N° 248
du 18/04/2002

Zimbabwe


L'opposition tente désespérément d'obtenir une nouvelle
présidentielle tout en nouant le dialogue avec le pouvoir

Devant la justice et par le biais de pourparlers avec le pouvoir, l'opposition zimbabwéenne tente tout, sans illusion, pour obtenir l'annulation de l'élection présidentielle remportée en mars dans des conditions contestées par le président Robert Mugabe.
Le principal parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a déposé devant la Haute cour de justice un recours en annulation de l'élection présidentielle qui s'est tenue du 9 au 11 mars et dont il conteste les résultats.
Son président, Morgan Tsvangirai, candidat malheureux face à Robert Mugabe qui l'a battu par 56,2% des voix contre 41,9%, a affirmé que le MDC disposait d'une "montagne de preuves accablantes" démontrant que cette élection lui a été "volée" par le pouvoir.
Le MDC dénonce la campagne de violence contre ses militants, dont une quarantaine ont été tués depuis le début de l'année, et les fraudes massives - bourrage d'urnes, manipulation des chiffres, électeurs fantômes - ayant permis à M. Mugabe d'être réélu après 22 ans de pouvoir.
L'examen du dossier par la Haute cour de justice prendra plusieurs mois, selon un des avocats du MDC.
 
Parallèlement à son recours en justice, le MDC a accepté, sous la pression de l'Afrique du Sud et du Nigeria inquiets de la dégradation de la situation au Zimbabwe, d'entamer des discussions avec le parti au pouvoir, l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF).
Pour le parti d'opposition, l'objectif de ces pourparlers est clairement affiché: obtenir le retour à la "légitimité" dans le pays par l'organisation d'une nouvelle élection présidentielle "libre et équitable", supervisée par la communauté internationale.
Dans les deux cas, le MDC est parfaitement conscient de n'avoir que de faibles chances de l'emporter.
Plusieurs membres de la Haute cour de justice, ainsi que de la Cour suprême, jugés trop indépendants, ont été remplacés par des hommes considérés comme plus proches du pouvoir.
Sur le front des pourparlers, qui après deux premières rencontres les 8 et 10 avril reprendront le 13 mai, l'exigence de nouvelles élections a déjà été à plusieurs reprises catégoriquement rejetée par le pouvoir.
"Nous disons que le MDC doit accepter la légitimité de l'élection. Nous sommes le gouvernement, nous sommes le parti au pouvoir et cette position est irréversible et non négociable", a dit Patrick Chinamasa, ministre de la Justice et chef de la délégation ZANU-PF aux pourparlers.
Bien qu'utilisant tous les moyens légaux à sa disposition pour tenter d'obtenir gain de cause, le MDC de M. Tsvangirai semble dans une impasse.
Car le pouvoir, tout en jouant le jeu de la négociation, a dans le même temps accru sa pression à l'encontre de ses opposants depuis l'élection.
Les représailles contre ceux qui ont voté Tsvangirai ont fait dix morts en un mois, et les différentes manifestations de protestation contre la réélection de M. Mugabe, organisées par des organisations proches du MDC, se sont soldées par un échec et ont été brutalement réprimées.
 
Malgré ce contexte peu propice à une ouverture politique, les deux parties -pouvoir et opposition - ont réussi à s'entendre sur des thèmes de travail qui seront discutés à partir du 13 mai. Selon un communiqué conjoint, les sujets retenus sont les suivants: légitimité de l'élection (présidentielle) et du gouvernement, souveraineté du Zimbabwe, multipartisme au Zimbabwe, mesures pour bâtir la confiance, violence politique, constitution et lois zimbabwéennes.
Dans le domaine économique, le thème central sera la réforme agraire. L'objectif sera de tenter de trouver un consensus sur une réforme.
La seconde phase du dialogue qui s'achèvera le 18 mai sera suive d'une troisième et dernière phase à une date encore à préciser. Elle aura pour but "de reconsidérer les points cruciaux sur lesquels un consensus n'aura pas été atteint", selon le communiqué.
Les pourparlers pouvoir-opposition, qui n'ont pu s'ouvrir que sous la pression des présidents de l'Afrique du sud et du Nigeria, sont présidés et coordonnés par deux "facilitateurs" du dialogue interzimbabwéen, émissaires de Thabo Mbeki et Olusegun Obasanjo: Kgalema Motlanthe, secrétaire général du parti au pouvoir en Afrique du Sud, le Congrès national africain (ANC) et Adebayo Adedeji, diplomate nigérian.


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