N° 246
du 14/03/2002

Madagascar


Les réactions des partisans du président Ratsiraka

Le président Didier Ratsiraka semble avoir perdu de facto une grande part de sa capacité d'action dans le pays, n'ayant pu faire appliquer la moindre mesure de rétorsion face aux actes politiques pris par Marc Ravalomanana.
Alors que ce dernier nommait son gouvernement à Antananarivo, le camp présidentiel n'a même pas réagi verbalement: "La position du président n'a pas changé depuis son discours (du 28 février) lors de la proclamation de la loi martiale", s'est contenté de déclarer le directeur général de la présidence, Gérard Andrialemirovason.
Jeudi 28 février, le président Ratsiraka avait décrété la loi martiale et confié dans ce cadre tous ses pouvoirs à un nouveau gouverneur militaire d'Antananarivo, le général Léon-Claude Raveloarison. Le décret de proclamation de la loi martiale prévoit que "tout attroupement, manifestation, défilé ou procession sur les voies publiques est interdit de plein droit et sera dispersé d'office par l'autorité militaire à l'aide de tous moyens propres à y parvenir sans effusion de sang". Au cas où les manifestants résistent, le commandant des troupes peut donner l'ordre de faire feu, après trois sommations, selon ce décret.
Dans les faits, le nouveau gouverneur a été bien incapable de faire appliquer cette loi martiale. Dès le samedi 2 mars, le gouvernement de Marc Ravalomanana était présenté à des dizaines de milliers de ses partisans réunis à Antananarivo. Jacques Sylla, Premier ministre de M. Ravalomanana, a présenté les 17 membres de son gouvernement devant la foule réunie comme chaque jour depuis plus d'un mois sur la Place du 13 Mai.
 
M. Ratsiraka se trouve maintenant replié dans son fief de Toamasina (Tamatave), le grand port de la côte est, à 360 km de la capitale.
Dans ce contexte, les partisans de Didier Ratsiraka se sont orientés vers des actions qui ne découlent pas de la loi : les barrages destinés à asphyxier économiquement la capitale ont été renforcés. Outre le premier barrage mis en place à Brickaville il y a plus d'un mois pour couper l'axe qui relie Toamasina à Antananarivo, d'autres barrages viennent d'être instaurés à quelques kilomètres de Mahajanga, la principale ville du Nord-Est et d'autres étaient envisagés aux alentours de la ville de Maevatanàna, ville située quasiment à égale distance entre Mahajanga et Antananarivo.
 
Autre réaction, celle de cinq gouverneurs de provinces sur six, qui ont désigné la ville de Toamasina, où se trouve maintenant Didier Ratsiraka, comme "leur capitale".
Annick Dahy, sénateur proche du gouverneur de la province de Toamasina, Samuel Lahady, a précisé à l'AFP qu'il ne "s'agit pas d'un transfert de la capitale de Madagascar" mais d'une mesure "provisoire, jusqu'à ce que les choses reviennent à la normale". Il était bien difficile de savoir si le président lui-même a avalisé une telle décision. "Le président ne peut assister à une telle réunion, il ne peut officiellement cautionner une telle décision", a assuré Pierre Houlder, directeur de la communication de la présidence.
Dans leur communiqué, les cinq gouverneurs ont écrit qu'ils "condamnent énergiquement l'autoproclamation de M. Marc Ravalomanana, maire d'Antananarivo, en qualité de Président de la République ainsi que la formation de son gouvernement insurrectionnel (...), ne reconnaissent que le Président de la République en exercice, M. Didier Ratsiraka".
Ces cinq gouverneurs sont ceux des provinces autonomes de Tamatave (nom français de la ville de Toamasina), de "Diégo-Suarez" (nom français de Antsiranana, nord), de Fianarantsoa (centre), Mahajanga (nord-ouest), Tuléar (nom français de Toliara, sud-ouest).
La sixième province malgache, dont le gouverneur Pascal Rakotomavo n'a pas signé le communiqué, est celle d'Antananarivo, fief de M. Ravalomanana.
Cette décision, si symbolique soit-elle n'en a pas moins ravivé les craintes d'une partition du pays. Sans doute pour rejeter d'avance cette éventualité, la présidence "officielle" a rappelé qu'un transfert de capitale est la prérogative constitutionnelle du seul Parlement et s'est "officiellement" désolidarisée des gouverneurs pour réaffirmer qu'Antananarivo demeurait la seule capitale du pays.


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