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En un mois, entre la mi-mai et la mi-juin, les événement se sont précipités à Madagascar, où Marc Ravalomanana, proclamé et investi (définitivement) président élu le 6 mai, a décidé détendre son pouvoir en conquérant par la force les provinces qui étaient encore sous le contrôle des partisans du président sortant, Didier Ratsiraka. Fort du ralliement à sa cause dune partie de plus en plus conséquente de larmée, le président élu a ordonné plusieurs offensives militaires qui ont été menées avec succès. La prise du port de Sambava, tout au début du mois, a sans doute insufflé la dose de confiance qui manquait aux militaires engagés aux côtés de Ravalomanana. Après Sambava, seul port qui permette de ravitailler la région de Sava et dexporter les richesses de la première région productrice de vanille au monde, les troupes fidèles au président élu se sont emparé successivement de deux capitales provinciales : Mahajanga (nord-ouest) et Toliara (sud-ouest). Elles ont également conquis Vohemar, une ville de la côte nord-est considérée comme une avancée stratégique majeure vers le port dAntsiranana, capitale de la province du même nom, dans lextrême nord du pays.
Ainsi, quand Didier Ratsiraka sest envolé pour Paris, le jeudi 13 juin, ses fidèles ne contrôlaient plus que deux provinces sur six : celles de Toamasina et dAntsiranana.
Il semble donc que Marc Ravalomanana a bien compris le message que lui avaient fait passer plusieurs ambassades occidentales, et au premier rang desquelles lambassade des Etats-Unis, à savoir : si vous voulez que lon vous reconnaisse, étendez dabord votre pouvoir.
Contrairement à ce que lon pouvait redouter, le bilan humain de ces offensives est resté modeste au regard de ce quil aurait pu être. Les combats dans la région de Sambava ont fait une quinzaine de morts, et ceux de Mahajanga, une seule victime. Une femme, blessée par des éclats de grenade, lors dune intervention de larmée pour mettre fin au pillage mené contre les magasins appartenant, pour la plupart, à des commerçants dorigine indo-pakistanaise, les Karanas, accusés par la population davoir alimenté le système de corruption mis en place par la famille et lentourage de lamiral Ratsiraka.
LOUA, le dernier espoir de Ratsiraka
Ce dernier, après labsence daccord avec son adversaire lors de lultime réunion qui sest tenue à Dakar, sous légide du président sénégalais Abdoulaye Wade, ne peut plus que compter sur des pressions venant de lOUA à lencontre du régime bien assis à Antananarivo. Didier Ratsiraka a une nouvelle fois quitté son pays à destination de Paris, pour travailler à la recherche du bien du peuple malgache a-t-il dit à son départ de Toamasina. En fait, Ratsiraka ne mise plus que sur un sommet des chefs dEtats de lorgane central de lOUA consacré à la crise malgache qui doit se réunir le 21 juin à Addis Abeba. Dici là, lamiral aura le temps de faire entendre son point de vue à ses pairs africains, au premier rang desquels le président gabonais, Omar Bongo, entré dans la danse des médiateurs à contre-cur, à la demande expresse dAbdoulaye Wade, et pour ne pas désespérer la France. Paris, qui avait misé gros sur la réunion de Dakar en dépêchant deux avions à Madagascar pour faciliter le voyage des deux présidents, a estimé une nouvelle fois quune décision africaine est maintenant urgente, tablant encore et toujours sur la bonne parole de lOUA.
De son côté, Marc Ravalomanana, échaudé par le premier sommet de Dakar, où il sétait fait quelque peu rouler dans la farine en acceptant un accord qui aurait permis à Ratsiraka de se remettre en scelle, a cette fois fait montre dhabileté politique. A Dakar, il ne sest engagé sur rien, rentrant au pays avec seulement en main, un vague plan de sortie crise proposé par les chefs dEtat africains. Déterminé à montrer à la communauté internationale quil nest pas le fasciste comme veut le faire apparaître son rival, il a accepté quelques points de ce plan de sortie de crise", et en premier lieu celui de la composition dun gouvernement dit douverture. Aussi, Marc Ravalomanana a-t-il dissout une nouvelle fois le gouvernement du Premier ministre Jacques Sylla, pour renommer immédiatement ce dernier à la tête de lexécutif, à charge pour lui de faire entrer dans sa nouvelle équipe quelques personnalités représentatives de ce gage douverture.
Dans une lettre quil a adressée le 15 juin au président sénégalais, le président Ravalomanana écrit quil accepte la tenue de législatives anticipées et sengage à former un nouveau gouvernement de réconciliation nationale sans exclusive.
la troisième voie, le dernier espoir de la France
La question est de savoir avec qui cette ouverture pourra se concrétiser car jusquà présent, malgré plusieurs tentatives de discussions et de négociations, aucune des grosses pointures du régime Ratsiraka na voulu ne serait-ce quentamer un dialogue avec la partie adverse. Même les gouverneurs de province, qui ont été approchés par leur successeurs désignés par Ravalomanana, ont toujours refusé le moindre dialogue. A Toliara, le gouverneur local ratsirakiste, en guise de dialogue, sest tout simplement contenté de prendre en otage les émissaires dépêchés dans sa ville par le gouvernement dAntananarivo pour négocier avec lui une sortie honorable et pacifique.
Quant à Pierrot Rajaonarivelo, le secrétaire national de lAREMA, le parti de Didier Ratsiraka, à force de prendre ses distances avec la crise et de ne vouloir prendre position sur rien, il va finir par tomber aux oubliettes de lhistoire. Pour lheure, il serait en traitement dans un grand hôpital parisien. Maladie diplomatique ou non, il est sans doute urgent quil se soigne vite pour rentrer au pays au moment où des choix simposent. Mais ce nest paraît-il pas le trait dominant de son caractère. Pierrot Rajaonarivelo navait pas déjà osé franchir le Rubicon en renonçant à se porter candidat à la présidentielle à la place de Ratsiraka.
Depuis le début de la crise, il ne pond que des communiqués bien mous qui ne fâchent personne, au grand dam dune partie de la classe politique française qui se désespère davoir une troisième voix aussi mollassonne à mettre sur la table. Comme pendant la chute de Mobutu au Zaïre, une partie de la France politicienne se prend toujours à rêver dun troisième homme qui raflerait la mise. Le rêve fait vivre, cest déjà ça.
RJ L.
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