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Jao Martin et Abdon étaient des champions de moraingy, la boxe malgache traditionnelle, mais ils sont aujourdhui les assassins dAmbilobe pour les gens de ce petit bourg du nord-ouest, repris fin juin par larmée du président élu Marc Ravalomanana.
Le chauffeur de taxi-brousse qui a finalement accepté de transporter ces deux chefs de milice du camp du président sortant Didier Ratsiraka, ne peut sempêcher douvrir la portière et vomir. La cuisse gauche de Jao Martin est perforée dun trou béant, la chair est gangrenée et lodeur insoutenable. Les deux hommes, fémur ou tibia brisé par des balles de Kalachnikov lors de la prise dAmbilobe, étaient livrés à linfection depuis quatre jours dans larrière-cour de la sous-préfecture dAmbilobe, devenue le QG des forces de M. Ravalomanana sur le front nord-ouest.
Nous respectons les droits de lhomme, nous les faisons évacuer vers un hôpital, glisse un officier, très gêné lorsque des journalistes étrangers découvrent les deux hommes gisant dans de hautes herbes au milieu des poules et des chiens galeux. Pourquoi avoir attendu quatre jours?
Leurs familles viennent seulement de les réclamer. Personne na voulu venir les chercher, lhôpital nen na pas voulu, plaide-t-il. Ce sont des ennemis, des miliciens de la pire espèce, nous ne pouvons risquer la vie de nos hommes pour les escorter jusquà un autre hôpital, lance cyniquement un autre officier.
Jao Martin ne survivra probablement pas, son sang étant de toute évidence déjà empoisonné. Cest vrai, on était dans la milice mais on nous a ramassés de force, souffle-t-il, avant de jurer : On ne recommencera pas.
Paradoxe de cette situation de non-droit, les deux miliciens ne sont pas gardés et sont libres de parler. Jao Martin reconnaît aisément quà la tête des milices, le lieutenant-colonel Ancelin Coutiti, un officier extrémiste à la sinistre réputation du camp Ratsiraka, qui écume le nord depuis six mois, a enlevé des gens de la race Merina (lethnie de M. Ravalomanana), le 24 juin. Deux jours plus tard, il en a fait enchaîner 71 aux grilles du gouvernorat dAntsiranana, le grand port du nord-ouest, exhibant ces boucliers humains pour dissuader larmée de M. Ravalomanana dattaquer. Avec Jao Martin et Abdon à leur tête, une trentaine de miliciens équipés par Coutiti ont effectivement fait régner la terreur à Ambilobe, comme partout dans les villes du nord dont larmée de M. Ravalomanana les a chassés.
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