N° 263
du 29/01/2003

Madagascar


Le nouveau gouvernement quasiment inchangé
consacre la haute mainmise du président sur le pouvoir

Le Premier ministre, Jacques Sylla, a présenté le 16 janvier un nouveau gouvernement de 22 ministres, dont 17 figuraient déjà dans sa précédente équipe. M. Sylla, reconduit au poste de Premier ministre, a formé une équipe exclusivement constituée de “techniciens” proches du président Marc Ravalomanana et d’élus de son parti “Tiako’i Madagasikara” ou de ses alliés. Ensemble, ils disposent d’une majorité de 131 députés sur 160 à l’Assemblée depuis les législatives du 15 décembre dernier.
Le gouvernement précédent, formé par M. Sylla le 18 juin 2002, avait été ouvert à plusieurs sensibilités politiques de l’opposition, afin de contribuer à la réconciliation nationale, après une crise politique de six mois qui s’était soldée par le départ de l’ex-président Didier Ratsiraka.
La nouvelle équipe gouvernementale a un effectif légèrement réduit, avec 22 ministres, dont 17 sont reconduits, contre 29 ministres et trois secrétaires d’Etat dans la précédente. Des “super-ministères” ont été confiés à des ministres reconduits, y compris les officiers de l’armée ou de la gendarmerie qui s’étaient ralliés à M. Ravalomanana après avoir été proches de l’ancien régime.
C’est le cas du général Marcel Ranjeva, reconduit aux Affaires étrangères, et du général de gendarmerie Sylvain Rabotoarison, qui conserve l’Environnement, additionné des Eaux et Forêts.
C’est le troisième gouvernement de Jacques Sylla depuis sa première nomination début mars 2002 en pleine crise post-électorale.

On verrouille à tous les étages

Pas besoin d’être dans l’opposition pour constater que le président Ravalomanana dispose désormais d’un pouvoir sans partage après avoir installé des représentants de son parti “Tiako’i Madagasikara” (TIM, “J’aime Madagascar”) à tous les niveaux de l’Etat.
Le “verrouillage” du pays par “l’Etat-TIM”, pour reprendre l’expression désormais usitée par l’opposition et la presse, s’est achevé à l’Assemblée nationale, avec la mise en place des six vice-présidents de son bureau permanent, et au Sénat avec la désignation des 12 présidents de commissions.
Au palais de Tsimbazaza, où siège l’Assemblée, Ravalomanana dispose d’une majorité de 101 députés sur 160 avec les seuls élus de son parti, et de 130 avec ses alliés.
Après l’élection de l’ancien ministre des Travaux publics, Jean Lahiniriko, élu du Sud et membre du TIM, à la présidence de l’Assemblée nationale, la totalité des six vice-présidences, une par province, est allée exclusivement à des députés du parti présidentiel, sans aucune ouverture aux formations alliées de la “Firaisankinam-pirenena” (Alliance nationale). Et le président national du TIM est devenu questeur de l’Assemblée.
C’est une “politique d’exclusion” et un comportement “indigne de la démocratie promise”, a accusé Evariste Marson, président du Rassemblement pour la social-démocratie (RPSD) , qui avait pourtant roulé pour Ravalomanana à la présidentielle et aux législatives.
Au Sénat, où siègent encore 60 élus de l’ancien régime de Didier Ratsiraka et 30 désignés par M. Ravalomanana en remplacement de ceux nommés par son prédécesseur, il a fallu un huis-clos pour aboutir à un consensus dans la désignation des présidents des douze commissions.
Le parti Arema (Avant-garde de la rénovation malgache) de M. Ratsiraka, pourtant majoritaire avec 44 sénateurs, n’a reçu que cinq présidences de commissions, contre sept au TIM.
Dans le nouveau gouvernement, deux ministres seulement ne sont pas membres du TIM ou apparentés.
Enfin, et sans doute plus inquiétant encore, un ancien candidat à la présidentielle de 2001 relève que “l’équilibre ethnique n’est plus le principe intangible dans la désignation aux hautes fonctions de l’Etat”, puisque l’ensemble du dispositif mis en place par le président Ravalomanana penche nettement en faveur de son ethnie merina. Et d’ajouter : “le nouvel équilibre à respecter semble bien être confessionnel et religieux”. L’ancien candidat y voit “la marque de l’influent Conseil des églises chrétiennes de Madagascar” (FFKM).
Jacques Sylla est un catholique militant. Le président du Sénat, Rajemison Rakotomaharo, est un fidèle protestant de l’église réformée de Jésus Christ à Madagascar (FJKM). Le président de l’Assemblée nationale, Jean Lahiniriko, est un “mpiandry” (“berger, élu de Dieu”) de l’église luthérienne de Madagascar (FLM).


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