N° 249
du 06/05/2002

Madagascar


Ces quinze jours au cours desquels les chances d’aboutir
à un règlement pacifique de la crise se sont évaporées

16 avril : Début d’une médiation africaine, sous l’égide de l’OUA à Dakar où Ratsiraka et Ravalomanana sont arrivés, à l’invitation du président sénégalais Abdoulaye Wade
La Cour suprême malgache annule les résultats officiels du premier tour de la présidentielle, confiant de facto le soin d’effectuer un nouveau décompte des suffrages à la Haute Cour constitutionnelle (HCC).
La Cour suprême dans un arrêt du 10 avril avait annulé la composition de la HCC. Cette Haute cour avait en effet été remaniée par le président Ratsiraka, à la veille de l’élection de décembre.
Ce sera donc la Haute cour originelle, qui aura la charge d’un nouveau décompte. La HCC, à cette date du 16 avril, ne compte plus que six membres sur neuf, soit le minimum du quorum requis pour être fonctionnelle. Elle est privée de son président, Victor Boto, qui a démissionné le 17 avril “pour raisons de santé”, et de deux autres membres. Sur les six membres restants, quatre avaient participé à l’auto proclamation de M. Ravalomanana comme “président”, le 22 février. La composition de cette HCC est importante, car si le camp de Ravalomanana n’accordait aucun crédit de neutralité à la Cour remaniée par le président Ratsiraka, à cette date, c’est le camp des “Ratsirakistes” qui ne croît plus à la partialité de la HCC.

Mercredi 17 avril : Première rencontre entre MM. Ratsiraka et Ravalomanana depuis le 13 février
Jeudi 18 avril : Signature au Sénégal de l’Accord de Dakar par Marc Ravalomanana et Didier Ratsiraka (Cf. encadré). L’accord a été paraphé par MM. Ratsiraka et Ravalomanana, ainsi que par Amara Essy pour l’OUA, Ibrahima Fall, représentant spécial de Kofi Annan, pour l’ONU, et par le président sénégalais Abdoulaye Wade, “au nom du groupe des chefs d’Etat facilitateurs”.

Vendredi 19 avril : A Antananarivo, le Premier ministre Jacques Sylla déclare que “Marc Ravalomanana demeure président tant que le nouveau décompte des suffrages n’est pas achevé et les résultats officiels proclamés”. Il précise qu’il n’y aura pas de gouvernement de transition avant la proclamation des résultats et donne “quelques jours” au président Ratsiraka pour faire lever les barrages routiers qui asphyxient la capitale Antananarivo et la région des hauts plateaux.
“S’il ne le fait pas, il aura une fois de plus trompé le peuple malgache et l’accord, cosigné avec des représentants de la communauté internationale, deviendra caduc”, avertit M. Sylla. Le ton est donné quant à viabilité de l’Accord de Dakar.

Samedi 20 avril : les Malgaches, et notamment les partisans de Didier Ratsiraka, commencent à prendre connaissance de la clause non-écrite de l’Accord de Dakar, clause qui en fait prévoit une “sortie honorable” pour le président Ratsiraka. Tout le calendrier de l’accord, le nouveau décompte des voix, ne seraient que poudre aux yeux.
Du coup, rien ne bouge du côté des barrages.
Certains “Ratsirakistes” se sentent “trahis” par Accord de Dakar. Un partisan de Ratsiraka, se confiant à l’AFP, résume ce sentiment en ces termes : “S’il (NDLR : Ratsiraka) veut quitter le pouvoir, qu’il le quitte seul mais qu’il ne parle pas au nom de tout le monde dans son camp, ou alors qu’il nous dise clairement «on abandonne la partie» et, dans ce cas, on n’a plus qu’à faire nos valises”.
Du côté des pro-Ravalomanana, alors que l’on s’est battu, que l’on a défilé dans la rue pendant des mois pour faire accepter sa victoire, c’est aussi la grogne rien qu’à l’idée qu’il va falloir à nouveau aller voter. Dans ce camp-là, les jeux sont faits, pas question de refaire un tour de table.

Ce même samedi 20 avril, le gouvernement de Marc Ravalomanana installe à Fianarantsoa (capitale de la province du même nom) son Président de la Délégation Spéciale (PDS) en la personne de Pety Rakotoniaina, à la place du gouverneur fidèle au président sortant Didier Ratsiraka. Pety Rakotoniaina (membre du MFM, le parti de Manandafy), a enfin pu prendre place dans le bureau du gouverneur ratsirakiste Emilson, qui s’est replié dans le port de Manakara, sur la côte sud-est.
Les partisans de M. Ravalomanana, qui contrôlaient de facto la ville de Fianarantsoa depuis plus d’un mois, avaient assiégé le gouvernorat trois semaines durant, avant que les militaires qui protégeaient le gouverneur ne désertent la place trois jours avant cette cérémonie d’installation de Pety Rakotoniaina, qui a eu lieu en présence du ministre de l’Intérieur de M. Ravalomanana, Jean-Seth Rambeloalijaona.
Fianarantsoa, la troisième ville du pays, est celle qui a payé le plus lourd tribut aux affrontements, avec au moins 15 morts.

Dimanche 21 avril : Trois jours après la signature d’un accord qui prévoyait leur levée immédiate, rien ne bouge du côté des barrages routiers.
“Pas question de les lever avant le retour du président Ratsiraka, nous l’attendons pour avoir des précisions”, déclare une porte-parole de Samuel Lahady, le gouverneur de la province de Toamasina. Ratsiraka est en séjour privé en France depuis la fin du rendez-vous de Dakar.
Encore plus inquiétant, la porte-parole tient à préciser que M. Lahady parle au nom des gouverneurs des cinq provinces du pays. Et elle ajoute : “Nous considérons que la prise du gouvernorat de la province de Fianarantsoa samedi est illégale, et il n’est pas question de mettre en application l’accord tant que l’on ne respecte pas la légalité”.
L’application de l’accord de Dakar est bien mal partie.
Du Burkina Faso où il est en visite, le secrétaire général de l’OUA, Amara Essy, reconnaît la “fragilité de cet accord” mais annonce qu’il va mettre en place un “comité de suivi” et nommer un envoyé spécial pour Madagascar.

Lundi 22 avril : L’accord de Dakar est mort-né
Les gouverneurs des cinq provinces, fidèles au président Ratsiraka, annoncent qu’ils ne lèveront pas les barrages routiers sans “retour à la légalité”, en particulier la démission du gouvernement de Marc Ravalomanana. “Les prétentions du gouvernement insurrectionnel à son maintien” constituent “un agissement contraire à l’esprit et la lettre de l’accord de Dakar”, déclarent les cinq gouverneurs dans un communiqué commun.
Leur décision viole l’accord de Dakar qui prévoyait la levée des barrages “dès la signature”.
A noter que durant ce week-end, le gouverneur de Mahajanga (nord-ouest) avait fait lever le barrage principal sur la route qui mène à Antananarivo, pour se conformer à l’accord. Mais sur intervention de ses pairs et d’autres personnalités, il l’a fait remettre en place ce lundi. Même dans le camp de Ratsiraka, il y a donc un clan des “durs” et un clan des “modérés”.

La Haute Cour Constitutionnelle (HCC), dans sa nouvelle composition, commence à recompter les résultats de la présidentielle.

Après avoir annoncé la “levée des barrages de sécurité”, dressés par la population dans la capitale et ses environs pour parer à d’éventuelles attaques des partisans de M. Ratsiraka, Ravalomanana demande la levée des barrages routiers en province.

Mardi 23 avril : Le gouvernement de Jacques Sylla annonce qu’il va se contenter d’expédier les affaires courantes jusqu’à la proclamation des résultats officiels de la présidentielle, face au refus des partisans de Didier Ratsiraka de lever le blocus d’Antananarivo.
Amara Essy, qui sent bien que ça coince, s’en va à Libreville demander de l’aide au président Omar Bongo. Ravalomanana avait fait le 19 avril, à son retour de Dakar, une brève escale dans la capitale gabonaise, pour “remercier” le président Bongo pour son aide dans la conclusion de cet accord.

Ce même mardi, Samuel Lahady, le gouverneur de Toamasina, par décret, fait renforcer le blocus en interdisant tout transbordement de carburants sur la côte qui dépend de sa province. Ces dix derniers jours, 300.000 litres de carburants avaient pu quitter Toamasina pour le port de Manakara, plus au sud, d’où ils avaient été acheminés par route jusqu’à Antananarivo. Samuel Lahady ferme donc le robinet.
Sur l’île touristique de Nosy Be (nord-ouest), le gouverneur de la province d’Antsiranana organise une sorte de sécession, épaulé par des élus locaux et un commando de militaires qui ont mis la population en coupe réglée depuis deux mois. Ces élus de Nosy Be, se proclamant “ministres” du “gouvernement provincial”, réunissent ce mardi tous les opérateurs économiques de l’île pour leur signifier que les impôts seraient désormais levés et utilisés localement. Ils s’emploient à rechercher des compagnies aériennes et maritimes prêtes à desservir ce haut lieu du tourisme malgache sans passer par Antananarivo.
Sur la côte nord-est, un autre commando mandaté par le gouverneur et dirigé par une députée “ratsirakiste” a renforcé sa “chasse aux pro-Ravalomanana”, multipliant les arrestations musclées.

Mercredi 24 avril : ce n’est plus l’euphorie du côté des “négociateurs en chef” de Dakar. Le président sénégalais Abdoulaye Wade demande l’implication de son homologue zambien, Lévy Patrick Mwanawasa, président en exercice de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), dans la médiation de la crise. Dans une lettre, Wade demande à Mwanawasa d’assurer la présidence du groupe des chefs d’Etat facilitateurs qui sont Joaquim Chissano (Mozambique), Omar Bongo (Gabon), Mathieu Kérékou (Bénin) et Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire), et sous l’égide de l’OUA, Abdoulaye Wade.
Du côté des barrages, rien ne bouge, Ratsiraka est toujours en France et se mure dans le silence.

Vendredi 26 avril : jour de rupture. L’Accord de Dakar va être définitivement enterré.

L’organe central de l’OUA pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits, réuni à Addis Abeba en session ordinaire au niveau des ambassadeurs, exhorte “le président Ratsiraka et M. Ravalomanana à loyalement mettre en œuvre l’accord qu’ils ont signé, dans la lettre et dans l’esprit”, déclare l’organisation panafricaine dans un communiqué. Le matin même, Amara Essy avait déjà exhorté les deux rivaux à appliquer l’accord “de manière scrupuleuse et sans délai”.

Le camp de Didier Ratsiraka annonce qu’il rejette par avance les résultats officiels de la présidentielle qui seront proclamés lundi 29 avril et qu’il maintiendra les barrages routiers qui asphyxient la capitale Antananarivo. Les proches et conseillers de M. Ratsiraka sont maintenant persuadés que la Haute Cour Constitutionnelle va déclarer Marc Ravalomanana élu au premier tour.
Ils ont déposé une requête en récusation des membres de la HCC au motif que quatre d’entre eux ont participé à l’”investiture” de M. Ravalomanana comme président le 22 février dernier. “Nous récusons par avance le décompte des suffrages auquel elle se livre parce qu’il n’est pas contradictoire et se déroule hors la présence de représentants de M. Ratsiraka”, déclare le sénateur Annick Dahy, fidèle de l’amiral Ratsiraka, au nom des gouverneurs “ratsirakistes” des cinq provinces autonomes du pays.
“Nous ne lèverons pas les barrages routiers, même après ces résultats, tant qu’il n’y aura pas de retour à la légalité, notamment la disparition du gouvernement insurrectionnel de M. Ravalomanana”, réaffirme Mme Daahy, conseiller du gouverneur de Toamasina.
Les provinces autonomes de Toliara (sud-ouest) et d’Antsiranana (nord) menacent de proclamer leur indépendance si la HCC déclare Ravalomanana élu au premier tour. Dans ce cas, “la province autonome d’Antsiranana se réserve le droit de convoquer une assemblée constituante pour la mise en place de l’Etat fédéral de Madagascar, au sein duquel les provinces autonomes seront les Etats fédérés, ou, s’il le faut, la mise en place de l’indépendance de chaque province autonome”, déclare le gouverneur d’Antsiranana, Jean-Robert Gara.

Dimanche 28 avril : “Je ne reconnais pas cette HCC, c’est la HCC invalidée que je reconnais”, déclare M. Ratsiraka à son arrivée ce dimanche matin à l’aéroport de Toamasina, après avoir passé prés de 10 jours en France.
“Les résultats (de lundi) sont par avance nuls et non avenus”, déclare de son côté, le directeur général de la présidence, Gérard Andrialemirovason et Ratsiraka ajoute : “Pour moi, si l’on veut une réconciliation nationale, dans le cadre du référendum à venir, il faut laisser le peuple faire son choix à la Malgache”. “Nous n’accepterons pas les résultats de lundi”, déclare également son Premier ministre, Tantely Andrianarivo. Ratsiraka enfonce le clou : “Le premier des barrages, c’est le gouvernement Sylla, qui aurait dû être dissous dés la signature de l’accord”, déclare-t-il encore, assurant que cette mesure “coulait de source dans l’accord”.
C’est donc le retour à la case départ. Et dire que le président Wade ne peut même plus s’arracher les cheveux.

Lundi 29 avril: le grand jour
Marc Ravalomanana est déclaré vainqueur officiel
de l’élection présidentielle, plus de quatre mois après le premier tour du 16 décembre, par la Haute Cour constitutionnelle, qui a siégé en audience solennelle à Antananarivo. LA HCC le déclare élu au premier tour avec 51,46% des suffrages exprimés contre 35,90% au président sortant Didier Ratsiraka, après un nouveau décompte des voix.
Les représentants du corps diplomatique à Madagascar, représenté dans sa totalité à la cérémonie, restent réservés : “Il faut attendre la position de l’OUA”, déclarent-ils.

Amara Essy appelle les deux présidents malgaches “à la raison, à la sérénité et au sens de l’Etat” et les “conjure de tout mettre en œuvre pour préserver la paix sociale et l’unité nationale du pays”. Le secrétaire général de l’OUA réaffirme “son respect” pour les institutions judiciaires du pays, notamment la HCC, mais souligne dans un communiqué qu’il “prend note avec préoccupation de la décision de cette dernière qui pourrait porter préjudice à la gestion de la mise en œuvre de l’Accord de Dakar”.
Monsieur Amara Essy n’aurait-il donc pas tout dit à Dakar ?
Les Etats-Unis déclarent qu’ils “examinent” la décision de la HCC, sans prendre position sur cette décision. Paris ne dit mot.

M. Ravalomanana lance aussitôt un appel à “l’unité nationale”, appelant M. Ratsiraka à “s’en tenir à ses engagements”, et ajoute : “J’appelle l’armée, vous les militaires, à prendre vos responsabilités. Vous savez maintenant qui est dans la légalité”.

Le Premier ministre de Didier Ratsiraka, le président du Sénat et celui de l’Assemblée nationale déposé par les députés pro-Ravalomanana, récusent aussitôt la “proclamation de Marc Ravalomanana comme président de la République”. “Cette proclamation constitue manifestement une trahison de l’accord de Dakar qui préconise un décompte contradictoire des voix et une consultation populaire dans le cadre d’un processus de réconciliation”, écrivent Honoré Rakotomanana, président du Sénat, Ange Andrianarisoa, président de l’Assemblée nationale, et Tantely Andrianarivo, Premier ministre, dans une déclaration commune publiée à Toamasina.
Ce lundi après-midi, l’état-major de la partie de l’armée malgache fidèle à M. Ratsiraka se réunit aussi à Toamasina.
De son côté, le gouverneur de la province d’Antsiranana, Jean-Robert Gara, annonce qu’il va “déclarer l’indépendance” de sa province.
Etienne Razafindehibe, gouverneur de la province de Mahajanga, déclare lui qu’il redoute maintenant “des manifestations de violence”.

Les ministres des Affaires étrangères des pays “facilitateurs” de l’accord de Dakar annoncent qu’il vont se rendre à Antananarivo. Cette nouvelle mission comprendra notamment, le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, et le secrétaire général adjoint de l’OUA chargé des affaires politiques, Said Djinitt, qui avait déjà réussi à décrocher un premier accord qui fut enterré tout aussi rapidement que celui de Dakar.
L’objet de cette mission, “soutenue par la communauté internationale, en particulier par les Nations unies, la France et les Etats-Unis, est de contribuer à la consolidation des termes de l’accord de Dakar et de jeter les bases d’un processus de réconciliation durable à Madagascar”, affirme un communiqué de la présidence sénégalaise.

Ce même lundi soir, Marc Ravalomanana reçoit longuement les ambassadeurs des Etats-Unis et d’Allemagne, ce dernier en tant que représentant du pays qui préside l’Union européenne (l’Espagne), ainsi que le représentant de la Commission européenne à Madagascar. Les trois diplomates lui auraient conseillé de s’ouvrir à une solution négociée qui permette de revenir à “l’esprit” de Dakar.
Mais ce même lundi, le camp de M. Ravalomanana annonce son investiture officielle pour le vendredi 3 mai, au grand stade municipal d’Antananarivo, là-même où il s’était “auto-investi” le 22 février devant plusieurs centaines de milliers de partisans en délire.

Du côté des journalistes et des agences de presse, on respire : après cette décision de la HCC, plus besoin d’utiliser les guillemets pour parler du “président” Ravalomanana. Ca va faciliter le travail des correcteurs.

Mardi 30 avril : Le Pr. André Salifou
, ancien ministre d’Etat chargé des Affaires étrangères du Niger et ancien Président de la Conférence nationale souveraine de ce pays, est nommé envoyé spécial du secrétaire général de l’OUA pour la République de Madagascar. M. Salifou, a été l’envoyé spécial de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) aux Comores.
La mission composée des ministres des Affaires étrangères de pays africains repousse son arrivée à Madagascar.

La France, en contact avec ses partenaires, va “apprécier la nouvelle situation” créée par la proclamation de l’élection de Marc Ravalomanana, réagit une porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Après en avoir brandi la menace, le gouverneur d’Antsiranana déclare l’indépendance de sa province, qui devient selon lui un “état souverain” dans le cadre d’une “confédération de Madagascar”. “Ce n’est pas un jeu d’enfant, un caprice parce que Ravalomanana est proclamé par les insurrectionnels”, déclare-t-il. Et le gouverneur Jean Robert Gara d’ajouter : “C’est parce que nous pensons que les structures institutionnelles à Madagascar doivent être révisées dans ce sens, et que c’est une confédération qu’il faut mettre en place vu le non-respect de la Constitution actuelle”.
Les gouverneurs des cinq autres provinces étudient l’idée et au moins deux d’entre eux s’apprêtent à l’imiter.

Le soir, Amara Essy assure à Addis Abeba qu’”il y a encore un petit espoir” de sortie de crise. il affirme que MM. Ratsiraka et Ravalomanana “se sont parlé au téléphone hier (lundi) soir” et ajoute que l’OUA va tout faire pour que les deux hommes puissent “se revoir”. “J’aurais souhaité qu’on puisse aboutir à une solution consensuelle”, déclare encore Amara Essy qui lance un appel “à un sursaut patriotique et à la sagesse malgache”.

Question sagesse, quelques heures plus tard, dans la nuit, à 03h du matin, des hommes ont dynamité le pont d’Andranomaintso, situé entre Fianarantsoa et le port de Manakara où s’est replié le gouverneur Emilson. Du coup, la seul route qui permettait encore à quelques poids lourds d’approvisionner Antananarivo est coupée.
C’est le cinquième pont saboté depuis que le camp Ratsiraka a imposé son blocus à la capitale et à la région des hauts plateaux.

Mercredi 1er mai : En tant que président, Marc Ravalomanana juge “inacceptable” l’indépendance auto-proclamée des deux provinces, Antsiranana et Toamasina. “C’est inacceptable parce que Madagascar est indivisible. C’est l’unité nationale qu’il faut garder toujours (...) Même la population malgache n’acceptera jamais ça”, déclare-t-il sur une radio.
Evoquant la position de la France, il déclare : “Il est clair que j’attends la reconnaissance de grands pays comme la France (...) Elle insiste toujours sur la légalité, maintenant c’est légal (...) La France doit prendre une position ferme et nette. Et j’espère qu’elle va pas attendre longtemps”.
Il accepte toutefois de reporter son investiture à la demande de l’OUA, sans pour autant renoncer à la présidence.

Jeudi 2 mai : La mission conduite par l’OUA arrive enfin à Madagascar et rencontre aussitôt à Toamasina le président sortant Didier Ratsiraka.
Ce même jour, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées l’après-midi au stade de Toamasina à l’appel du gouverneur de la province, pour en “fêter l’indépendance”. Dans leurs discours, les élus locaux ont rappelé le poids économique de la province et contesté la victoire de Marc Ravalomanana. Le gouverneur de Toamasina, Samuel Lahady, s’est quant à lui déjà octroyé “de droit, la qualité de chef de l’Etat indépendant de Toamasina”.
Visiblement à bout de souffle, dans un communiqué, la “présidence” de M. Ratsiraka “demande, dans l’intérêt national et afin de contribuer à la restauration de la paix civile (...), la mise en place du Gouvernement de réconciliation nationale de transition”.

Le soir, les membres de la mission de l’OUA s’entretiennent cette fois avec Jacques Sylla, le Premier ministre de M. Ravalomanana et des représentants du corps diplomatique, avant de rencontrer l’heureux élu en personne, Marc Ravalomanana. Qu’a-t-il à leur dire qu’ils ne sachent déjà ?
A cette date du 2 mai, les affrontements entre les deux camps ont fait 16 morts confirmés de sources indépendantes en quatre mois, près d’une trentaine selon le camp de M. Ravalomanana. Il y en aura sûrement d’autres dans les semaines à venir.


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