollars par jour et a déjà causé la perte de milliers d'emplois.
Le directeur des opérations de la Banque mondiale pour l'océan Indien et le représentant résident principal du Fonds monétaire international sont eux aussi montés au créneau en tenant une conférence de presse en guise d'avertissement à la population sur les conséquences de la grève générale.
Globalement, Marc Ravalomanana semble s'être enfermé dans un jusqu'au boutisme et ne s'est guère ménagé de portes de sorties. Certes, il a montré sa popularité et sa capacité de mobilisation en faisant descendre quotidiennement des centaines de milliers de sympathisants sur la place du 13 mai à Antananarivo, mais il lui sera bien difficile maintenant de faire comprendre à ses partisans qu'il accepte malgré toutes ses doléances de participer à un second tour. Quant au président Ratsiraka, il connaît trop bien le monde politique et le monde tout court pour savoir que même s'il est élu sans adversaire au second tour, le temps aidant, il n'aura aucun mal à faire reconnaître sa légitimité par la communauté internationale. Si Ravalomanana a pu penser une minute que cette même communauté internationale accepterait qu'il suffit de faire descendre des milliers de personnes dans la rue pour être légitimé, il s'est lourdement trompé.
Ce serait ouvrir un "précédent" qui ouvrirait la porte a bien d'autres incertitudes ailleurs, en Afrique et dans le monde.


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