N° 245
du 28/02/2002

Zimbabwe


Election présidentielle
Le président Robert Mugabe fête ses 78 ans
avant un scrutin à haut risque

Sanctionné par les pays occidentaux pour dérive autoritaire, le président zimbabwéen Robert Mugabe a fêté le 21 février discrètement ses 78 ans, quinze jours avant une élection présidentielle qui représente le plus grand défi de sa carrière politique après 22 ans de pouvoir.
La présidentielle l'opposera les 9 et 10 mars au leader de l'opposition, Morgan Tsvangirai.
Pour célébrer cet anniversaire, le quotidien gouvernemental The Herald a publié un supplément spécial de 16 pages retraçant la vie et la carrière du chef de l'Etat, ainsi que ses "22 ans de succès" depuis l'indépendance de la Grande-Bretagne en 1980.
Toutes les grandes entreprises du pays, et même la municipalité de Bulwayo (sud-ouest), deuxième ville du Zimbabwe pourtant dirigée par l'opposition, ont payé des encarts dans ce supplément pour féliciter le président.
Ce moment de détente est intervenu trois jours seulement après l'imposition de sanctions de l'Union européenne (UE) contre lui et 19 de ses proches, accusés de porter continuellement atteinte aux droits de l'Homme et de vouloir empêcher la tenue d'un scrutin présidentiel libre.
Ces "sanctions ciblées" interdisent aux dirigeants zimbabwéens de se rendre dans les quinze pays membres de l'UE où leurs avoirs ont été gelés. Les Etats-Unis ont pris des sanctions similaires.
La cible favorite de Robert Mugabe en cette fin de campagne électorale reste la Grande-Bretagne, ancienne puissance coloniale, et son Premier ministre Tony Blair, accusés de soutenir l'opposition et de vouloir rétablir à Harare un régime néo-colonial.
"Blair peut bêler, il peut pleurer, je vous promets que je ne ferai pas marche arrière. Il peut faire tout ce qu'il veut, il peut piquer des colères, mais je ne bougerai pas. Le gouvernement ne bougera pas", n'a eu de cesse de répéter le chef de l'Etat.
L'élection qui approche, avec une campagne marquée par de nombreux actes de violences commis par ses partisans et l'adoption de législations répressives visant à faire taire au maximum les critiques, est la plus difficile qu'ait jamais eue à affronter Robert Mugabe depuis 22 ans.
Le parti de Morgan Tsvangirai, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a eu depuis sa création en 1999 une ascension fulgurante, réussissant à gagner près de la moitié des sièges au Parlement lors des législatives de juin 2001, en dépit d'une campagne meurtrière pour ses militants.
Les Zimbabwéens sont, dans leur écrasante majorité, victimes de la crise économique sans précédent que traverse le pays, caractérisée par un taux d'inflation de 116,7% en janvier, un taux de chômage de plus de 60% et de graves pénuries alimentaires et de devises étrangères.
Les deux sondages publiés avant l'élection - l'un en novembre 2001, l'autre à la mi-février- donnaient vainqueur Morgan Tsvangirai, exprimant ainsi l'apparent besoin de changement d'une population dont près de 80% vit en dessous du seuil de pauvreté.


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