N° 243
du 18/01/2002

Zimbabwe


Les promesses de Mugabe devant la SADC

La Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) s'est félicitée des "assurances" du président Robert Mugabe à organiser la prochaine élection présidentielle de façon "libre et équitable", indique la déclaration finale du sommet de l'organisation qui s'est tenu le 14 janvier à Blantyre. La SADC a noté avec satisfaction l'engagement pris par M. Mugabe "d'accréditer et enregistrer des agents électoraux indépendants", à temps pour la présidentielle, d'inviter "de nombreux observateurs internationaux" et d'autoriser "des journalistes nationaux et internationaux à couvrir" cette élection "sur la base de ses lois et règlements".
La SADC s'est aussi félicitée des "actions que va prendre le Zimbabwe" pour "le respect total des droits de l'Homme, y compris le droit à la liberté d'opinion, d'association et de rassemblement pacifique pour tous" et de son engagement à respecter "l'indépendance de la justice et l'Etat de droit".
La SADC prend pour argent comptant les engagements de M. Mugabe, alors que la répression contre l'opposition s'accentue. Après le discours d'ouverture du sommet au cours duquel le président en exercice de la SADC, le chef de l'Etat du Malawi Bakili Muluzi, avait appelé à la tenue d'une élection "pacifique, libre, équitable et transparente" au Zimbabwe, on aurait pu croire que la déclaration finale soit plus musclée à l'égard du régime de Mugabe.
La seule note critique concerne la récente prise de position des forces de sécurité du Zimbabwe (armée et police), dont les plus hauts dirigeants ont apporté leur soutien total à Mugabe, laissant ainsi entendre qu'ils n'accepteraient pas une victoire de l'opposant Morgan Tsvangirai.
La SADC a exprimé sa "sérieuse préoccupation" concernant cette prise de position. "Les déclarations politiques ne sont pas faites par les militaires, mais par les dirigeants politiques", note le texte.
 
Une position bien trop timorée pour la COSATU
 
La grande confédération syndicale d'Afrique du Sud, la COSATU, a dénoncé dès le lendemain du sommet de Blantyre la faiblesse des dirigeants d'Afrique australe à l'égard du Zimbabwe, estimant que les dernières promesses de Robert Mugabe s'avéreront aussi vaines que les précédentes. "Mugabe a donné de telles assurances par le passé et les a complètement ignorées", a indiqué la COSATU dans un communiqué, en référence à des engagements du président zimbabwéen à Abuja en juin, ou lors d'autres réunions de la SADC fin 2001.
En fait les mesures prises depuis visent à "rendre impossible à l'opposition de faire campagne et garantir la réélection de Mugabe (...) elles vont dans le sens contraire" des promesses de Mugabe, a rappelé la COSATU.
"Les dirigeants de la SADC auraient dû délivrer un ultimatum à Mugabe, le menaçant d'expulsion de l'organisation" s'il n'instaurait pas "une commission électorale indépendante, avec observateurs indépendants", et ne retirait pas les "législations draconiennes" qui sont à l'examen, a estimé encore la COSATU. "L'échec des dirigeants de la SADC à prendre des mesures plus décisives pour un réel changement de politique de Mugabe, est un coup grave porté à l'idée de Renaissance africaine, au Nouveau Partenariat pour un développement de l'Afrique, et à l'Union Africaine", qui s'appuient sur démocratie, droits de l'Homme et bonne gouvernance, conclut le syndicat sud-africain.


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