- Le 8 janvier, Marc
Ravalomanana avait appelé la France et l'Union
européenne à "sortir de leur
indifférence" pour empêcher "un hold-up
électoral". Las, les "réponses" de Paris
furent loin d'être à la mesure des attentes
de l'opposant malgache. Le 12 février, Paris, par
la voie du porte-parole du ministère des Affaires
étrangères, réitérait que la
France souhaite "que le processus électoral
parvienne à son terme dans le respect de la
transparence, de l'équité et dans un climat
apaisé". Paris déclarait aussi soutenir
"les efforts de l'OUA pour trouver une solution qui
respecte les règles de la démocratie".
L'OUA ne demandant rien d'autre qu'un deuxième
tour et non la confrontation des procès verbaux
des résultats du premier tour de
l'élection, il n'est pas bien difficile de
comprendre l'ire des sympathisants de Ravalomanana.
Certains d'entre eux n'hésitaient pas à
qualifier le secrétaire général de
l'OUA, l'ivoirien Amara Essy, de "marionnette,
formée à l'école de Dupuch". Jacques
Dupuch a été ambassadeur de France pendant
des années en Côte d'Ivoire et est
aujourd'hui conseiller pour les affaires africaines du
président français Jacques Chirac.
- Le 21 février, Paris en remettait un couche en
souhaitant, toujours par la voix du porte-parole adjoint
du Quai d'Orsay, que "rien ne vienne interrompre le
processus de dialogue à Madagascar entamé
par l'OUA".
- Et d'ajouter que la France, qui "suit avec attention
la situation à Madagascar", estime qu'une
"solution en contradiction" avec les principes de bonne
gouvernance établis par les derniers sommets de
l'OUA "aurait de graves conséquences
économiques et sociales". En clair, Paris ne
cautionnera jamais une "auto-proclamation" de Marc
Ravalomanana.
- Il n'en fallut pas plus pour sentir dans les rues
d'Antananarivo comme un vent de colère vis
à vis des Français résidants
à Madagascar, assimilés à la France
"officielle".
- Pendant quelques jours, il est vrai qu'il fut
difficile de ne pas entendre par-ci par-là une
insulte, sans toutefois que ces acrimonies se
transforment en agressions physiques.
- Puis des tracts dénonçant le "soutien"
de la France à M. Ratsiraka ont fait leur
apparition dans les rues de la capitale. Intitulés
"Avis aux Français", ces tracts reprochaient
à Paris d'avoir condamné le "coup de force"
de M. Ravalomanana immédiatement après son
"investiture" le vendredi 22 février.
- "Ne nous rappelez pas les épisodes sombres de
notre histoire, entre autres les fusillades du 15 octobre
1896, le massacre de milliers de Malgaches le 29 mars
1947. Il est grand temps de choisir: vous êtes nos
amis, soutenez le peuple malgache, ou vous êtes nos
ennemis en soutenant ce dictateur de Ratsiraka",
avertissaient ces tracts.
- Le sentiment anti-Français prenant de
l'ampleur, quelques centaines de Français
résidant à Madagascar, avec des Malgaches
et des binationaux, ont décidé d'exprimer
une "autre voix de la France", en manifestant le 25
février devant l'ambassade de France à
Antananarivo. Après avoir remis à
l'ambassadeur une pétition de 125 signatures et
une "lettre aux amis malgaches", les protestataires s'en
sont allés défilés eux aussi
à la place du 13 mai, pour bien afficher leur
différence avec les prises de positions
officielles françaises.
- "1789: libération de la France, 2002:
libération de Madagascar, à bas le Quai
d'Orsay", pouvait-on lire sur une banderole
déployée juste sous le drapeau
bleu-blanc-rouge. Et pour parfaire leur
différence, ces Français ont
créé une association dénommée
"Avana" par le biais de laquelle ils ont même remis
une contribution symbolique d'environ 2 millions de Fmg
au comité de soutien à Marc Ravalomanana.
Depuis, il est vrai, c'est un peu plus facile de se dire
"Français" dans les rues de la capitale.
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