
Héros de la
guerre d'indépendance du Zimbabwe (1972-79), le
président Robert Mugabe, à la
tête de son pays depuis 22 ans et
réélu mercredi à l'âge de 78
ans, est un homme souvent autoritaire qui avait
affiché sa volonté de rester au pouvoir
coûte que coûte.
Après l'indépendance en 1980, M. Mugabe
tend la main à la minorité blanche du pays,
tout en mettant en place une politique sociale qui va
bénéficier à la majorité
noire jusque là méprisée et
marginalisée.
Il développe une politique de santé et
d'éducation dont même ses adversaires
reconnaissent qu'elle a été exemplaire sur
le continent africain, et ouvre l'économie du pays
aux investissements étrangers qui vont en faire
l'une des plus performantes d'Afrique. M. Mugabe est alors loué par la
communauté internationale et l'ancienne puissance
coloniale britannique comme l'un des dirigeants africains
les plus brillants et les plus respectables de sa
génération.
Tout va basculer en février 2000 lorsque, pour
la première fois de sa carrière politique,
son pouvoir est sérieusement ébranlé
par le rejet par référendum d'un projet de
Constitution qui devait permettre l'expropriation de
fermiers blancs sans indemnisation. Après ce désaveu, il envoie des anciens
combattants occuper les fermes de la minorité
blanche où de nombreuses violences et
dégradations sont commises. La situation
économique du pays en est profondément
bouleversée et n'a cessé de se
dégrader depuis.
Viendra ensuite la campagne électorale pour
les législatives de juin 2000 qui, liée aux
occupations violentes des fermes, va faire 32 morts, en
grande partie des opposants et sympathisants du
Mouvement pour le changement démocratique
(MDC), parti nouvellement créé.
En dépit de ces violences, le MDC
créera la surprise en remportant près de la
moitié des sièges au Parlement.
Le pouvoir de M. Mugabe a été
secoué et depuis, les violences contre les
opposants et sur les fermes n'ont pas cessé,
encouragées par la mise en place en juillet 2000
d'une réforme agraire visant à redistribuer
à des Noirs sans terres la quasi-totalité
de celles appartenant aux Blancs.
L'ancien leader de la lutte de libération
avait appelé en décembre 2001 les militants
de son parti, l'Union nationale africaine du
Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF), à
mener la campagne de la présidentielle "comme une
guerre".
Depuis le 1er janvier 2002, 33 personnes ont
été tuées dans des violences
préélectorales, pour la plupart des
opposants, selon les défenseurs des droits de
l'Homme, 16 selon la police.
Inquiet par la montée en puissance de
Morgan Tsvangirai,
leader du MDC et son
principal adversaire lors du scrutin du 9 au 11 mars,
Robert Mugabe a également fait adopter une
série de lois répressives pour faire taire
au maximum l'opposition et limiter le droit des
électeurs et des journalistes.
Lors d'un récent meeting électoral, le
président sortant a estimé que sa politique
de la main tendue aux Blancs avait été "une
erreur".
Né le 21 février 1924 au nord-est de
Harare (alors appelée Salisbury), dans
l'ex-Rhodésie, alors colonie britannique, Robert
Mugabe a été éduqué par les
jésuites. Après divers séjours en
Rodhésie du nord (Zambie) et au Ghana, il retourne
en Rodhésie du sud (Zimbabwe) en 1960 où il
milite dans des mouvements noirs interdits par le
régime blanc.
Arrêté avec d'autres dirigeants, il
passe dix ans dans des camps et en prison. Il y consolide
sa position au sein de la ZANU dont il devient le
dirigeant à sa sortie de prison en 1974.
Il se rend alors au Mozambique d'où son
mouvement lance des attaques contre la Rhodésie
jusqu'à l'indépendance en 1980. Après la mort de sa première femme,
Sarah "Sally" Hayfron, rencontrée au Ghana, il
s'est remarié en 1996 avec sa jeune
secrétaire, Grace Mafufu. Pour un homme de son
âge, Robert Mugabe apparaît en excellente
forme et a mené sa campagne tambour battant,
grâce, dit-il a son hygiène de vie: un repas
par jour et une heure et demie "d'exercice" tous les
matins.
Afrique Express N° 246 du 14/03/2002