- Sanctionné par
les pays occidentaux pour dérive autoritaire, le
président zimbabwéen Robert Mugabe a
fêté le 21 février
discrètement ses 78 ans, quinze jours avant une
élection présidentielle qui
représente le plus grand défi de sa
carrière politique après 22 ans de pouvoir.
- La présidentielle l'opposera les 9 et 10 mars
au leader de l'opposition, Morgan Tsvangirai.
- Pour célébrer cet anniversaire, le
quotidien gouvernemental The Herald a publié un
supplément spécial de 16 pages
retraçant la vie et la carrière du chef de
l'Etat, ainsi que ses "22 ans de succès" depuis
l'indépendance de la Grande-Bretagne en 1980.
- Toutes les grandes entreprises du pays, et même
la municipalité de Bulwayo (sud-ouest),
deuxième ville du Zimbabwe pourtant dirigée
par l'opposition, ont payé des encarts dans ce
supplément pour féliciter le
président.
- Ce moment de détente est intervenu trois jours
seulement après l'imposition de sanctions de
l'Union européenne (UE) contre lui et 19 de ses
proches, accusés de porter continuellement
atteinte aux droits de l'Homme et de vouloir
empêcher la tenue d'un scrutin présidentiel
libre.
- Ces "sanctions ciblées" interdisent aux
dirigeants zimbabwéens de se rendre dans les
quinze pays membres de l'UE où leurs avoirs ont
été gelés. Les Etats-Unis ont pris
des sanctions similaires.
- La cible favorite de Robert Mugabe en cette fin de
campagne électorale reste la Grande-Bretagne,
ancienne puissance coloniale, et son Premier ministre
Tony Blair, accusés de soutenir l'opposition et de
vouloir rétablir à Harare un régime
néo-colonial.
- "Blair peut bêler, il peut pleurer, je vous
promets que je ne ferai pas marche arrière. Il
peut faire tout ce qu'il veut, il peut piquer des
colères, mais je ne bougerai pas. Le gouvernement
ne bougera pas", n'a eu de cesse de répéter
le chef de l'Etat.
- L'élection qui approche, avec une campagne
marquée par de nombreux actes de violences commis
par ses partisans et l'adoption de législations
répressives visant à faire taire au maximum
les critiques, est la plus difficile qu'ait jamais eue
à affronter Robert Mugabe depuis 22 ans.
- Le parti de Morgan Tsvangirai, le Mouvement pour
le changement démocratique (MDC), a eu depuis
sa création en 1999 une ascension fulgurante,
réussissant à gagner près de la
moitié des sièges au Parlement lors des
législatives de juin 2001, en dépit d'une
campagne meurtrière pour ses militants.
- Les Zimbabwéens sont, dans leur
écrasante majorité, victimes de la crise
économique sans précédent que
traverse le pays, caractérisée par un taux
d'inflation de 116,7% en janvier, un taux de
chômage de plus de 60% et de graves pénuries
alimentaires et de devises étrangères.
- Les deux sondages publiés avant
l'élection - l'un en novembre 2001, l'autre
à la mi-février- donnaient vainqueur Morgan
Tsvangirai, exprimant ainsi l'apparent besoin de
changement d'une population dont près de 80% vit
en dessous du seuil de pauvreté.
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