N° 251
du 18/06/2002

Madagascar


En prenant des otages et en commettant des exactions,
le camp de Ratsiraka s’éloigne chaque jour un peu plus
de la réconciliation

Le nouveau Président de la Délégation Spéciale (PDS) de Toliara, Thierry Raveloson (neveu de Ratsiraka, sa mère étant la sœur de l’épouse de Ratsiraka) ne fait sûrement pas partie des foudres de guerre ou des faucons qui entourent le président Ravalomanana. Quand il affirme d’une voix calme, derrière ses petites lunettes d’intellectuelles, qu’il a bien tenté une médiation avec le gouverneur de la province de Toliara qu’il doit remplacer mais que ce dernier, au contraire, a immédiatement fait prendre en otage les émissaires venus d’Antananarivo pour négocier, on veut bien le croire.
De fait, les quatre émissaires envoyés par Thierry Raveloson, le 17 mai, ont immédiatement été arrêtés au premier barrage de contrôle à leur sortie de l’aéroport. Ces quatre militaires ont rejoint dans les geôles du gouverneur local resté fidèle à Ratsiraka, Jean de Dieu Maharante, cinq civils, pris eux aussi en otage, une semaine plus tôt. Ces quatre militaires (le colonel Ralaizamary Guillaume, le colonel Tonga, le commandant Hamadimby et le commissaire Jean Noël) ont eut leur vie suspendue à une éventuelle attaque des partisans de Ravalomanana sur Toliara.
Thierry Raveloson affirmait que le camp d’en face leur a fait passer un message clair : il y a plusieurs barrages routiers entre la capitale, Antananarivo, et Toliara. A chaque barrage que vos troupes prendront, un otage sera tué. Dans de telles conditions, comment parvenir au moindre dialogue, à la moindre ébauche de réconciliation ? Malgré cela, le nouveau PDS (gouverneur) de Toliara ne désespérait pas de parvenir à reconquérir sa province sans violence, en comptant sur l’autorité morale des élites locales, seules capables selon lui d’influencer dans le bon sens ou de raisonner les autorités locales qui semblaient bien décidées à résister coût que coûte.
Sa “patience” a finalement eut raison de ces méthodes peu orthodoxes. La prise de Toliara s’est faite sans dommage, et ce grâce à l’intervention des notables locaux qui ont pu négocier la libération des otages, avant l’arrivée des troupes de Ravalomanana dans la capitale provinciale.

Ailleurs, la “résistance” des fidèles de Ratsiraka a été beaucoup plus violente. Dans plusieurs provinces de Madagascar, des cadres du régime Ratsiraka mènent une chasse continue aux partisans de M. Ravalomanana.
Exactions, tortures voire meurtres ont eu lieu dans au moins deux des quatre régions encore contrôlées par l’administration Ratsiraka.
A Sambava, c’est une femme, Soaline Julien, député fidèle à M. Ratsiraka, qui a dirigé la répression. Elle s’appuyait sur seize militaires dirigés par le lieutenant-colonel Rahitso et une cinquantaine de jeunes miliciens de la région, équipés d’uniformes et de Kalachnikov, payés et nourris par elle.
Selon les gendarmes locaux, Rahitso et Madame la députée avaient dressé une liste d’une centaine “d’opposants”, dont quinze ont été arrêtés, torturés à Sambava, puis envoyés en prison à Antsiranana. Ils s’y trouvent encore pour la plupart.
Les jeunes miliciens buvaient et mangeaient à l’oeil dans les bars, pillaient les maisons et tabassaient ceux qui leur résistaient, selon les premiers témoignages recueillis par la presse, une fois la ville de Sambava conquise par les troupes de Ravalomanana qui n’ont pu mettre la main sur Mme Soaline Julien.


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