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LAssemblée nationale a été dissoute le 16 octobre, ouvrant la voie à des élections législatives anticipées, fixées au 15 décembre et qui seront déterminantes pour le nouveau président Marc Ravalomanana.
Le 11 octobre, 50 députés appartenant pour leur majorité à lArema avaient déposé une requête dannulation du décret présidentiel, prononçant la dissolution de lAssemblée, arguant que cette décision était contraire à la Constitution. Mais cette requête a été rejetée le 14 octobre par la Haute Cour constitutionnelle.
Les députés signataires estimaient en outre que les conditions pour organiser ces élections nétaient pas remplies. Ils avaient assuré que linsécurité régnait encore, en raison de la circulation darmes dans plusieurs régions. Ils rappelaient également que les personnes arrêtées durant la crise malgache navaient pas toutes été jugées.
Si des personnalités politiques impliquées mais qui sont innocentes voulaient se lancer dans les élections, elles ne le peuvent pas. La présomption dinnocence nest pas respectée, avaient estimé les députés du parti de M. Ratsiraka, réfugié en France depuis juillet.
Tous ces arguments ont été rejetés par la Haute Cour.
Le trop plein de pros-Ravalomanana ?
En prévision de ce scrutin décisif, qui lui donnera ou non une majorité pour gouverner pendant les cinq prochaines années, le président Ravalomanana a transformé son association de soutien électoral Tiakoi Madagasikara (TIM, Jaime Madagascar) en parti politique. Les rédactions malgaches ont dailleurs été priées de ne pas utiliser uniquement le sigle TIM, mais de bien insister sur la formule globale.
Première difficulté pour TIM, aller aux élections seul ou en faisant alliance avec la kyrielle de partis et autres alliances qui se réclament de la mouvance présidentielle ou qui rappellent à lenvi que eux aussi ont contribué à larrivée au pouvoir de Marc.
Si une alliance avec lancien premier ministre Norbert Ratsirahonana et son parti lAVI ne devrait pas poser trop de difficulté, il risque dy avoir embouteillage ou confusion dans la tête des électeurs. Déjà, un groupe dénommé HBM (Herim-Bahoaka Mitambatra) sous la bannière duquel se sont alliés sept partis et deux associations ( Grad Iloafo, PRM, Masters, HVR, VVSV, PFDM, Amf / 3 FM, KMSB et FDE), semble vouloir se présenter déjà aux électeurs comme le pôle de rassemblement en faveur de Ravalomanana, revendiquant son appartenance au défunt Kmmr (les comités de soutiens à Marc Ravalomanana pendant la présidentielle).
On imagine déjà les déçus lorsquil sagira de désigner un seul député pouvant se targuer dêtre le candidat de Ravalomanana.
Dautres formations politiques ont dores et déjà affiché leur indépendance. Le MFM, parti dirigé par Manandafy Rakotonirina, et qui lui aussi a grandement permis laccession au pouvoir de Ravalomanana, se lancera seul dans la bataille, avec lambition de peser de manière significative sur le prochain exécutif. A lheure actuelle, le MFM na que trois députés, ce qui ne représente sûrement plus son influence réelle dans le pays.
Le souci dindépendance de ce parti fait dailleurs les beaux jours de la vie politique malgache en ce moment, à loccasion dun bras de fer, un brun surréaliste, qui oppose le Président de la délégation spéciale (PDS, gouverneur) de la province de Fianarantsoa, Pety Rakotoniaina (membre éminent du MFM), au non moins important général Sambiheviny Elson Findrama, commandant en Chef de la Gendarmerie nationale de son état. Les deux hommes saccusent mutuellement, par conférences de presse interposées, de détournements de fonds, voire de racket, dans le cadre dopérations menées contre les voleurs de zébus, fléau dimportance dans cette région.
Lors du dernier round de ce conflit, le général de division Sambiheviny a accusé Pety Rakotoniaina davoir extorqué pas moins de 5836 zébus (excusez la précision) et davoir commis quelque quatorze (excusez du peu) infractions parmi lesquelles : menaces de mort, tentatives de meurtre par arme à feu, enlèvements et séquestrations arbitraires, viols, violences et voies de fait, vols ou extorsions de fusil de chasse, abus dautorité, actes de pillage et incendie de cases dhabitation.
Quelques jours plus tôt, le gouverneur de la province de Fianarantsoa avait accusé publiquement le commandant en chef de la gendarmerie nationale dun racket de 200 millions de Fmg.
Il reste que lon ne sait encore sil faut traiter cette affaire au chapitre des faits divers ou au chapitre politique, car la province de Fianarantsoa est un bastion du MFM.
Pour lheure, le chef de lEtat laisse faire. On est dans un Etat de droit. Laissons cette affaire se régler dans ce cadre-là, et on verra, a-t-il indiqué à la presse malgache.
Le bon choix de lEglise
Toujours est-il que ces législatives, si elles vont sans doute permettre à Ravalomanana davoir un temps les coudées franches, vont aussi laisser sur la touche pas mal de mécontents - battus ou tout simplement écartés de la compétition pour cause de surnombre - et qui vont inévitablement grossir par la suite les rangs des déçus de Ravalomanana.
LEglise quant à elle, a encore une fois choisi son camp, à mots couverts mais tout à fait clairs pour qui comprend un peu le langage du confessionnal.
A la mi-octobre, les dirigeants du FFKM (Conseil chrétien des églises de Madagascar) le Cardinal Gaëtan Armand Razafindratandra, Mgr Rémi Joseph Rabenirina, et les Pasteurs Razafimahefa et Rabenorolahy, ont indiqué le bon choix. Les Malgaches ont décidé de tourner la page. Alors, il faut la tourner complètement. Ils ont choisi une nouvelle voie, a déclaré le président du moment du FFKM, Mgr Rémi Joseph Rabenirina. Une prise de position claire à ladresse des nostalgiques de lancien régime de Ratsiraka.
Le bon député devra aussi être, selon ces éminences du FFKM, quelquun qui a peur de Dieu (et qui est) fervent chrétien. Un portrait qui ressemble fort opportunément à celui de lhomme qui préside aujourdhui aux destinées du pays.
Pour le moment, les maîtres à penser des petites robes blanches niront pas grossir les rangs des déçus du Ravalomananisme, puisque le président, à loccasion dun conseil des ministres, fin octobre, a insisté que le fait quà partir daujourdhui, la collaboration entre lEtat et lEglise est effective, a rapporté le journal Midi Madagascar. Le président aurait même averti quil demandera plus de sévérité à lencontre des perturbateurs de la bonne marche des affaires religieuses.
La majorité imposée ?
Enfin pour clore cette revue dambiance de la pré-campagne électorale, force est de souligner que la nécessité pour le président davoir une majorité à lAssemblée, est présentée par ses sympathisants, y compris par une partie de la presse, comme une requête des bailleurs de fonds. Certains propos ou articles laissent à penser que les bailleurs et la communauté internationale nont pas seulement demandé au régime dorganiser rapidement des législatives, mais quils lui ont enjoint de gagner ces élections. Lobjectif pour le parti, qui a soutenu Marc Ravalomanana aux élections présidentielles, est dobtenir la majorité au sein de lAssemblée Nationale, ce qui est dailleurs une exigence des bailleurs de fonds, et qui sinscrit dans lesprit des accords de Dakar, a-t-on pu lire au détour dun article sur les perspectives électorales de Tiako i Madagasikara.
Les autres grands (dans le passé) partis politiques, comme le parti Leader Fanilo ou lAREMA (Avant-garde pour la rénovation de Madagascar), le parti de lancien président Ratsiraka, semblent pour linstant plus enclins à réclamer la tenue dune conférence nationale quà se lancer dans la course aux législatives.
Quant à lancien président Albert Zafy, presque humilié à la présidentielle, il semble se refaire une santé politique à la tête du Comité de Réconciliation nationale (CNR), qui titille le pouvoir là où ça fait mal, en loccurrence sur la question des détenus, politiques selon les intéressés, de droits communs, selon la justice. Vu la tournure des événements, et le fait que Zafy na finalement jamais reconnu à haute voix lors de la longue crise politique la victoire de Ravalomanana avant que les institutions ne se prononcent sur la question, il y a de fort à parier que son parti, lUNDD, ira à ces élections dans le cp de lopposition.
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