N° 251
du 18/06/2002

Madagascar


Les hommes du président Ravalomanana

Arrivé au pouvoir par la grâce de Dieu (enfin, surtout par l’appui inconditionnel que lui a apporté l’Eglise dans son ensemble), avec le soutien non moins essentiel des leaders et des militants de formations politiques déjà bien établies dans le paysage politique local (le MFM de Manandafy, le parti AVI (Asa Vita no Ifampitsarana ) de Norbert Lala Ratsirahonana, Marc Ravalomanana espère bien faire prendre corps à la structure qu’il a créée, d’abord pour conquérir la mairie d’Antananarivo, puis pour remporter la présidentielle.
Au départ simple association de droit, “Tiako I Arivo” (“J’aime Antananarivo”) s’est transformée pour la conquête de la présidence en “Tiako i Madagasikara” (“j’aime Madagascar”).
Pendant toute la campagne électorale de la présidentielle “Tiako i Madagasikara” (TIM) a fonctionné encore sous la forme d’une simple association dont la plupart des cadres étaient issus directement du staff de la mairie de la capitale conquise par Ravalomanana ou … du staff de la société agro-industrielle du maire, la société Tiko.
Ainsi, le président de TIM, Raharinaivo Andrianatoandro, est également président de la Communauté urbaine d’Antananarivo (CUA).
Le numéro deux de TIM, le secrétaire général, Heriniaina Razafimahefa, est aussi … directeur général de la société Tiko.
Pendant toute la campagne électorale, au gré de leurs tournées dans tout le pays, les membres de TIM ont pu créer sections et sous-sections de leur association qui au départ, il faut l’avouer, ne concernait surtout que des originaires des Hauts Plateaux, où se situe Antananarivo et région d’origine de Marc Ravalomanana.
Aussi, maintenant que Ravalomanana est quasi certain de s’installer définitivement à la présidence, TIM, sous l’impulsion de ses dirigeants s’est transformée en “association politique”, une forme plus souple que le statut de “parti”. Raharinaivo Andrianatoandro affirme que TIM a aujourd’hui des sections dans 24 régions de Madagascar.
Son ambition : forger une majorité à l’Assemblée, à l’occasion de législatives anticipées qui permettrait à TIM de bénéficier de l’effet d’entraînement après la “victoire” de Ravalomanana. En disposant d’un solide groupe parlementaire, Ravalomanana pourrait aussi se défaire de l’emprise certaine qu’ont sur lui, non seulement les partis politiques qui l’ont soutenu mais aussi le Cardinal Razafindratandra.
Raharinaivo Andrianatoandro ne cache pas qu’il aimerait bien que l’Eglise prennent à nouveau ses distances avec la politique. Il se dit “prêt à la bataille électorale”, même face aux alliés du jour, comme le MFM de Manandafy, parti à qui il reproche de noyauter totalement la nouvelle administration mise en place par le nouveau régime.

Un autre personnage important dans l’entourage du président “élu”, n’est autre que Didier Rakotoarisoa, porte-parole de la Commune urbaine d’Antananarivo. Il s’est fait connaître en animant la plupart des meeting du “candidat Marc”, et compte bien tirer bénéfice de sa popularité en conquérant un siège de député. Jeune et certainement “ambitieux”, il y a fort à parier qu’on le retrouvera longtemps dans le paysage politique malgache. Il est membre du bureau politique de TIM.

Enfin , un autre groupe, davantage dans l’ombre, travaille intimement pour et avec le président. Ce sont pour la plupart des journalistes du groupe Midi Madagascar, dont le directeur général, M. Mamy Rakotoarivelo, a été nommé ministre de la Communication dans le gouvernement Jacques Sylla. C’est aujourd’hui son épouse, Juliana Andriambelo Rakotoarivelo, qui a pris la direction générale du groupe Midi Madagascar. S’il n’a pas encore le rôle de porte-parole du gouvernement, le ministre de la Communication est assurément un ministre “politique”, qui n’est pas à ce poste uniquement pour s’occuper de faire redémarrer la télévision nationale, ou inaugurer des maisons de la culture. Il semble bien être une des “têtes pendantes” du combat politique que Marc Ravalomanana est encore entrain de mener, à la fois contre Didier Ratsiraka mais aussi contre la Communauté internationale, qui pour l’heure se refuse toujours à le reconnaître. Mamy Rakotoarivelo a l’œil vigilant : il note, avec ironie, que les représentants des ambassades occidentales qui étaient venus assister à la deuxième investiture officielle de Ravalomanana le 6 mai avaient bel et bien fait déployer les fanions de leurs pays respectifs sur leurs voitures. C’est le même ministre qui critique “l’incompréhensible” attitude de la France, qui selon lui taxe “Marc de francophobe depuis qu’il est maire de la capitale”. Et de rappeler, ou de laisser entendre que Paris joue avec le feu: “Il y a quelque 25 000 ressortissants français à Madagascar. Si la grogne monte en province contre l’attitude de la France, il n’est pas sûr qu’il n’y aura pas de violence contre les Français”, dit-il en substance, arguant que les populations rurales sont moins contrôlables qu’en ville.
Quant à l’OUA et son secrétaire général, Amara Essy, pas la peine de demander au ministre ce qu’il en pense. Il vous renvoie avec un sourire explicite directement à l’Élysée, à Jacques Chirac et à ses conseillers …

RJ L.


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