N° 286
du 20/01/2004
Swaziland

Qu’il est doux d’être roi ...
Le roi du Swaziland Mswati III a reporté d’une semaine la rentrée scolaire, prévue le 20 janvier, pour que les écoliers du pays puissent finir le désherbage des champs royaux, un «devoir royal» traditionnel de cette période de l’année.
Le ministre de l’Information, Themba Msibi, ministre en exercice de l’Education en l’absence de la ministre titulaire, a annoncé sur la radio-télévision publique la directive royale, qui concerne plus de 30.000 écoliers et lycéens.
«En raison des devoirs royaux qui se poursuivent, il m’appartient sur ordre de sa majesté de repousser la rentrée des classes prévue mardi pour la semaine prochaine, afin que les régiments puissent achever la mission que le roi leur a assignée», a annoncé Msibi.
Le désherbage des champs du domaine royal de Ludzinidzini, à 16 km de la capitale Mbabane, fait partie des rites liés à l’Incwala, une succession de cérémonies sacrées annuelles entre novembre et janvier visant a réaffirmer le pouvoir du roi.
C’est la première fois toutefois qu’un de ces rites vient interférer avec le déroulement de l’année scolaire.
«Je n’ai pas de problème avec la culture, mais elle doit être positive, et ne doit pas prendre le dessus sur les pratiques quotidiennes qui font fonctionner le pays,» a dénoncé Mario Masuku, chef du Mouvement démocratique uni du peuple (PUDEMO-opposition).
«Une telle attitude doit être condamnée à tout prix. Elle est un signe clair de dictature absolue», a encore commenté le chef du PUDEMO.

Galanterie oblige ...

Alors que le royaume est en crise économique, Mswati III a par ailleurs commandé neuf nouveaux palais pour héberger ses 12 épouses et fiancées, travaux chiffrés à 14,5 millions de dollars.
Le monarque, âgé de 35 ans, a demandé -et obtenu- du gouvernement le déblocage de 100 millions d’emalangeni (14,5 millions USD). Les travaux ont déjà commencé pour au moins deux des palais, à Buhleni dans le nord pour la 7ème épouse Putsoana Hwala, et dans le sud-ouest pour une des deux fiancées. «Il était grand temps que les épouses du roi aient leur propre palais», a précisé une source de la Maison royale. «En terme de culture swazie, le roi ne peut utiliser la résidence royale de son père pour héberger ses propres épouses», a ajouté cette source. On comprend donc mieux l’urgence de ces réalisations sociales.
Pour mémoire toutefois, le royaume du Swaziland est aux prises avec divers fléaux: le VIH-sida touchant 38 % de la population et deux années de sécheresse consécutives qui ont laissé quelques 300.000 personnes dépendantes de l’aide alimentaire.
Sur fond de déficit budgétaire (62 millions USD fin 2002), et d’appel à des réformes démocratiques de la monarchie, la gestion et les dépenses du royaume ont aussi été critiquées, notamment lors du projet en 2002 d’acheter un jet privé de 45 millions de dollars pour le roi.
Après opposition du Parlement, suite n’a pas été donnée à l’achat de l’avion, malgré 2,8 millions de dollars d’arrhes déjà versées au constructeur canadien
Dans ce contexte, le Pudemo, parti «toléré» car dans le royaume les partis politiques sont officiellement interdits, s’est dit décidé à accroître la pression sur la monarchie afin d’aboutir à «un système démocratique».
«La libération du peuple passe par la suppression du régime (actuel) et son remplacement par les institutions d’un système démocratique», a indiqué Mario Masuku, président du Pudemo, dans un message de nouvel an du mouvement.
«La majorité des Swazis ont réalisé que le système n’avait pas de légitimité et que ceux qui y participaient le faisaient uniquement par intérêt personnel et appât du gain (...) et non pour représenter de manière responsable leur pays», a-t-il ajouté.
Réclamant «le transfert du pourvoir de la monarchie absolue au peuple du Swaziland», Masuku a stigmatisé la grave crise économique et sociale que traverse le pays.
«Le chômage dépasse aujourd’hui 40% et il existe un malaise grandissant dans l’industrie textile. Nous assistons à des scène où les investisseurs, ou plutôt les exploiteurs utilisent à loisir les travailleurs sans défense», a-t-il affirmé.
Les dernières élections législatives fin octobre, de pure forme en l’absence de partis, ont été boycottées par les mouvements pro-démocratiques et dénoncées pour leur manque de crédibilité par les observateurs du Commonwealth. Le roi Mswati III nomme lui-même le Premier ministre et tous les ministres, et gouverne par décrets. Mi-novembre, il a désigné un Premier ministre mais différé la promulgation d’une nouvelle constitution visant à introduire des changements politiques.

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