N° 257 du 17/10/2002

Madagascar


Quand l’AREMA se tâte
pour aller ou non aux élections législatives

A en croire Mme Lalatiana Ravololamanana, ancienne conseillère de Didier Ratsiraka, qui vit, comme l’ancien président aujourd’hui en exil à Paris, l’AREMA, le parti de l’ex-président, a été pris de cours avec l’annonce de ces élections législatives anticipées, fixées au 15 décembre, et hésite à s’y engager.
En fait, c’est surtout l’actuel secrétaire général de l’AREMA (Avant-garde de la rénovation malgache), Pierrot Rajaonarivelo (qui vit lui aussi en France, sans avoir demandé le statut de réfugié politique), qui a été pris de cours dans son projet de créer une nouvelle grande formation de l’opposition.
Celui que les Malgaches appellent tout bonnement “Pierrot” ambitionnait de rentrer au pays, de convoquer un congrès de l’AREMA pour annoncer qu’il quittait ce parti et qu’il allait créer une nouvelle formation politique “laïque”, histoire de bien se démarquer de l’emprise des Eglises sur le président Ravalomanana.
L’ancien président Albert Zafy, aujourd’hui à la tête du CNR (Comité national de réconciliation), aurait même soutenu ce projet et aurait appelé à une fusion de son parti avec la nouvelle formation politique que Pierrot Rajaonarivelo aurait créée.
Etant donné que le président Ravalomanana a dissous l’Assemblée et va organiser des législatives anticipées le 15 décembre, “Pierrot” et ses lieutenants, comme l’ancien ministre du Tourisme, Blandin Razafinjato ou l’ancien ministre de l’Industrialisation et de l’Artisanat, Mamy Ratovomalala, ont renoncé à ce projet, estimant le délai trop court pour faire prendre corps à un nouveau parti.
Si Pierrot serait aujourd’hui résolu à rentrer à Madagascar (peut-être fin octobre) pour mener la bataille politique à la tête de l’AREMA, la date de ces élections ne lui laissera guère le temps d’élargir davantage sa “base” électorale, comme il le souhaitait.
S’il est vrai que d’autres partis politiques comme le Monima (dirigé par Monja Roindefo), le parti Leader Fanilo (lâché depuis la présidentielle par son leader historique Herizo Razafimahaleo) ou encore le parti de Zafy, étaient prêts à se fondre dans une grande formation de l’opposition avec l’AREMA, on comprend peut-être aussi pourquoi ces élections ont été “anticipées”. Outre le fait que l’AREMA n’a pas eu le temps de se refaire une virginité, le régime de Ravalomanana, en précipitant ces élections, table peut-être aussi sur un éclatement du parti de Ratsiraka car rien n’indique que certains des députés sortants élus sous l’étiquette AREMA ne se présenteront pas devant les électeurs, avec ou sans la bénédiction de Pierrot Rajaonarivelo.
Reste un autre facteur qui fait planer un doute sur la participation ou non de l’AREMA à ces législatives.
Si Pierrot affirme qu’il ne craint pas de rentrer à Madagascar, il n’est pas sûr de ne pas être poursuivi en justice pour un motif ou un autre. Il s’inquiéterait des pressions exercées sur son ancien directeur de cabinet, Elire Rabemananjana, actuellement détenu pour “usurpation de titre”.
C’est même pour se donner quelques garanties que Pierrot et plusieurs anciens ministres de Ratsiraka avaient envisagé de rentrer à Madagascar, en se faisant accompagner de journalistes étrangers pour qu’ils puissent témoigner de leur sort.
Si l’ancien parti majoritaire boude les urnes le 15 décembre, il reste qu’il se battra toujours pour obtenir la tenue d’une “conférence nationale”, sans doute la seule chance pour pas mal d’exilés d’obtenir un “ticket retour” sans vivre en permanence avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête.
A l’heure actuelle, les anciens partisans de Didier Ratsiraka estiment qu’il y a pas moins de 400 “détenus politiques” selon eux, consécutivement aux longs troubles qui ont émaillé la vie de la Grande Ile pendant plus de six mois.
L’ancien président Albert Zafy serait d’ailleurs entrain de concocter un rapport sur cette question. Un autre signe d'un rapprochement certain entre Zafy et “Pierrot”.

R-J L.

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