N° 278
du 03/10/2003

Zambie


L’enfance «condamnée à mort» par des violeurs porteurs du sida

Le nombre de jeunes filles violées par des hommes croyant qu’avoir des relations sexuelles avec des mineures pourrait les guérir du VIH/sida est en augmentation en Zambie, où la police enregistre presque tous les jours un cas de viol contre un mineur, et une de ces victimes sur cinq se retrouve contaminée par le VIH, le virus du sida. Une situation qui «devient insoutenable», selon une porte-parole de la police, Brenda Muntemba.
La police a été saisie de plus de 200 cas de viols perpétrés sur des mineurs au second trimestre 2003 et la plupart des criminels font actuellement l’objet de poursuites. Mais ces chiffres pourraient être encore plus élevés.
«Pour chaque cas (de viol) connu, il y a (probablement) dix autres cas dont nous n’avons pas connaissance», estime pour sa part le docteur George Mangwende, praticien travaillant dans le privé qui a soigné des jeunes filles violées et contaminées par le virus.
Le viol des enfants est devenu une préoccupation majeure en Zambie après la mort en septembre de Nyarai Seke, onze ans, qui a succombé à différentes maladies sexuellement transmissibles après avoir été violée par son demi-frère.
Nyarai Seke est devenue le symbole des souffrances de nombreuses jeunes filles en Zambie et sa vie brisée a fait la Une de la presse durant les deux dernières semaines.
Emu par son histoire, l’ex-président zambien Kenneth Kaunda s’est engagé à combattre fermement les crimes sexuels commis contre des jeunes filles. «Les violeurs doivent être punis. Nous ne pouvons tolérer un tel comportement», avait déclaré M. Kaunda après avoir visité Seke à l’hôpital, un jour avant qu’elle ne décède.
Le demi-frère de Seke, lui, a été arrêté depuis et inculpé de meurtre et de viols contre mineurs.
C’est la première fois en Zambie qu’une personne est accusée de meurtre pour avoir infecté quelqu’un avec une maladie mortelle. Et la volonté affichée par M. Kaunda de combattre ce type de crimes a catalysé d’autres volontés.
Une juriste réputée de l’opposition, Edith Nawakwin, s’est récemment engagée à déposer une motion devant le Parlement visant la promulgation d’une loi sévère à l’encontre de ceux qui se sont rendus coupables de viols contre des mineurs.
Des voix se sont également élevées parmi des membres de la société civile, et certains ont réclamé des mesures radicales contre des violeurs d’enfants allant jusqu’à leur castration.
Joyce Nonde, qui préside la Fédération des syndicats libres de Zambie (FFTUZ), a organisé une marche au cours de laquelle une pétition réclamant des sanctions plus sévères contre des violeurs sera signée avant d’être transmise au gouvernement.
Cette mobilisation publique vise également à punir des personnalités connues, qui redoutent désormais de ne pouvoir échapper à des poursuites.
La police vient d’annoncer l’ouverture d’une enquête contre un chef traditionnel célèbre, soupçonné d’avoir violé une enfant de 14 ans.
D’autres personnalités influentes ont été accusées d’avoir commis des viols contre des mineurs, dont un responsable d’un gouvernement de district et un prêtre catholique. Les deux hommes comparaissent actuellement devant la justice.
Et les guérisseurs traditionnels se retrouvent également dans la ligne de mire de l’opinion publique. Ils sont accusés d’avoir propagé un mythe selon lequel des relations sexuelles avec des jeunes vierges peuvent guérir les porteurs du VIH.
«Nous sommes en train d’éduquer nos membres et de leur faire comprendre qu’ils ne doivent pas induire les gens en erreur en leur faisant croire qu’il existe un remède contre le VIH/sida», a déclaré récemment Rodwell Vongo, le président des guérisseurs traditionnels de Zambie. Il a cependant affirmé que les guérisseurs traditionnels ne disaient pas à leurs clients de violer des jeunes filles.


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