N° 245
du 28/02/2002

Madagascar


Différentes longueurs d'ondes pour la voix de la France

Le 8 janvier, Marc Ravalomanana avait appelé la France et l'Union européenne à "sortir de leur indifférence" pour empêcher "un hold-up électoral". Las, les "réponses" de Paris furent loin d'être à la mesure des attentes de l'opposant malgache. Le 12 février, Paris, par la voie du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, réitérait que la France souhaite "que le processus électoral parvienne à son terme dans le respect de la transparence, de l'équité et dans un climat apaisé". Paris déclarait aussi soutenir "les efforts de l'OUA pour trouver une solution qui respecte les règles de la démocratie". L'OUA ne demandant rien d'autre qu'un deuxième tour et non la confrontation des procès verbaux des résultats du premier tour de l'élection, il n'est pas bien difficile de comprendre l'ire des sympathisants de Ravalomanana. Certains d'entre eux n'hésitaient pas à qualifier le secrétaire général de l'OUA, l'ivoirien Amara Essy, de "marionnette, formée à l'école de Dupuch". Jacques Dupuch a été ambassadeur de France pendant des années en Côte d'Ivoire et est aujourd'hui conseiller pour les affaires africaines du président français Jacques Chirac.
Le 21 février, Paris en remettait un couche en souhaitant, toujours par la voix du porte-parole adjoint du Quai d'Orsay, que "rien ne vienne interrompre le processus de dialogue à Madagascar entamé par l'OUA".
Et d'ajouter que la France, qui "suit avec attention la situation à Madagascar", estime qu'une "solution en contradiction" avec les principes de bonne gouvernance établis par les derniers sommets de l'OUA "aurait de graves conséquences économiques et sociales". En clair, Paris ne cautionnera jamais une "auto-proclamation" de Marc Ravalomanana.
Il n'en fallut pas plus pour sentir dans les rues d'Antananarivo comme un vent de colère vis à vis des Français résidants à Madagascar, assimilés à la France "officielle".
Pendant quelques jours, il est vrai qu'il fut difficile de ne pas entendre par-ci par-là une insulte, sans toutefois que ces acrimonies se transforment en agressions physiques.
Puis des tracts dénonçant le "soutien" de la France à M. Ratsiraka ont fait leur apparition dans les rues de la capitale. Intitulés "Avis aux Français", ces tracts reprochaient à Paris d'avoir condamné le "coup de force" de M. Ravalomanana immédiatement après son "investiture" le vendredi 22 février.
"Ne nous rappelez pas les épisodes sombres de notre histoire, entre autres les fusillades du 15 octobre 1896, le massacre de milliers de Malgaches le 29 mars 1947. Il est grand temps de choisir: vous êtes nos amis, soutenez le peuple malgache, ou vous êtes nos ennemis en soutenant ce dictateur de Ratsiraka", avertissaient ces tracts.
Le sentiment anti-Français prenant de l'ampleur, quelques centaines de Français résidant à Madagascar, avec des Malgaches et des binationaux, ont décidé d'exprimer une "autre voix de la France", en manifestant le 25 février devant l'ambassade de France à Antananarivo. Après avoir remis à l'ambassadeur une pétition de 125 signatures et une "lettre aux amis malgaches", les protestataires s'en sont allés défilés eux aussi à la place du 13 mai, pour bien afficher leur différence avec les prises de positions officielles françaises.
"1789: libération de la France, 2002: libération de Madagascar, à bas le Quai d'Orsay", pouvait-on lire sur une banderole déployée juste sous le drapeau bleu-blanc-rouge. Et pour parfaire leur différence, ces Français ont créé une association dénommée "Avana" par le biais de laquelle ils ont même remis une contribution symbolique d'environ 2 millions de Fmg au comité de soutien à Marc Ravalomanana. Depuis, il est vrai, c'est un peu plus facile de se dire "Français" dans les rues de la capitale.


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