N° 262
du 15/01/2003

Malawi


Quand la rumeur fait des victimes

Le président du Malawi, Bakili Muluzi, a ordonné le 13/01 à la police d’arrêter les résidents d’un bidonville de Blantyre qui ont attaqué un responsable de son parti, accusé de protéger des “vampires”, surnom donné aux personnes qui échangeraient de la nourriture contre du sang.
Les histoires de “vampires”, personnes accusées de collaborer avec des organisations humanitaires internationales pour ne donner de l’aide alimentaire qu’en échange du sang des bénéficiaires, circulent depuis plusieurs semaines au Malawi.
Erick Chiwaya, responsable du Front démocratique uni (UDF), avait été attaqué à coups de pierres par un groupe de 200 résidents du bidonville de Manase, dans la banlieue de Blantyre, où il habite. Ils l’accusaient d’abriter des “vampires”.
“J’autorise la police à arrêter toute personne impliquée (dans l’attaque), même si cela signifie 150 personnes”, a déclaré le chef de l’Etat lors d’un meeting au cours duquel il a à nouveau démenti ces histoires de “vampires”, rappelant que voler le sang était “inutile” au Malawi où 14% des 11 millions d’habitants sont séropositifs.
Les plus pauvres au Malawi, qui vivent dans les bidonvilles ou les zones rurales, croient que les organisations internationales et le gouvernement tirent avantage de la crise alimentaire du Malawi - où un tiers des habitants sont menacés de famine - pour échanger du sang contre de la nourriture.
Ces rumeurs sont tellement ancrées qu’en décembre, dans la région de Thyolo (sud), des habitants d’un village ont enlevé et retenu pendant une nuit trois prêtres catholiques qu’ils accusaient de vouloir “voler leur sang”.


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