N° 258
du 04/11/2002

Madagascar


Détenus politiques ou de droits communs ?

Quelque 83 ardents défenseurs et partisans de Didier Ratsiraka, qui se sont battus, pour certains jusqu’au bout pour défendre l’ancien régime, sont en détention, selon la justice malgache qui a organisé une visite de certains de ces prisonniers afin de montrer à la presse quelles étaient leur réelle condition de détention.
A l’occasion de cette journée “portes ouvertes”, l’ancien gouverneur de la province de Toamasina, Samuel Lahady, s’est plaint de ne pas obtenir le statut de “prisonnier politique”.
Parmi ces baobabs de l’ancien régime, aujourd’hui en prison, on note, outre Samuel Lahady, l’ancien ministre de la Culture et de la Communication, Fredo Betsimifira, qui a déjà été condamné à deux ans de prison ferme, les généraux Antoine Boba et Andriafeno, et d’autres anciens gouverneurs des provinces de Fianarantsoa (centre) et de Mahajanga (nord-ouest), Emilson et Etienne-Hilaire Razafindehibe.
Le dernier Premier ministre de Didier Ratsiraka, Tantely Andrianarivo, a été placé le 21 octobre sous mandat de dépôt, après avoir passé quatre mois en résidence surveillée. Il est accusé d’usurpation de fonction, de détournement de deniers publics, de recel de malfaiteurs et d’atteinte à la sûreté de l’Etat.
Par contre, le général Victor Ramahatra, lui aussi ancien Premier ministre de Ratsiraka, a retrouvé la liberté le 30 octobre, après avoir été arrêté et écroué pour “trahison”.
Le général Ramahatra avait été arrêté peu après des rumeurs sur des mercenaires “recrutés” par Ratsiraka et qui devaient envahir le pays en partant d’Afrique du Sud, mais qui n’ont finalement jamais mis pied sur la grande Ile. Selon l’entourage de Ravalomanana, cette opération qui prévoyait l’assassinat de Ravalomanana pendant la fête de l’Indépendance du 26 juin, était baptisée “Toro”, nom de guerre du général Ramahatra qui devait la diriger.
Aucune trace d’arrivée de mercenaires n’avait été découverte à l’époque à Madagascar et le tribunal a donc estimé que “les charges n’étaient pas fondées”.
Le général Ramahatra avait été le dernier Premier ministre de M. Ratsiraka avant sa première destitution en 1991.

Prisonniers politiques ou pas, l’Union européenne va envoyer des observateurs pour ces élections législatives estimant qu’elles “devraient constituer une étape importante sur la voie de la stabilisation politique du pays”. Au total, un peu moins d’une centaine d’observateurs seront dépêchés dans le pays par l’UE.
Et au terme de ce scrutin, le président Ravalomanana devrait enfin pouvoir êter reconnu comme président "légitime" par l'Union Africaine. L’UA n’a toutefois pas encore clairement dit si elle estimait que ces élections pouvaient se tenir dans le contexte actuelle. “La troïka de l’UA (Ndlr : les présidents sud-africain Mbeki et zambien Levy Mwanawasa et le Premier ministre mozambicain Pascal Mocumba) a rencontré M. Ravalomanana et nous allons discuter à l’avenir avec le parti AREMA”, a déclaré la ministre sud-africaine des Affaires étrangères Nkosazana Dlamini-Zuma, qui a assisté à ces entretiens, fin octobre, à Pretoria.
“Il nous a expliqué quelles mesures il avait prises en vue de la réconciliation nationale. Il nous a dit avoir formé un gouvernement d’unité nationale avec de nombreux partis et nous a dit qu’ils vont avoir des élections en décembre, supervisées par l’ONU pour s’assurer qu’elles sont libres et équitables”, a ajouté Mme Dlamini-Zuma. “Nous avons pris note et allons parler avec l’autre partie, l’AREMA. Après quoi nous ferons notre rapport à l’UA, qui aura à prendre sa décision en conséquence”, a-t-elle ajouté. On doute fort toutefois que l’UA, même après avoir rencontré l’AREMA, demande le report de ces élections, alors que l’Union Européenne est déjà engagée comme partenaire, en tant qu’observateur, de ce processus.


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