N° 251
du 18/06/2002

Madagascar


Après l’échec prévisible des négociations dites de “Dakar II”,
Marc Ravalomanana n’a plus d’autres alternatives que d’étendre
son pouvoir par la force.
Didier Ratsiraka quitte le pays, en fondant ses derniers espoirs
sur le soutien de ses “frères” de l’OUA

En un mois, entre la mi-mai et la mi-juin, les événement se sont précipités à Madagascar, où Marc Ravalomanana, proclamé et investi (définitivement) président élu le 6 mai, a décidé d’étendre son pouvoir en conquérant par la force les provinces qui étaient encore sous le contrôle des partisans du président sortant, Didier Ratsiraka. Fort du ralliement à sa cause d’une partie de plus en plus conséquente de l’armée, le président élu a ordonné plusieurs offensives militaires qui ont été menées avec succès. La prise du port de Sambava, tout au début du mois, a sans doute insufflé la dose de confiance qui manquait aux militaires engagés aux côtés de Ravalomanana. Après Sambava, seul port qui permette de ravitailler la région de Sava et d’exporter les richesses de la première région productrice de vanille au monde, les troupes fidèles au président élu se sont emparé successivement de deux capitales provinciales : Mahajanga (nord-ouest) et Toliara (sud-ouest). Elles ont également conquis Vohemar, une ville de la côte nord-est considérée comme une avancée stratégique majeure vers le port d’Antsiranana, capitale de la province du même nom, dans l’extrême nord du pays.
Ainsi, quand Didier Ratsiraka s’est envolé pour Paris, le jeudi 13 juin, ses “fidèles” ne contrôlaient plus que deux provinces sur six : celles de Toamasina et d’Antsiranana.
Il semble donc que Marc Ravalomanana a bien compris le message que lui avaient fait passer plusieurs ambassades occidentales, et au premier rang desquelles l’ambassade des Etats-Unis, à savoir : “si vous voulez que l’on vous reconnaisse, étendez d’abord votre pouvoir”.

Contrairement à ce que l’on pouvait redouter, le bilan humain de ces offensives est resté modeste au regard de ce qu’il aurait pu être. Les combats dans la région de Sambava ont fait une quinzaine de morts, et ceux de Mahajanga, une seule victime. Une femme, blessée par des éclats de grenade, lors d’une intervention de l’armée pour mettre fin au pillage mené contre les magasins appartenant, pour la plupart, à des commerçants d’origine indo-pakistanaise, les Karanas, accusés par la population d’avoir alimenté le système de corruption mis en place par la famille et l’entourage de l’amiral Ratsiraka.

L’OUA, le dernier espoir de Ratsiraka …

Ce dernier, après l’absence d’accord avec son adversaire lors de l’ultime réunion qui s’est tenue à Dakar, sous l’égide du président sénégalais Abdoulaye Wade, ne peut plus que compter sur des pressions venant de l’OUA à l’encontre du régime bien assis à Antananarivo. Didier Ratsiraka a une nouvelle fois quitté son pays à destination de Paris, “pour travailler à la recherche du bien du peuple malgache” a-t-il dit à son départ de Toamasina. En fait, Ratsiraka ne mise plus que sur un sommet des chefs d’Etats de l’organe central de l’OUA consacré à la crise malgache qui doit se réunir le 21 juin à Addis Abeba. D’ici là, l’amiral aura le temps de faire entendre son point de vue à ses pairs africains, au premier rang desquels le président gabonais, Omar Bongo, entré dans la danse des médiateurs à contre-cœur, à la demande expresse d’Abdoulaye Wade, et pour ne pas désespérer la France. Paris, qui avait misé gros sur la réunion de Dakar en dépêchant deux avions à Madagascar pour faciliter le voyage des deux présidents, a estimé une nouvelle fois qu’une “décision africaine est maintenant urgente”, tablant encore et toujours sur la bonne parole de l’OUA.
De son côté, Marc Ravalomanana, échaudé par le premier sommet de Dakar, où il s’était fait quelque peu rouler dans la farine en acceptant un accord qui aurait permis à Ratsiraka de se remettre en scelle, a cette fois fait montre d’habileté politique. A Dakar, il ne s’est engagé sur rien, rentrant au pays avec seulement en main, un vague “plan de sortie crise” proposé par les chefs d’Etat africains. Déterminé à montrer à la communauté internationale qu’il n’est pas le “fasciste” comme veut le faire apparaître son rival, il a accepté quelques points de ce “plan de sortie de crise", et en premier lieu celui de la composition d’un gouvernement dit d’ouverture. Aussi, Marc Ravalomanana a-t-il dissout une nouvelle fois le gouvernement du Premier ministre Jacques Sylla, pour renommer immédiatement ce dernier à la tête de l’exécutif, à charge pour lui de faire entrer dans sa nouvelle équipe quelques personnalités représentatives de ce gage “d’ouverture”.
Dans une lettre qu’il a adressée le 15 juin au président sénégalais, le président Ravalomanana écrit qu’il accepte la tenue de législatives anticipées et s’engage à former “un nouveau gouvernement de réconciliation nationale sans exclusive”.

… la “troisième voie”, le dernier espoir de la France

La question est de savoir avec qui cette “ouverture” pourra se concrétiser car jusqu’à présent, malgré plusieurs tentatives de discussions et de négociations, aucune des grosses pointures du régime Ratsiraka n’a voulu ne serait-ce qu’entamer un dialogue avec la partie adverse. Même les gouverneurs de province, qui ont été “approchés” par leur successeurs désignés par Ravalomanana, ont toujours refusé le moindre dialogue. A Toliara, le gouverneur local ratsirakiste, en guise de dialogue, s’est tout simplement contenté de prendre en otage les émissaires dépêchés dans sa ville par le gouvernement d’Antananarivo pour négocier avec lui une sortie honorable et pacifique.
Quant à Pierrot Rajaonarivelo, le secrétaire national de l’AREMA, le parti de Didier Ratsiraka, à force de prendre ses distances avec la crise et de ne vouloir prendre position sur rien, il va finir par tomber aux oubliettes de l’histoire. Pour l’heure, il serait en “traitement” dans un grand hôpital parisien. Maladie diplomatique ou non, il est sans doute urgent qu’il se soigne vite pour rentrer au pays au moment où des choix s’imposent. Mais ce n’est paraît-il pas le trait dominant de son caractère. Pierrot Rajaonarivelo n’avait pas déjà osé franchir le Rubicon en renonçant à se porter candidat à la présidentielle à la place de Ratsiraka.
Depuis le début de la crise, il ne pond que des communiqués bien mous qui ne fâchent personne, au grand dam d’une partie de la classe politique française qui se désespère d’avoir une “troisième voix” aussi mollassonne à mettre sur la table. Comme pendant la chute de Mobutu au Zaïre, une partie de la France politicienne se prend toujours à rêver d’un troisième homme qui raflerait la mise. Le rêve fait vivre, c’est déjà ça.

RJ L.


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