N° 239
du 20/11/2001

Zimbabwe


Violences et arrestations
après le meurtre d'un ancien combattant

Des incidents ont eu lieu le 17 novembre à Harare entre opposants et partisans du pouvoir à l'occasion de l'arrivée dans la capitale de la dépouille du leader assassiné des anciens combattants de Bulawayo (sud-ouest).
Les affrontements à coups de pierres se sont produits dans le centre-ville et la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les militants de l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF, au pouvoir) et du Mouvement pour le changement démocratique (MDC, opposition).
 
Ces incidents ont éclaté peu après l'arrivée à Harare du cercueil de Cain Nkala, responsable des anciens combattants de la guerre d'indépendance pour la région de Bulawayo. M. Nkala avait été enlevé le 5 novembre et son corps a été retrouvé huit jours plus tard près de Bulawayo. Il a été étranglé avec un des lacets de ses chaussures, selon la police. Cain Nkala a été élevé au rang de "héros national", distinction réservée aux plus hautes personnalités zimbabwéennes ayant combattu pour la libération de leur pays.
 
Le gouvernement a accusé le MDC d'être responsable de sa mort, qui a provoqué aussi de violents incidents à Bulawayo et Kadoma (nord).
Le ministre zimbabwéen de l'Intérieur, John Nkomo, avait demandé à ses concitoyens de se tenir en état "d'alerte maximum" contre "les ennemis de l'intérieur et de l'extérieur qui feront tout pour déstabiliser" le pays.

Mugabe dénonce un complot de Londres

Prenant la balle au bond, le président Robert Mugabe a accusé à Harare l'ancienne puissance coloniale britannique d'avoir participé à un "complot terroriste" ayant conduit au meurtre de Cain Nkala.

Devant une foule de près de 10.000 personnes rassemblée au "cimetière des héros" à Harare où M. Nkala a été enterré aux côtés des personnalités tuées pendant la guerre d'indépendance, le président Mugabe a estimé que son enlèvement et son meurtre allaient "bien au-delà d'un simple cas criminel".
C'est "le résultat sanglant d'un complot terroriste soigneusement orchestré par des forces ennemies internes et externes", a-t-il déclaré, ajoutant que ce complot a été financé par "certains fermiers commerciaux", les fermiers blancs du Zimbabwe, "des organisations de la région", mais aussi par "la Fondation Westminster" de Londres, qui reçoit "de l'argent sale" des "partis travailliste, conservateur et libéral" de Grande-Bretagne et "du gouvernement de Tony Blair".
La Fondation Westminster, organisation britannique de défense des droits de l'Homme, est régulièrement montrée du doigt par le pouvoir zimbabwéen qui l'accuse de soutenir le MDC.
Il a appelé le MDC "à s'écarter de la violence et du terrorisme", sinon, a-t-il menacé, "ses jours sont comptés".
M. Mugabe a également demandé aux militants de son parti, la ZANU-PF, de "ne pas se laisser submerger par l'émotion", les exhortant à "rester unis" et à ne pas "emprunter eux-mêmes la voie du terrorisme en s'attaquant sauvagement aux gens".

Des arrestations

Quinze militants du MDC, dont un député, ont été arrêtés en relation avec le meurtre. Parmi eux, Fletcher Dulini Ncube, élu de la circonscription de Lobengula-Magwegwe, près de Bulawayo. Ce parti a nié toute implication dans la mort de M. Nkala. Son président, Morgan Tsvangirai, a accusé le pouvoir d'exploiter ce crime pour "exécuter" toute opposition avant la présidentielle de 2002.

De son côté, l'hebdomadaire privé The Standard, a accusé, en citant des proches de Cain Nkala non identifiés, les anciens combattants de l'avoir tué en raison de dissensions internes.


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