Zambie


Turbulences à tous les étages

Bien qu'il ait pour l'instant renoncé à se présenter
pour un troisième mandat à la présidence,
Frederick Chiluba ne parvient pas à calmer le jeu

Tous les rassemblements politiques sont interdits

La première "victime" de l'interdiction de tout rassemblement aura été þ l'épouse du président, Mme Vera Chiluba, qui a été empêché de distribuer des vivres aux "pauvres" de la province du Copperbelt (nord de Lusaka). Des policiers armés ont en effet dispersé pendant le week-end du 10 juin des centaines de pauvres qui s'étaient réunis pour participer à ce rassemblement, alors que la police n'était pas au courant que cette manifestation était organisée par l'épouse du président.
Ignorance ou acte volontaire ? Mme Chiluba, qui avait organisé ce rassemblement sous les auspices de son organisation charitable Hope Foundation, devait faire à cette occasion sa première réapparition en public depuis sa séparation avec son époux, le président Frederick Chiluba, en septembre dernier.
Il y a deux mois, des jeunes du Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD - au pouvoir) avaient manifesté au domicile de Mme Chiluba en l'insultant après qu'un journal eut rapporté qu'elle faisait campagne contre un troisième mandat du président Chiluba.
Le 6 mai, M. Chiluba a officiellement renoncé à briguer un troisième mandat présidentiel, se conformant ainsi à la Constitution. Mais en dépit de ses déclarations, début juin, deux organisations ont publié des publicités dans plusieurs journaux pour lui demander d'être à nouveau candidat.
La plupart des analystes estiment que ces publicités de l'Organisation nationale pour l'éducation civique et de l'Equipe de suivi de l'indépendance de la Zambie ont été publiées à la suite de l'intervention de M. Chiluba et de ses fidèles.
Par ailleurs, M. Chiluba a également déclaré qu'il soutenait la position de son parti selon laquelle la modification de la constitution devrait faire l'objet d'un référendum national. C'est sans doute par ce biais qu'il va tenter de faire modifier la constitution pour pouvoir se présenter à la présidentielle.
Officiellement, la police zambienne a interdit tous les rassemblements et manifestations politiques depuis le 7 juin, afin d'assurer la tranquillité dans le pays à l'occasion de l'éclipse de soleil du 21 juin qui doit attirer 10.000 touristes en Zambie et du sommet de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) qui aura lieu du 9 au 11 juillet à Lusaka.
Les rassemblement et manifestations sont donc interdits du 15 au 26 juin, puis du 2 au 10 juillet. Les syndicats zambiens ont menacé récemment de bloquer le sommet de l'OUA si les autorités n'acceptent pas d'accorder 100% d'augmentation de salaire aux fonctionnaires en grève. Certains partis d'opposition avaient également prévu de manifester prochainement contre le régime du président Frederick Chiluba.

Crise aiguë au sein du parti présidentiel
L'ancien vice-président, Christon Tembo, prend la tête d'un nouveau parti

L'intention de Frederick Chiluba de postuler pour un troisième mandat présidentiel a provoqué un véritable séisme au sein de son parti, le Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD). L'ancien vice-président, Christon Tembo, a purement démissionné du MMD et du Parlement afin de pouvoir se consacrer pleinement à un nouveau parti, le Forum pour la démocratie et le développement (FDD, né d'une scission du MMD) et concentrer ses activités sur ce parti dont il est vice-président.
M. Tembo a demandé d'autre part au président du Parlement de convoquer une session d'urgence du parlement pour que les députés puissent commencer le processus de destitution du président zambien Frederick Chiluba. 22 dissidents exclus du MMD dont M. Tembo, avaient déposé le 2 mai une motion au Parlement en vue de la destitution du président Chiluba pour violation de la Constitution. 65 députés sur 158 avaient approuvé cette motion.
Pour que le processus de destitution soit couronné de succès, 104 voix des 158 parlementaires sont nécessaires.
Les députés signataires entendent destituer le chef de l'Etat sur la base de sept violations de la Constitution: "Le président a fait preuve de mauvaise conduite grave en encourageant et récompensant des actes de banditisme, de gangstérisme et d'anarchie".
M. Chiluba est aussi accusé d'avoir versé des pots-de-vin à des membres du MMD et d'autres citoyens, d'avoir procédé à des écoutes téléphoniques, de détournement de fonds de l'Etat pour financer le congrès du MMD et d'ingérence dans la privatisation des mines de cuivre.
Le président du Parlement Amussa Mwanamwambwa a refusé de convoquer le Parlement d'urgence, arguant que l'affaire des dissidents du MDD n'était pas encore réglée devant les tribunaux. Deux affaires sont en cours devant la justice : contestation de l'exclusion du parti des 22 dissidents et contestation de la légalité du congrès du MMD du mois dernier. La Haute cour de Zambie a confirmé le 23 mai que le MMD ne pouvait pour le moment pas exclure les 22 dissidents qui s'étaient opposés à un éventuel troisième mandat du président Chiluba.
Les 22 dissidents avaient auparavant obtenu un ordre de justice provisoire interdisant au parti de les exclure avant que la justice n'ait tranché sur le fond, mais le congrès du MMD n'avait pas tenu compte de cette décision et les avait exclus.
Selon la loi, une personne exclue du parti perd son siège au Parlement. Ces 22 dissidents sont défendus par 42 avocats dont Christopher Mundia, qui préside l'Association des juristes de Zambie (LAZ).

Les dissidents du MDD dans le collimateur du pouvoir

Depuis cette crise ouverte, plusieurs personnalités politiques qui ont rejoint la fronde anti-Chiluba, sont confrontés à des événements plus ou moins obscures, quand ils ne sont pas menacé sen justice. Le député Ackson Sejani, initiateur de la motion de destitution contre Frederick Chiluba, a échappé le 26 mai à une embuscade tendue par des hommes armés non identifiés, a annoncé la police.
Ancien ministre de l'administration locale, Ackson Sejani arrivait à son domicile à bord de son véhicule lorsque des hommes armés non-identifiés ont commencé à tirer sur sa voiture. Les alliés de M. Sejani ont aussitôt dénoncé une tentative d'assassinat politique.
par ailleurs, l'ancienne ministre Edith Nawakwi, porte-parole de la dissidence, est, elle, inculpée de diffamation envers le président Frederick Chiluba à propos d'accusations de viol et de menaces de violences envers un éditeur de journal.
elle a été interrogé pendant cinq heures par la police, avant d'être inculpée. Selon la police, l'ancienne ministre a accusé le président Chiluba d'avoir demandé à des bandes de criminels de la violer.
Mme Nawakwi est également accusée d'avoir proféré des menaces de violences à l'encontre de l'éditeur du journal gouvernemental Zambia Daily Mail, Mme Mary Mbewe.
Selon Christon Tembo, l'action de la police marque le début d'une campagne de répression contre tous les dissidents du MMD. "Ce n'est que le début du bâillonnement. Nous serons bientôt tous arrêtés sous prétexte d'infractions futiles", a-t-il estimé.
Lui-même avait affirmé récemment que les services secrets zambiens tentaient de faire un coup monté à son encontre et d'autres dissidents pour les accuser de sabotage. Selon lui, ces services avaient prévu de perpétrer des attentats à la bombe et de leur en faire porter la responsabilité.

Trois (actuels) ministres soupçonnés du détournement de fonds publics

Le président de la Cour suprême, Mathew Ngulube, a décidé de nommer un tribunal pour enquêter sur trois ministres soupçonnés du détournement de 750.000 USD de derniers publics. Le ministre des Finances Katele Kalumba, le ministre du Travail Godden Mandandi et le ministre de l'Intérieur Peter Machungwa sont soupçonnés d'avoir détourné ces fonds publics pour organiser le mois dernier le congrès du Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD - au pouvoir). Des Zambiens avaient transmis une pétition au magistrat lui demandant d'enquêter sur ces faits.
"J'ai écrit au président (Chiluba) et au président (du Parlement) pour l'informer de mon intention de nommer un tribunal dès que les questions logistiques seront réglées et que ses membres seront sélectionnés", a écrit M. Ngulube dans une lettre aux auteurs de la pétition.
Le quotidien indépendant The Post avait publié des articles liant ce détournement de derniers public à l'organisation du congrès du MMD.
La commission anti-corruption (ACC) a également annoncé qu'elle enquêtait sur cette affaire de détournement en vue de financer un congrès politique. Le directeur de l'ACC Bradford Malumbe a confirmé que la commission enquêtait, mais s'est refusé à toute précision.
La loi zambienne permet au président de la Cour suprême de nommer un tribunal pour enquêter sur toute inconduite de ministres ou de députés si des Zambiens présentent une pétition motivée en ce sens.

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