| Le nombre de jeunes filles
violées par des hommes croyant qu’avoir des relations sexuelles
avec des mineures pourrait les guérir du VIH/sida est en augmentation
en Zambie, où la police enregistre presque tous les jours un cas
de viol contre un mineur, et une de ces victimes sur cinq se retrouve
contaminée par le VIH, le virus du sida. Une situation qui «devient
insoutenable», selon une porte-parole de la police, Brenda
Muntemba.
La police a été saisie de plus de 200 cas de viols perpétrés
sur des mineurs au second trimestre 2003 et la plupart des criminels font
actuellement l’objet de poursuites. Mais ces chiffres pourraient
être encore plus élevés.
«Pour chaque cas (de viol) connu, il y a (probablement) dix autres
cas dont nous n’avons pas connaissance», estime pour sa part
le docteur George Mangwende, praticien travaillant dans
le privé qui a soigné des jeunes filles violées et
contaminées par le virus.
Le viol des enfants est devenu une préoccupation majeure en Zambie
après la mort en septembre de Nyarai Seke, onze
ans, qui a succombé à différentes maladies sexuellement
transmissibles après avoir été violée par
son demi-frère.
Nyarai Seke est devenue le symbole des souffrances de nombreuses jeunes
filles en Zambie et sa vie brisée a fait la Une de la presse durant
les deux dernières semaines.
Emu par son histoire, l’ex-président zambien Kenneth
Kaunda s’est engagé à combattre fermement
les crimes sexuels commis contre des jeunes filles. «Les violeurs
doivent être punis. Nous ne pouvons tolérer un tel comportement»,
avait déclaré M. Kaunda après avoir visité
Seke à l’hôpital, un jour avant qu’elle ne décède.
Le demi-frère de Seke, lui, a été arrêté
depuis et inculpé de meurtre et de viols contre mineurs.
C’est la première fois en Zambie qu’une personne est
accusée de meurtre pour avoir infecté quelqu’un avec
une maladie mortelle. Et la volonté affichée par M. Kaunda
de combattre ce type de crimes a catalysé d’autres volontés.
Une juriste réputée de l’opposition, Edith
Nawakwin, s’est récemment engagée à
déposer une motion devant le Parlement visant la promulgation d’une
loi sévère à l’encontre de ceux qui se sont
rendus coupables de viols contre des mineurs.
Des voix se sont également élevées parmi des membres
de la société civile, et certains ont réclamé
des mesures radicales contre des violeurs d’enfants allant jusqu’à
leur castration.
Joyce Nonde, qui préside la
Fédération des syndicats libres de Zambie (FFTUZ),
a organisé une marche au cours de laquelle une pétition
réclamant des sanctions plus sévères contre des violeurs
sera signée avant d’être transmise au gouvernement.
Cette mobilisation publique vise également à punir des personnalités
connues, qui redoutent désormais de ne pouvoir échapper
à des poursuites.
La police vient d’annoncer l’ouverture d’une enquête
contre un chef traditionnel célèbre, soupçonné
d’avoir violé une enfant de 14 ans.
D’autres personnalités influentes ont été accusées
d’avoir commis des viols contre des mineurs, dont un responsable
d’un gouvernement de district et un prêtre catholique. Les
deux hommes comparaissent actuellement devant la justice.
Et les guérisseurs traditionnels se retrouvent également
dans la ligne de mire de l’opinion publique. Ils sont accusés
d’avoir propagé un mythe selon lequel des relations sexuelles
avec des jeunes vierges peuvent guérir les porteurs du VIH.
«Nous sommes en train d’éduquer nos membres et de leur
faire comprendre qu’ils ne doivent pas induire les gens en erreur
en leur faisant croire qu’il existe un remède contre le VIH/sida»,
a déclaré récemment Rodwell Vongo,
le président des guérisseurs traditionnels de Zambie. Il
a cependant affirmé que les guérisseurs traditionnels ne
disaient pas à leurs clients de violer des jeunes filles. |