N° 238
du 31/10/2001

Zimbabwe


Pour sortir de la crise, Robert Mugabe
propose de rétablir le "socialisme"et tire un trait
sur les programmes d'ajustement "made in" FMI

Le Zimbabwe s'enfonce chaque jour un peu plus dans la crise, entraînant un durcissement de la politique du président Robert Mugabe qui veut rétablir "le socialisme" à l'approche de l'élection présidentielle de 2002.
La publication le 17 octobre du dernier taux d'inflation, qui en septembre a atteint le chiffre record de 86,3%, est venue confirmer les pires craintes des économistes indépendants, qui tablent sur un taux dépassant les 100% à la fin de l'année.
Face à cette hausse vertigineuse des prix qui affecte l'écrasante majorité des Zimbabwéens, dont 70% vivent en dessous du seuil de pauvreté et plus de 60% sont au chômage, le gouvernement est intervenu en rétablissant le contrôle sur les prix des produits de base: maïs, pain, sucre, huile, savon et lessive.
Cette mesure a provoqué un tollé dans le monde des affaires qui a fait planer la menace de fermetures d'entreprises.
Si des entreprises ferment, qu'importe, "l'Etat les reprendra, car de toute façon elles appartiennent à la nation", a affirmé en réponse le président Mugabe, ajoutant: "le socialisme que nous voulions (bâtir) pourra ainsi commencer à fonctionner".
Et le président de dénoncer "le sabotage" de l'économie organisée par la grande Bretagne et d'inciter les étrangers qui ont investi dans des entreprises zimbabwéennes à plier bagage.
 
Un trait est tiré sur les programmes d'ajustement "made in" FMI
 
Par ailleurs, le gouvernement zimbabwéen a décidé de ne plus appliquer le programme d'ajustement structurel négocié en 1991 avec le Fonds monétaire international (FMI) et réfléchit à une politique de substitution, a affirmé le 19 octobre le quotidien The Herald, citant des sources gouvernementales. "Il n'y a pas de raison pour que le Zimbabwe soit emprisonné par des politiques économiques qui n'ont pas marché dans d'autres pays", a écrit le quotidien, proche du gouvernement.
Le journal ajoutant: "la libéralisation économique n'a pas permis au secteur privé de tirer avantage des forces du marché et a conduit à la création d'une clique qui a profité de l'environnement libéralisé et s'est enrichie au lieu de faire des affaires honnêtes".
En conséquence, le gouvernement a demandé à un groupe d'experts comprenant des économistes, des industriels, des spécialistes de la finance et des banquiers, de lui soumettre un plan de nouvelle politique économique.
Selon les sources gouvernementales citées par le Herald, le noyau de cette nouvelle politique sera toujours la réforme agraire "accélérée" mise en place par le gouvernement à l'été 2000, dont l'objectif est de redistribuer à des familles noires pauvres la quasi-totalité des terres appartenant à la minorité blanche.
C'est "autour (de cette réforme) que l'économie devrait être rajeunie" grâce à une production agricole destinée à l'exportation vers "de nouveaux marchés alternatifs en Malaisie, Thaïlande, Chine, Libye, (île) Maurice etc." et "une consolidation des marchés existants", écrit le journal.
Parallèlement, la nouvelle politique économique sera marquée par des "grands travaux", construction de logements et d'infrastructures diverses, qui auront pour effet "la création d'emplois".
 
Le FMI a suspendu son aide au Zimbabwe en 1999 en raison de la lenteur prise dans l'application du programme d'ajustement structurel négocié 8 ans plus tôt et de la coûteuse intervention militaire du Zimbabwe en République démocratique du Congo (RDC).
D'autres institutions internationales et bailleurs de fonds ont suivi l'exemple du FMI, aggravant la crise économique au Zimbabwe : taux d'inflation de plus 86%, taux de chômage dépassant les 60%, pénuries alimentaires, manque de carburants et de devises étrangères et dette extérieure estimée à 4 milliards de dollars.
En mai 2001, le Zimbabwe a cessé de rembourser les prêts accordés par le FMI et, fin août, ses arriérés atteignaient 53 millions de dollars.
 
Perplexité syndicale
 
Toutes ces déclarations ont plongé dans la perplexité, la Confédération des syndicats du Zimbabwe (ZCTU), principal mouvement syndical du pays.
"N'importe quel travailleur dans le monde serait heureux d'entendre qu'on se dirige vers le socialisme", a déclaré à la presse Lovemore Matombo, président de la ZCTU, proche de l'opposition. "Mais si l'Union soviétique et les autres se sont écartés du socialisme et que nous voulons y retourner, nous allons avoir quelques problèmes", a-t-il ironisé.
Commentant la décision du gouvernement de réintroduire le contrôle des prix des produits de base pour contrer l'inflation galopante, M. Matombo a estimé qu'il s'agissait "d'une solution à court terme seulement", préconisant un mécanisme de subvention de ces produits.


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