- La Cour suprême
du Zimbabwe a effectué le 2 octobre une
spectaculaire volte-face en autorisant le pouvoir
à poursuivre sa réforme agraire
controversée, annulant ainsi deux de ses propres
arrêts qui avaient jugé cette réforme
illégale et anticonstitutionnelle.
- "Je crois que nous n'avons plus de justice
indépendante", a déclaré Adrian
de Bourbon, avocat du Syndicat des fermiers
commerciaux (CFU) qui regroupe essentiellement des
fermiers blancs, juste après avoir pris
connaissance de la décision de la Cour.
- Saisie par plusieurs ministres, dont celui
chargé de la Redistribution des terres et celui de
l'Intérieur, la Cour a rendu un arrêt
provisoire qui devrait être confirmé dans
les mois à venir, jugeant que la réforme
agraire du gouvernement mise en place l'an dernier
était parfaitement légale.
- Elle a, en conséquence, donné son feu
vert au pouvoir du président Robert Mugabe
pour continuer à acquérir des terres
appartenant à la minorité blanche du pays
et les redistribuer à des familles noires
démunies.
- Cette décision annule de facto deux
précédents arrêts de cette même
Cour, rendus en novembre et décembre 2000, qui
avaient jugé "illégale" et
"anticonstitutionnelle" la réforme agraire du
gouvernement.
- La Cour suprême avait dans le même temps
ordonné à la police d'évacuer les
fermes des Blancs occupées par des anciens
combattants de la guerre de libération nationale
et des partisans du pouvoir, et demandé au
gouvernement de mettre sur pied en six mois une
réforme agraire conforme à la
légalité.
Ce revirement s'explique par les importants
changements intervenus dans la composition de la Cour
suprême depuis ces deux jugements.
- Son ancien président blanc, Anthony
Gubbay, a été poussé à la
démission par le pouvoir en mars dernier et
remplacé par un Noir considéré comme
proche du gouvernement, Godfrey Chidyausiku.
- En outre, le président Mugabe a
désigné l'été dernier de
nouveaux juges à la Cour suprême dont
certains, selon le CFU, ont eux-mêmes
bénéficié de la réforme
agraire en recevant des terres de la part du
gouvernement.
- La décision de la Cour risque
d'accroître la tension toujours perceptible sur les
fermes occupées où des incidents continuent
à se produire régulièrement et jette
une ombre sur l'avenir d'un récent accord
passé le 6 septembre à Abuja entre la
Grande-Bretagne et le Zimbabwe.
- A Abuja, le gouvernement zimbabwéen s'est
engagé à mettre un terme aux occupations
illégales des fermes et à enrayer les
violences qui s'y produisent. En échange, Londres
a promis d'apporter au Zimbabwe une importante aide
financière destinée à compenser les
fermiers blancs expropriés, dont la plupart sont
des descendants de colons britanniques.
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