N°258
du 04/11/2002

Zimbabwe


Leurs dirigeants démissionnent
Les fermiers blancs divisés

La démission des deux principaux responsables du Syndicat des fermiers commerciaux du Zimbabwe (CFU) illustre les divisions de la petite communauté des fermiers blancs face la réforme agraire du président Robert Mugabe pour redistribuer leurs terres à la majorité noire.
Colin Cloete et David Hasluck, président et directeur du CFU, syndicat qui regroupe les quelque 4.500 fermiers blancs du pays, ont remis leur démission, le premier “pour raisons personnelles”, le second sans explications. M. Cloete avait été élu à la présidence du syndicat en août 2001, tandis que M. Hasluck occupait son poste de directeur depuis 1984. Leurs remplaçants seront élus lors d’une réunion du “Conseil” du CFU le 26 novembre.
MM. Cloete et Hasluck étaient considérés comme des “modérés” prônant le dialogue avec le gouvernement du président Mugabe qui a lancé en février 2000 une réforme agraire afin de redistribuer à la majorité noire les terres appartenant à la minorité blanche, soit 15 millions d’hectares. Cette réforme a été mise en place pour corriger les injustices et déséquilibres hérités de la colonisation britannique, puisque 70% des terres les plus fertiles appartenaient encore alors aux Blancs 22 ans après l’indépendance.
Elle s’est accompagnée de violences sur les fermes occupées par des partisans du pouvoir - 11 fermiers tués, ouvriers agricoles jetés à la rue, bétail et récoltes détruits - et près de 3.000 fermiers blancs ont été contraints ou vont devoir quitter bientôt leurs exploitations, sans compensation du gouvernement.
Face à cette situation, la politique de dialogue prônée par MM. Cloete et Hasluck était de plus en plus contestée au sein du syndicat.
En août, des membres du CFU avaient décidé de quitter le syndicat pour créer une nouvelle association de défense des fermiers blancs, Justice pour l’agriculture (JAG), favorable à une politique nettement plus ferme à l’égard du gouvernement.
Mais quelle que soit l’attitude des fermiers blancs à l’égard du pouvoir, leur cause apparaît d’ores et déjà perdue: leurs terres ont presque toutes été redistribuées à quelque 300.000 familles noires et leur seul espoir est désormais d’essayer d’obtenir des compensations financières.
Il y a deux semaines, David Hasluck avait pour la première fois accusé le Premier ministre britannique Tony Blair de ne pas avoir “accepté” de reconnaître les responsabilités historiques de la Grande-Bretagne. “Le gouvernement britannique a totalement rejeté les compensations pour la terre basées sur notre histoire” coloniale, avait-il dit, ajoutant: “depuis que mon président (Mugabe) et Tony Blair ont rompu sur le plan diplomatique, les choses se sont aggravées pour nous”.
Surpris par cette déclaration de la part d’un représentant de fermiers considérés jusqu’alors comme étroitement liés à l’ancienne puissance coloniale, Mugabe les avait alors appelés à “rejoindre” son combat pour obtenir de Londres des compensations pour leurs terres redistribuées. Pas opposé au principe de compensations financières pour les fermiers blancs ayant perdu leurs terres, M. Mugabe a toujours estimé qu’elles devaient leur être versées par la Grande-Bretagne.

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