N° 224
du 28/02/2001

Cameroun


Durcissement à Harare:
presse, opposition et magistrats dans le collimateur

L'expulsion de deux journalistes étrangers (Joseph Winter, correspondant de la BBC, et Mercedes Sayagues, correspondante du journal sud-africain Mail and Guardian) après une longue série de critiques et de décisions contre la presse, l'opposition et les magistrats, témoigne du durcissement du régime avant l'élection présidentielle de 2002.
Le quotidien indépendant The Daily News, devenu la bête noire du régime, dont l'imprimerie a été la cible en janvier d'un attentat à la bombe, a estimé que le gouvernement veut "faire trembler" les gens avant la présidentielle de 2002. Les autorités préparent de nouvelles règles pour l'accréditation des journalistes étrangers qui pourraient lui donner l'occasion de se débarrasser de certains correspondants.
"Expulser des journalistes ne peut pas empêcher le monde de voir ce qui se passe au Zimbabwe", a réagi le secrétaire d'Etat au Foreign Office Brian Wilson.
Le pouvoir affirme que les médias indépendants soutiennent le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), premier parti d'opposition à avoir réussi une percée depuis l'indépendance en 1980 lors des législatives en juin 2000.
Le régime craint que le MDC transforme son essai lors de la présidentielle de 2002,. Les autorités lancent des attaques tous azimuts contre tous ceux qui sont susceptibles de lui faire perdre ce scrutin.
"Un soulèvement populaire ne peut être écarté parce qu'il y a un moment où le peuple en a assez", a déclaré Morgan Tsvangirai, chef du MDC, dans une interview publiée dans l'hebdomadaire indépendant The Standard.
M. Tsvangirai a comparu le 15 février devant un tribunal où il a été inculpé d'incitation à la violence. Le dirigeant du MDC, qui a démenti avoir tenu de tels propos, doit être jugé à partir du 30 avril. Plusieurs autres dirigeants ont été accusés d'incitation à la violence.
Les plus hauts magistrats du pays ont été menacés de violences par les anciens combattants, soutenus par le régime.
Le gouvernement a aussi lancé une offensive sans précédent contre les magistrats pour les faire démissionner ou partir à la retraite, en raison de décisions jugées partiales, notamment sur l'occupation des fermes appartenant à des Blancs ou sur les législatives.
Le président de la Cour suprême Anthony Gubbay a accepté, sous la pression, de prendre sa retraite un an avant la date normale, mais d'autres magistrats semblent résister.
Dernière répression en date, le 22 février, huit membres du MDC ont été arrêtés par la police à Victoria Falls (nord-ouest du Zimbabwe) pour incitation à la violence. Les huit personnes ont comparu devant un tribunal qui les a libérés sans avoir à verser de caution. Ils sont accusés d'incitation à la violence parce qu'ils ont brandi des cartons rougeslors d'un rassemblement public le 4 février. Le MDC distribue à ses partisans des cartons rouges, semblables à ceux utilisés par les arbitres pour exclure une joueur dans les matches de football, pour demander le départ du président Robert Mugabe et de son régime.

Le Commonwealth envoie une mission d'enquête

Conséquecne de ce climat, le Commonwealth a décidé d'envoyer une mission d'enquête au Zimbabwe où la situation "se détériore", a annoncé le ministre britannique des Affaires étrangères Robin Cook. Cette commission d'enquête rendra compte de ses résultats devant le groupe ministériel d'action du Commonwealth qui se réunira les 19 et 20 mars à Londres.
De son côté, le rapporteur spécial de l'ONU sur l'indépendance des juges et des avocats, M. Dato'Param Cumaraswamy, a de nouveau dénoncé les menaces à l'encontre des juges zimbabwéens et de leurs familles, exprimant sa préoccupation aux autorités. Le rapporteur spécial se réfère aux informations selon lesquelles des escadrons de vétérans de la guerre de libération ont menacé de s'en prendre aux juges qui refusent de démissionner.


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