N° 248
du 18/04/2002

Madagascar


En attendant une éventuelle rencontre
entre Ravalomanana et Ratsiraka à Dakar...

  • Le gouverneur de Fianarantsoa résiste
  • Premiers combats entre militaires
  • Le sabotage des ponts continue
Les partisans de Marc Ravalomanana qui tentent depuis le mardi 27 mars d'installer en force le député Pety Rakotonirina, nouveau Président de la délégation spéciale (PDS, gouverneur) de Fianarantsoa (capitale du même nom que la province), n'avaient toujours pas atteint leur but, le 15 avril. Le gouverneur "ratsirakiste" Emilson, retranché dans son palais a organisé la résistance. Cette situation a provoqué les premiers combats entre militaires, le samedi 13 avril, cinq militaires envoyés à Fianarantsoa par le camp du président Ratsiraka ayant été tués dans une embuscade tendue par des soldats pro-Ravalomanana. L'embuscade visait à l'aube, aux portes de Fianarantsoa, 25 militaires de l'Ecole Nationale des sous-officiers d'Antsirabe. Outre les cinq tués, 18 militaires ont été blessés, dont au moins neuf grièvement.
Autour du palais, les combats opposent des soldats, gendarmes et policiers fidèles à M. Ravalomanana, épaulés par des civils qu'ils ont armés, à des gendarmes et des militaires restés fidèles au gouverneur Emilson.
Pour monter sa détermination à s'emparer du gouvernorat de Fianarantsoa, le gouvernement de Ravalomanana a dépêché sur place son ministre de l'Intérieur, Jean-Seth Rambeloalijaona.
Au total, les affrontements de Fianarantsoa ont fait déjà au moins six morts : un moine canadien, atteint de cinq balles dans le dos tirées par des gendarmes légalistes, et les cinq militaires de l'embuscade.
 
Au lendemain de ce week-end sanglant à Fianarantsoa, alors que Marc Ravalomanana et Didier Ratsiraka s'apprêtaient à s'envoler pour Dakar à l'appel du président sénégalais Abdoulaye Wade, d'autres incidents sanglants ont eu lieu, le lundi 15 avril, cette fois à Mahajanga, la quatrième ville du pays, à quelque 600 km au nord-ouest d'Antananarivo, où les forces de l'ordre ont blessé au moins 37 partisans de M. Ravalomanana en dispersant une manifestation. Deux jeunes gens ont été grièvement blessés par des tirs tendus de grenades lacrymogènes, dont un qui a dû être amputé d'une jambe. Les manifestations quotidiennes des pro-Ravalomanana avaient été interdites la veille par le gouverneur de Mahajanga, Etienne Razafindehibe, fidèle à M. Ratsiraka.
 
Pour entretenir ce climat de tension, le pont d'Ambohimandroso (situé près de la localité d'Ambatolampy, environ 90 km au sud d'Antananarivo) a été totalement détruit à l'explosif dans la nuit du lundi 15 avril.
Ce nouveau sabotage non revendiqué contribue à renforcer le blocus mis en place par le camp du président sortant Didier Ratsiraka pour asphyxier la capitale Antananarivo. Le 29 mars, sur la même route nationale, le grand pont de Fatihita, à environ 300 km au sud de la capitale, avait été partiellement détruit à l'explosif. La circulation avait été rétablie une semaine plus tard grâce à la construction d'un pont temporaire.
Ce blocus, qui engendre en particulier des pénuries de carburants dans la capitale et les villes des hauts-plateaux, a été rendu possible grâce à des barrages routiers et des sabotages de ponts, la plupart du temps partiellement démontés ou barrés par des containers soudés.
La route du sud menant à Fianarantsoa, à 400 km au sud-est d'Antananarivo, et au port de Manakara, sur la côte est, peut permettre de briser le blocus de la capitale. La pièce maîtresse du dispositif reste le barrage de Brickaville, à 265 km à l'est d'Antananarivo, sur une autre route menant au plus grand port de l'île, Toamasina, fief de M. Ratsiraka.


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