N°259
du 29/11/2002

Mozambique


Le fils de Chissano
mis en cause dans l’assassinat d’un journaliste

Un des six suspects dans l’assassinat en 2000 d’un journaliste mozambicain, Carlos Cardoso, a présenté le 21 novembre lors de son procès à Maputo des chèques qui, selon lui, sont la preuve de l’implication du fils du président mozambicain Joaquim Chissano dans ce meurtre. Ce suspect, Momade Abdul Satar, a présenté quatre chèques d’un montant total de 660 millions de meticals (environ 27.500 dollars US), émis par Express Tours, une entreprise appartenant à Nyimpine Chissano, le fils du président, et portant la signature “Chissano”.
Ce suspect a affirmé qu’il avait payé sans le savoir trois des assassins présumés du journaliste Carlos Cardoso, qui enquêtait sur un scandale financier, sur ordre de Nyimpine Chissano et que les chèques présentés à la Cour constituaient le remboursement de la somme déboursée.
Il a aussi affirmé n’avoir appris à quoi avait servi l’argent que bien plus tard, de la part d’un de ses co-détenus.
Un autre suspect, Manuel dos Anjos Fernandes, alias Escurinho, a également mis en cause le fils du chef de l’Etat.
Nyimpine Chissano est un homme d’affaires prospère souvent cité dans la presse pour des activités présentées comme frauduleuses. Le porte-parole du président de la République, Antonio Matonse, a affirmé qu’en dépit des accusations contre son fils, Joaquim Chissano ne souhaitait pas faire de commentaires pour ne pas influencer la justice.
Raquel Damiao, porte-parole du parti au pouvoir, le Front de libération du Mozambique (FRELIMO), a estimé que l’image du chef de l’Etat ne devait pas être ternie par les allégations portées contre son fils. “Nous, parents, ne sommes pas toujours responsables des attitudes de nos enfants”, a-t-il dit.
En revanche, l’un des dirigeants du principal parti d’opposition, la Résistance nationale du Mozambique (RENAMO), Manecas Tome, a demandé la démission du président Chissano.

Rappel : au moment de son assassinat par balles en novembre 2000 à Maputo, Carlos Cardoso enquêtait sur le plus gros scandale financier du Mozambique indépendant: le détournement de 14 millions de dollars de la Banque commerciale du Mozambique (BCM) avant sa privatisation en 1996. Six hommes sont jugés pour cet assassinat, dont l’un par contumace. Anibal Antonio dos Santos, dit Anibalzinho, principal suspect, a réussi en septembre dernier à s’évader dans des conditions suspectes de la prison de haute sécurité de Maputo.
Par crainte de violences et de troubles à l’ordre public, le procès se tient sous une tente montée dans une cour de cette prison de haute sécurité où les accusés sont incarcérés.