N° 241
du 17/12/2001

Zimbabwe


Congrès de la ZANU-PF
Robert Mugabe va mener sa campagne comme une "guerre"

Robert Mugabe, désigné candidat du parti au pouvoir pour la présidentielle de mars 2002, entend mener sa campagne comme "une guerre", et a demandé à ses partisans de se transformer en "soldats".
Contrairement aux législatives de juin 2000, l'élection présidentielle "est une guerre totale", a lancé M. Mugabe à près de 8.000 militants enthousiastes, dans un discours clôturant le congrès annuel de son parti, l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF), le 15/12/2001, à Victoria Falls.
"Là où nous allons, ce ne sont pas les élections législatives de juin 2000, qui étaient comme un match de football dont j'étais le buteur central", a-t-il dit, ajoutant: "vous devez tous vous transformer en soldats de la ZANU-PF".
L'ancien leader de la guerre de libération de l'ex-Rodhésie britannique, a aussi annoncé la création d'un "centre de commandement" pendant la campagne électorale. "Quand le temps viendra de tirer la balle, le bulletin de vote, la trajectoire du fusil doit être la bonne", a-t-il dit.
En dépit de ce langage guerrier, destiné à assurer une mobilisation maximale des militants de la ZANU-PF, Robert Mugabe, au pouvoir depuis l'indépendance en 1980 et âgé de 77 ans, est apparu fatigué, restant pratiquement immobile, lui qui a l'habitude d'appuyer ses phrases les plus percutantes par d'amples mouvements des bras où un poing levé. Huit jours plus tôt, il s'était rendu à Barcelone en Espagne, pour subir des examens médicaux.
 
Un ton modéré vis à vis de ses opposants et de quelques pays européens
 
Le président s'est abstenu de toute attaque directe contre Morgan Tsvangirai ou contre "l'empire britannique", généralement accusé de soutenir ce parti et d'être à l'origine de tous les maux du Zimbabwe.
Dans son discours prononcé à l'ouverture du congrès, le chef de l'Etat avait également fait preuve d'une certaine modération, évitant de qualifier ses opposants de "terroristes", comme il le faisait auparavant, et exprimant sa "reconnaissance" pour "l'amitié" portée au Zimbabwe par trois pays européens, l'Espagne, l'Italie et la France.
Plusieurs journalistes zimbabwéens considérés comme proches de l'opposition n'ont pas pu obtenir d'accréditation pour couvrir ce congrès. En arrivant, les correspondants de la télévision britannique ITN, des hebdomadaires privés The Financial Gazette et The Independent ont dû rebrousser chemin, leur tentative d'obtenir une accréditation ayant échoué.
 
La terre sera au centre de la campagne électorale de la ZANU-PF
 
La question de la terre au Zimbabwe sera au centre de la campagne présidentielle du chef de l'Etat, Robert Mugabe.
A la veille de l'ouverture officielle du congrès de la ZANU-PF, les membres du comité central du parti au pouvoir se sont réunis, sous la présidence de M. Mugabe, à "Vic Falls" pour endosser les grandes lignes de son programme, contenues dans un manifeste intitulé: "Nos réussites et nos défis, la terre pour le renforcement du pouvoir économique".
"Seule la ZANU-PF comprend que la terre est l'économie et que l'économie est la terre, et seule la ZANU-PF peut traduire cette compréhension dans (l'action) politique, la pratique et la réalité", affirme le manifeste.
Il ajoute "que le fait qu'une minorité politique" (les Blancs) continue à détenir les terres "est devenu une menace pour la paix, la stabilité et la légalité" au Zimbabwe. "Si cette menace n'est pas traitée de manière révolutionnaire, les revers temporaires actuels de notre économie s'aggraveront, risquant d'être permanents", affirme le manifeste.
Ce programme confirme que la réforme agraire, mise en place à l'été 2000 pour redistribuer à des centaines de milliers de Noirs sans terres celles appartenant à la minorité blanche du pays (soit quelque 10 millions d'hectares), sera l'instrument essentiel utilisé par le pouvoir pour tenter de faire gagner son candidat à la présidentielle de mars 2002.
Selon le manifeste, entre le 15 juillet 2000 et le 12 novembre 2001, l'Etat a déjà acquis près de 6 millions d'hectares de terres, sur lesquelles ont été installées plus de 200.000 familles.
Cette réforme agraire a été accompagnée par des occupations violentes de fermes appartenant aux Blancs, menées par d'anciens combattants de la guerre d'indépendance et des partisans du pouvoir, ainsi que par d'innombrables agressions contre les opposants. Selon le Forum pour les droits de l'Homme du Zimbabwe, 32 ont été tués entre janvier et octobre 2001.
 
Début décembre, la Cour suprême du Zimbabwe a jugé définitivement légale la réforme agraire, confirmant ainsi un premier arrêt provisoire rendu le 2 octobre. En jugeant légale et conforme à la Constitution la réforme agraire, la Cour annule de facto deux précédents arrêts de cette même Cour, rendus en novembre et décembre 2000, qui avaient jugé "illégale" et "anticonstitutionnelle" cette réforme.
La Cour a également estimé que la légalité était respectée sur les fermes occupées depuis 22 mois par des anciens combattants.


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