N° 246
du 14/03/2002

Zimbabwe


Mugabe remporte l'élection présidentielle
Une partie de la communauté internationale
rejette cette élection

Le président sortant Robert Mugabe a été réélu à la tête de l'Etat zimbabwéen pour six ans, face au chef de l'opposition Morgan Tsvangirai avec 56,2% des voix contre 41,9% à M. Tsvangirai, a annoncé le 10 mars le responsable de l'organisation de l'élection, Tobaiwa Mudede. Il a obtenu 1.685.212 de voix contre 1.258.401 à M. Tsvangirai.
Robert Mugabe, au pouvoir depuis 22 ans, avait fait campagne sur la poursuite de sa réforme agraire controversée et avait fait passer une série de lois répressives et de décrets de dernière minute modifiant la loi électorale. Morgan Tsvangirai, a rejeté le résultat d'un scrutin également contesté par les pays occidentaux qui affirment qu'il a été frauduleux, mais entériné par les Africains.
Trois autres candidats marginaux totalisent 54.145 voix, soit 1,9% des voix.
Morgan Tsvangirai, président du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a rejeté ce résultat en dénonçant des fraudes massives, commises, selon lui, au cours de l'élection, qui s'est tenue du 9 au 11 mars. Les pays occidentaux ont dénoncé les intimidations et les violences qui avaient précédé ce scrutin, ainsi que les irrégularités commises pendant. L'OUA, l'Afrique du sud et les pays voisins du Zimbabwe ont en revanche entériné la victoire de M. Mugabe.
 
Mugabe réélu président en force
 
"Le peuple du Zimbabwe sait que les résultats de cette élection annoncée par l'organisateur du scrutin ne reflète pas la volonté de la population. Le MDC ne les accepte donc pas". C'est en ces termes que le principal adversaire du président Robert Mugabe, Morgan Tsvangirai, président du MDC, a commenté l'élection présidentielle qui s'est déroulée du 9 au 11 mars.
Le MDC accuse le pouvoir d'avoir freiné le vote dans les zones urbaines favorables à l'opposition en réduisant le nombre des bureaux de vote qui ont en revanche été multipliés dans les campagnes, soutenant traditionnellement M. Mugabe.
Ce scrutin a occasionné de nouvelles violences qui ont fait 33 morts, dont une majorité d'opposants, depuis le 1er janvier.
Des observateurs zimbabwéens ont dénoncé en vrac, bourrage d'urnes, intimidations et agressions contre des agents électoraux du MDC, augmentation inexpliquée du nombre de votants et de la participation dans les campagnes, et diminution du nombre des bureaux de vote dans les grands villes, généralement acquises au MDC.
Peu avant l'annonce officielle des résultats, une centaine de soldats armés ont encerclé les locaux du MDC à Bulawayo (sud-ouest), la deuxième ville du pays, dirigée par le parti d'opposition.
Dès l'annonce de la victoire de Mugabe, des groupes de ses partisans ont sillonné triomphants, dans leur camionnette, aux quatre coins de la capitale, promenant un cercueil symbolisant "la mort" politique de M. Tsvangirai.
Aucune manifestation des opposants, abasourdis par la défaite de leur leader, n'a été constatée. Il leur était de toute façon difficile de se rassembler, les forces de défense et de sécurité ayant été placées en état d'alerte maximale.
Grâce à une nouvelle loi sur la sécurité, promulguée en janvier, une bonne partie des meetings du MDC ont été annulés et ce parti n'a pratiquement pas eu accès à la radio-télévision d'Etat, la ZBC.
L'opposant a en outre été accusé pendant la campagne de "trahison" pour un présumé "complot" visant à assassiner le chef de l'Etat. Le secrétaire général du MDC, Welshman Ncube, arrêté lundi 11 mars dans le sud-ouest du pays près de la frontière avec le Botswana, a été formellement inculpé de "trahison" par un tribunal d'Harare. Il est accusé d'avoir cherché a fuir le pays .
 
Soutiens africains, critiques occidentales

Les pays occidentaux, ancienne puissance coloniale britannique et Etats-Unis en tête, ont estimé que cette élection n'avait été ni libre, ni juste et que la victoire de M. Mugabe avait été obtenue après une campagne électorale marquée par la violence et les intimidations.

M. Mugabe "n'a pas de légitimité démocratique", selon Washington qui a évoqué un élargissement des sanctions internationales.
La Nouvelle-Zélande a indiqué qu'elle allait très probablement prendre des sanctions contre le Zimbabwe après ces élections qualifiées "d'inéquitables" par Wellington.
La France a considéré que l'élection ne peut être considérée comme "libre et juste".
 
Les observateurs de l'OUA estiment en revanche que l'élection a été "transparente, crédible et juste". Les observateurs d'Afrique du sud ont quant à eux estimé que l'élection était "légitime", et le président Thabo Mbeki a assuré que son pays aiderait le Zimbabwe, quel que soit son président.
La délégation des Etats de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) a estimé que le résultat "reflète vraiment la volonté du peuple du Zimbabwe". Des parlementaires de la SADC ont cependant affirmé que l'élection ne correspondait pas "aux règles" de cette organisation.
La Tanzanie et le Kenya ont reconnu l'élection, la Namibie a félicité Robert Mugabe pour sa réélection, affirmant que les Zimbabwéens avaient "parlé d'une voix sans équivoque", selon un communiqué du gouvernement.


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