- Le président Didier
Ratsiraka semble avoir perdu de facto une grande part
de sa capacité d'action dans le pays, n'ayant pu
faire appliquer la moindre mesure de rétorsion
face aux actes politiques pris par Marc
Ravalomanana.
- Alors que ce dernier nommait son gouvernement
à Antananarivo, le camp présidentiel n'a
même pas réagi verbalement: "La position du
président n'a pas changé depuis son
discours (du 28 février) lors de la proclamation
de la loi martiale", s'est contenté de
déclarer le directeur général de
la présidence, Gérard
Andrialemirovason.
- Jeudi 28 février, le président
Ratsiraka avait décrété la loi
martiale et confié dans ce cadre tous ses pouvoirs
à un nouveau gouverneur militaire d'Antananarivo,
le général Léon-Claude
Raveloarison. Le décret de proclamation de la
loi martiale prévoit que "tout attroupement,
manifestation, défilé ou procession sur les
voies publiques est interdit de plein droit et sera
dispersé d'office par l'autorité militaire
à l'aide de tous moyens propres à y
parvenir sans effusion de sang". Au cas où les
manifestants résistent, le commandant des troupes
peut donner l'ordre de faire feu, après trois
sommations, selon ce décret.
- Dans les faits, le nouveau gouverneur a
été bien incapable de faire appliquer cette
loi martiale. Dès le samedi 2 mars, le
gouvernement de Marc Ravalomanana était
présenté à des dizaines de milliers
de ses partisans réunis à Antananarivo.
Jacques Sylla, Premier ministre de M.
Ravalomanana, a présenté les 17 membres
de son gouvernement devant la foule réunie comme
chaque jour depuis plus d'un mois sur la Place du 13 Mai.
-
- M. Ratsiraka se trouve maintenant replié dans
son fief de Toamasina (Tamatave), le grand port de la
côte est, à 360 km de la capitale.
- Dans ce contexte, les partisans de Didier Ratsiraka
se sont orientés vers des actions qui ne
découlent pas de la loi : les barrages
destinés à asphyxier économiquement
la capitale ont été renforcés. Outre
le premier barrage mis en place à Brickaville il y
a plus d'un mois pour couper l'axe qui relie Toamasina
à Antananarivo, d'autres barrages viennent
d'être instaurés à quelques
kilomètres de Mahajanga, la principale ville du
Nord-Est et d'autres étaient envisagés aux
alentours de la ville de Maevatanàna, ville
située quasiment à égale distance
entre Mahajanga et Antananarivo.
-
- Autre réaction, celle de cinq gouverneurs de
provinces sur six, qui ont désigné la ville
de Toamasina, où se trouve maintenant Didier
Ratsiraka, comme "leur capitale".
- Annick Dahy, sénateur proche du
gouverneur de la province de Toamasina, Samuel
Lahady, a précisé à l'AFP qu'il
ne "s'agit pas d'un transfert de la capitale de
Madagascar" mais d'une mesure "provisoire, jusqu'à
ce que les choses reviennent à la normale". Il
était bien difficile de savoir si le
président lui-même a avalisé une
telle décision. "Le président ne peut
assister à une telle réunion, il ne peut
officiellement cautionner une telle décision", a
assuré Pierre Houlder, directeur de la
communication de la présidence.
- Dans leur communiqué, les cinq gouverneurs ont
écrit qu'ils "condamnent énergiquement
l'autoproclamation de M. Marc Ravalomanana, maire
d'Antananarivo, en qualité de Président de
la République ainsi que la formation de son
gouvernement insurrectionnel (...), ne reconnaissent que
le Président de la République en exercice,
M. Didier Ratsiraka".
- Ces cinq gouverneurs sont ceux des provinces
autonomes de Tamatave (nom français de la ville de
Toamasina), de "Diégo-Suarez" (nom français
de Antsiranana, nord), de Fianarantsoa (centre),
Mahajanga (nord-ouest), Tuléar (nom
français de Toliara, sud-ouest).
- La sixième province malgache, dont le
gouverneur Pascal Rakotomavo n'a pas signé
le communiqué, est celle d'Antananarivo, fief de
M. Ravalomanana.
- Cette décision, si symbolique soit-elle n'en a
pas moins ravivé les craintes d'une partition du
pays. Sans doute pour rejeter d'avance cette
éventualité, la présidence
"officielle" a rappelé qu'un transfert de capitale
est la prérogative constitutionnelle du seul
Parlement et s'est "officiellement"
désolidarisée des gouverneurs pour
réaffirmer qu'Antananarivo demeurait la seule
capitale du pays.
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