N° 253
du 30/07/2002

Madagascar


Chasses aux sorcières?

Alors que les arrestations des anciens dignitaires du régime de Didier Ratsiraka ont pris de l’ampleur depuis le départ de l’ex-président, Marc Ravalomanana a semble-t-il voulu donner un coup d’arrêt à ce qui ressemblait pour certains à une opération “chasse aux sorcières”, assez éloignée des promesses de réconciliation nationale.
Seul problème, le président Ravalomanana ne semble pas être sur la même longueur d’onde que son Premier ministre, Jacques Sylla. Alors que le 13 juillet, Ravalomanana a appelé à l’arrêt de “la chasse à l’homme” contre les partisans du président déchu Didier Ratsiraka, et que la veille, le ministre de la Défense, Jules Mamizara, avait mis en garde les forces armées contre les exactions commises lors des arrestations des partisans de Ratsiraka, le lendemain, le Premier ministre, Jacques Sylla, affirmait l’intention de son gouvernement de “briser l’impunité” des anciens dirigeants.
Jacques Sylla s’exprimait lors d’une réception à la résidence de l’ambassadeur de France à Antananarivo à l’occasion du 14 juillet.
Une soixantaine de personnes, anciens ministres, officiers supérieurs, simples miliciens ou partisans de l’ancien régime, ont déjà été arrêtées. Plusieurs représentants de pays occidentaux se sont inquiétés de cette “chasse à l’homme” auprès de Jacques Sylla.

Le 9 juillet, le général Jean-Paul Bory, ancien secrétaire d’Etat à la Gendarmerie, et Joseph Sydson, ex-ministre de l’Enseignement supérieur, ont été arrêtés à Toamasina et transférés à Antananarivo. Au total, cinq membres du gouvernement sortant sont actuellement sous les verrous ou en résidence surveillée.
Le 22 juin, Jean Ndrianasolo, ex-ministre de la Jeunesse et des Sports, avait été arrêté à Mahajanga, avec l’ancien gouverneur de cette province, Etienne-Hilaire Razafindehibe.
Le 7 juillet, Fredo Betsimifira, ancien ministre de l’Information, s’est rendu aux militaires de M. Ravalomanana sur l’île de Sainte-Marie.
Le 24 juin, le général Victor Ramahatra, conseiller militaire de Ratsiraka et ancien Premier ministre sous la 2e République (1975-1991), a été arrêté à Antananarivo et inculpé de trahison et atteinte à la sûreté de l’Etat.
Le 27 mai, le Premier ministre de M. Ratsiraka, Tantely Andrianarivo, a été arrêté lors de la prise de ses bureaux et sa résidence officielle par les militaires de M. Ravalomanana et placé depuis en résidence surveillée chez lui à Antananarivo.
MM. Betsimifira et Ndrianasolo, comme MM. Razafindehibe et Ramahatra, sont incarcérés à la prison d’Antanimora, dans la capitale et ont été inculpés d’”atteinte à la sûreté de l’Etat".
Le 11 juillet, ce sont treize officiers supérieurs de l’armée et de la gendarmerie, dont trois généraux, qui ont été arrêtés. Parmi les généraux arrêtés figure le commandant de la région militaire de Toamasina, le général Fenomanana Iandry.
Le général Iandry s’était rendu avec ses hommes au chef d’état-major général des forces armées, le général Sylvain Razafimandimby, le 5 juillet, 48 heures avant l’entrée des troupes de Ravalomanana à Toamasina. Il avait ensuite accueilli à l’aéroport de Toamasina les premiers soldats du contingent envoyé de la capitale et avait fait allégeance au nouveau régime.
Ces officiers sont accusés de “crimes et délits contre le peuple malgache et d’atteintes à la sûreté de l’Etat”, selon l’état-major général de la gendarmerie.
A défaut de Haute Cour de justice, qui n’existe pas encore à Madagascar bien qu’elle soit prévue dans la Constitution, les prévenus relèvent du droit pénal commun.


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