N° 258
du 04/11/2002

Madagascar


Législatives anticipées le 15 décembre

L’Assemblée nationale a été dissoute le 16 octobre, ouvrant la voie à des élections législatives anticipées, fixées au 15 décembre et qui seront déterminantes pour le nouveau président Marc Ravalomanana.
Le 11 octobre, 50 députés appartenant pour leur majorité à l’Arema avaient déposé une requête d’annulation du décret présidentiel, prononçant la dissolution de l’Assemblée, arguant que cette décision était contraire à la Constitution. Mais cette requête a été rejetée le 14 octobre par la Haute Cour constitutionnelle.
Les députés signataires estimaient en outre que les conditions pour organiser ces élections n’étaient pas remplies. Ils avaient assuré que l’insécurité régnait encore, en raison de la circulation d’armes dans plusieurs régions. Ils rappelaient également que les personnes arrêtées durant la crise malgache n’avaient pas toutes été jugées.
“Si des personnalités politiques impliquées mais qui sont innocentes voulaient se lancer dans les élections, elles ne le peuvent pas. La présomption d’innocence n’est pas respectée”, avaient estimé les députés du parti de M. Ratsiraka, réfugié en France depuis juillet.
Tous ces arguments ont été rejetés par la Haute Cour.

Le trop plein de “pros-Ravalomanana” ?

En prévision de ce scrutin décisif, qui lui donnera ou non une majorité pour gouverner pendant les cinq prochaines années, le président Ravalomanana a transformé son association de soutien électoral “Tiako’i Madagasikara” (TIM, “J’aime Madagascar”) en parti politique. Les rédactions malgaches ont d’ailleurs été priées de ne pas utiliser uniquement le sigle “TIM”, mais de bien insister sur la formule globale.
Première difficulté pour TIM, aller aux élections seul ou en faisant alliance avec la kyrielle de partis et autres alliances qui se réclament de la mouvance présidentielle ou qui rappellent à l’envi que eux aussi ont contribué à l’arrivée au pouvoir de “Marc”.
Si une alliance avec l’ancien premier ministre Norbert Ratsirahonana et son parti l’AVI ne devrait pas poser trop de difficulté, il risque d’y avoir embouteillage ou confusion dans la tête des électeurs. Déjà, un groupe dénommé HBM (Herim-Bahoaka Mitambatra) sous la bannière duquel se sont alliés sept partis et deux associations ( Grad Iloafo, PRM, Master’s, HVR, VVSV, PFDM, Amf / 3 FM, KMSB et FDE), semble vouloir se présenter déjà aux électeurs comme “le” pôle de rassemblement en faveur de Ravalomanana, revendiquant son appartenance au défunt Kmmr (les comités de soutiens à Marc Ravalomanana pendant la présidentielle).
On imagine déjà les déçus lorsqu’il s’agira de désigner un seul député pouvant se targuer d’être “le” candidat de Ravalomanana.
D’autres formations politiques ont d’ores et déjà affiché leur indépendance. Le MFM, parti dirigé par Manandafy Rakotonirina, et qui lui aussi a grandement permis l’accession au pouvoir de Ravalomanana, se lancera seul dans la bataille, avec l’ambition de peser de manière significative sur le prochain exécutif. A l’heure actuelle, le MFM n’a que trois députés, ce qui ne représente sûrement plus son influence réelle dans le pays.
Le souci d’indépendance de ce parti fait d’ailleurs les beaux jours de la vie politique malgache en ce moment, à l’occasion d’un bras de fer, un brun surréaliste, qui oppose le Président de la délégation spéciale (PDS, gouverneur) de la province de Fianarantsoa, Pety Rakotoniaina (membre éminent du MFM), au non moins important général Sambiheviny Elson Findrama, commandant en Chef de la Gendarmerie nationale de son état. Les deux hommes s’accusent mutuellement, par conférences de presse interposées, de détournements de fonds, voire de racket, dans le cadre d’opérations menées contre les voleurs de zébus, fléau d’importance dans cette région.
Lors du dernier round de ce conflit, le général de division Sambiheviny a accusé Pety Rakotoniaina d’avoir extorqué pas moins de 5836 zébus (excusez la précision) et d’avoir commis quelque quatorze (excusez du peu) infractions parmi lesquelles : menaces de mort, tentatives de meurtre par arme à feu, enlèvements et séquestrations arbitraires, viols, violences et voies de fait, vols ou extorsions de fusil de chasse, abus d’autorité, actes de pillage et incendie de cases d’habitation.
Quelques jours plus tôt, le gouverneur de la province de Fianarantsoa avait accusé publiquement le commandant en chef de la gendarmerie nationale d’un racket de 200 millions de Fmg.
Il reste que l’on ne sait encore s’il faut traiter cette affaire au chapitre des faits divers ou au chapitre politique, car la province de Fianarantsoa est un bastion du MFM.
Pour l’heure, le chef de l’Etat laisse faire. “On est dans un Etat de droit. Laissons cette affaire se régler dans ce cadre-là, et on verra”, a-t-il indiqué à la presse malgache.

Le “bon choix” de l’Eglise

Toujours est-il que ces législatives, si elles vont sans doute permettre à Ravalomanana d’avoir un temps les coudées franches, vont aussi laisser sur la touche pas mal de mécontents - battus ou tout simplement écartés de la compétition pour cause de surnombre - et qui vont inévitablement grossir par la suite les rangs des “déçus de Ravalomanana”.
L’Eglise quant à elle, a encore une fois choisi son camp, à mots couverts mais tout à fait clairs pour qui comprend un peu le langage du confessionnal.
A la mi-octobre, les dirigeants du FFKM (Conseil chrétien des églises de Madagascar) le Cardinal Gaëtan Armand Razafindratandra, Mgr Rémi Joseph Rabenirina, et les Pasteurs Razafimahefa et Rabenorolahy, ont indiqué le “bon choix”. “Les Malgaches ont décidé de tourner la page. Alors, il faut la tourner complètement. Ils ont choisi une nouvelle voie”, a déclaré le président du moment du FFKM, Mgr Rémi Joseph Rabenirina. Une prise de position “claire” à l’adresse des nostalgiques de l’ancien régime de Ratsiraka.
Le “bon” député devra aussi être, selon ces éminences du FFKM, “quelqu’un qui a peur de Dieu (et qui est) fervent chrétien”. Un portrait qui ressemble fort opportunément à celui de l’homme qui préside aujourd’hui aux destinées du pays.
Pour le moment, les maîtres à penser des “petites robes blanches” n’iront pas grossir les rangs des déçus du “Ravalomananisme”, puisque le président, à l’occasion d’un conseil des ministres, fin octobre, a insisté que le fait “qu’à partir d’aujourd’hui, la collaboration entre l’Etat et l’Eglise est effective”, a rapporté le journal Midi Madagascar. Le président aurait même averti qu’il demandera plus de sévérité à l’encontre des perturbateurs de la bonne marche des affaires religieuses.

La “majorité “ imposée ?

Enfin pour clore cette revue d’ambiance de la pré-campagne électorale, force est de souligner que la nécessité pour le président d’avoir une majorité à l’Assemblée, est présentée par ses sympathisants, y compris par une partie de la presse, comme une “requête” des bailleurs de fonds. Certains propos ou articles laissent à penser que les bailleurs et la communauté internationale n’ont pas seulement demandé au régime d’organiser rapidement des législatives, mais qu’ils lui ont enjoint de “gagner” ces élections. “L’objectif pour le parti, qui a soutenu Marc Ravalomanana aux élections présidentielles, est d’obtenir la majorité au sein de l’Assemblée Nationale, ce qui est d’ailleurs une exigence des bailleurs de fonds, et qui s’inscrit dans l’esprit des accords de Dakar”, a-t-on pu lire au détour d’un article sur les perspectives électorales de Tiako i Madagasikara.

Les autres grands (dans le passé) partis politiques, comme le parti Leader Fanilo ou l’AREMA (Avant-garde pour la rénovation de Madagascar), le parti de l’ancien président Ratsiraka, semblent pour l’instant plus enclins à réclamer la tenue d’une conférence nationale qu’à se lancer dans la course aux législatives.
Quant à l’ancien président Albert Zafy, presque “humilié” à la présidentielle, il semble se refaire une santé politique à la tête du Comité de Réconciliation nationale (CNR), qui titille le pouvoir là où ça fait mal, en l’occurrence sur la question des détenus, “politiques” selon les intéressés, de droits communs, selon la justice. Vu la tournure des événements, et le fait que Zafy n’a finalement jamais reconnu à haute voix lors de la longue crise politique la “victoire” de Ravalomanana avant que les institutions ne se prononcent sur la question, il y a de fort à parier que son parti, l’UNDD, ira à ces élections dans le cp de l’opposition.


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