N° 253
du 30/07/2002

Madagascar


Un départ aux allures de débandade

L’avion, un Antonov de la compagnie aérienne privée malgache appartenant au fils de M. Ratsiraka, Xavier, et immatriculé en Afrique du Sud, décolle ce vendredi 5 juillet de Toamasina à 08h26. A son bord, une vingtaine de personnes : Didier Ratsiraka, son épouse, son fils Xavier et ses frères Bruno et Etienne. Le plan de vol indique les Seychelles comme première destination.
Ce même vendredi matin, deux autres avions ont déjà décollé de Toamasina avec à leur bord une vingtaine de collaborateurs du président sortant. Direction l’île Maurice.
Didier Ratsiraka s’était retranché, depuis quatre mois, à Toamasina, le grand port de la côte est, son ultime bastion, avec ses proches et ce qui restait de son gouvernement.
Il s’y était installé quand Ravalomanana avait commencé à occuper les ministères dans la capitale, après s’être autoproclamé “président de Madagascar”, le 22 février dernier.
Mais en ce début du mois de juillet, alors que les capitales provinciales tombent une à une aux mains des partisans du changement de régime, l’heure était à la débandade dans le camp du président Ratsiraka.
Le premier à “quitter le navire” pour fuir dans une petite embarcation fut le sénateur Portos Ampy, ancien ministre de l’Intérieur de M. Ratsiraka. Il était arrivé le 19 juin dans l’île française de Mayotte, à bord d’un voilier qu’il avait fait arraisonner en pleine mer sous la menace d’armes. La justice française l’a condamné le 21 juin pour ces faits de piraterie à huit mois de prison ferme. Début juillet, c’est aussi en bateau que deux conseillers de Ratsiraka, Mme Lalatiana Ravolomanana et José Andrianoelison, l’ancien ministre du Tourisme, Blandin Razafimanjato et Ferdinand Velomita, dernier gouverneur de la Banque centrale nommé par Ratsiraka, quittaient Toamasina à bord d’un voilier pour accoster à La Réunion après 42 heures de mer.
D’autres personnalités du régime n’ont pas eu cette “chance”. Le 4 juillet, sentant qu’ils seraient peut-être les seuls à faire les frais de ces six mois de résistance, des jeunes miliciens pro-Ratsiraka de Toamasina ont empêché deux anciens ministres et un ancien
gouverneur de s’embarquer au port.
Houssen Abdalah, ex ministre de la Pêche et des Ressources halieutiques, Fredo Betsimifira, ex ministre de l’Information, et Jean de Dieu Maharante, ancien gouverneur de la province de Toliara, ont été refoulés à l’embarquement sur le bateau-ferry par des jeunes “Zatovo” (“enfants de la ville”), les miliciens de M. Ratsiraka.


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