Morgan Tsvangirai,
ancien syndicaliste qui a réussi
à inquiéter M. Mugabe
Morgan Tsvangirai, qui
a rejeté le résultat de la
présidentielle, est un ancien syndicaliste qui a
réussi à s'imposer comme la seule
personnalité politique capable d'inquiéter
le président sortant, au pouvoir depuis 22 ans.
Cet ancien ouvrier du textile et contremaître
dans les mines, qui a fêté ses 50 ans le 10
mars, deuxième jour du scrutin
présidentiel, s'est lancé dans le
syndicalisme, devenant en 1988
secrétaire-général de la
puissante Confédération des syndicats du
Zimbabwe (ZCTU). Il a été emprisonné à
deux reprises. La première fois en 1989 pour avoir
qualifié "de manifestation de la répression
croissante de l'Etat" la fermeture de l'université
après des affrontements entre étudiants et
policiers. Il a alors été officiellement
accusé d'être "un espion sud-africain".
Trois ans plus tard, il est arrêté pour
avoir violé l'interdiction de manifester en
défilant contre les réformes
économiques et de nouvelles lois sociales
diminuant l'influence des syndicats.
En 1997, "il échappe à la mort quand un
groupe d'agresseurs inconnus pénètre dans
son bureau et tente de le défenestrer du
10ème étage", selon sa biographie
officielle.
Il a été interpellé plusieurs
fois avant l'élection, sous des prétextes
divers et, en février, il a été
accusé de "trahison" pour, selon les accusations
d'un ancien agent du Mossad "ami" du président
Mugabe, avoir "comploté" pour éliminer le
président.
En 1997 et 1998, il démontre sa
capacité de mobilisation en lançant une
série de grèves générales
contre le gouvernement.
Fort de sa popularité, il fonde fin 1999 un
nouveau parti politique, le Mouvement pour le
changement démocratique (MDC), dont il devient
le président.
En moins d'un an, ce parti, que le pouvoir accuse
d'être à la solde de la minorité
blanche du pays et de l'ancienne puissance coloniale
britannique, réussit à s'imposer comme la
première force d'opposition sérieuse au
régime du président Mugabe.
Lors des législatives de juin 2000, le MDC
remporte près de la moitié des
sièges au Parlement, en dépit d'une
violente campagne électorale au cours de laquelle
une trentaine de ses partisans ont été
assassinés.
Contrairement à la plupart des hommes
politiques du Zimbabwe, cet homme au visage rond,
excellent orateur, n'a pas participé à la
guerre d'indépendance contre la régime de
la minorité blanche (1972-79), ce que lui reproche
constamment le pouvoir.
Il a cependant été un temps membre et
responsable du parti présidentiel, l'Union
nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique
(ZANU-PF).
Né le 10 mars 1952, il est le fils
aîné d'un charpentier qui a eu neuf enfants.
En raison de la pauvreté de sa famille, il n'a pu
suivre de cours à l'université. Membre de
l'ethnie majoritaire shona, il ne fume pas et ne boit
pas. Il est marié et père de sept enfants. Certains l'ont comparé à l'ancien
président zambien Frederick Chiluba,
également un ancien syndicaliste qui avait
remporté la présidentielle de 1991,
chassant du pouvoir le père de
l'indépendance, Kenneth Kaunda, lors des
premières élections pluralistes de
l'histoire de la Zambie.
Afrique-express N° 246 du 14/03/2002
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