N° 272
du 17/06/2003

Zimbabwe


Mugabe
Des relations toujours très tendues avec le monde occidental

Cette semaine de contestation a donné lieu à une avalanche de critiques formulées par les principaux «adversaires» extérieurs du régime du président Mugabe, qui n’a pas manqué de réparties comme à son habitude.

Dès le 3 juin, les pays membres du G 8, réunis à Evian (en France), se sont déclarés «préoccupés» par les violences et ont demandé au gouvernement zimbabwéen de «respecter la liberté de manifester», dans une déclaration commune.
L’Union européenne a demandé pour sa part à Harare de «s’abstenir de toute violence et de respecter le droit qu’ont les citoyens de manifester et d’exprimer leurs opinions pacifiquement».
«Il ne faut en aucun cas qu’il soit à nouveau fait un usage excessif de la force, comme cela a été le cas lors de la grève générale des 18 et 19 mars», a mis en garde dans un communiqué la présidence grecque de l’UE.
Le 2 juin, le ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw avait exprimé sa préoccupation en ces termes : «Je suis extrêmement inquiet face aux informations selon lesquelles la police et des militaires ont dispersé par la force des manifestants pacifiques et selon lesquelles au moins une personne aurait été blessée par balle».
Entrant à son tour dans la danse, le Parlement européen (PE) a condamné, dans une résolution adoptée le 5 juin, «la répression toujours plus violente exercée par le régime du président Robert Mugabe à l’encontre du peuple» du Zimbabwe.
Et le Parlement européen de demander «la libération immédiate des prisonniers politiques».
Pour sa part, le chef de la diplomatie américaine Colin Powell a tracé un parallèle entre les gouvernements birman et zimbabwéen pour leurs campagnes de répression contre leurs oppositions respectives, et il a condamné les deux gouvernements pour le traitement qu’ils infligent à leurs principaux dissidents.
Le département d’Etat américain avait précédemment réclamé la remise en liberté immédiate de l’opposante birmane en qualifiant son maintien en détention de «honteux et inacceptable». Il avait également réclamé la libération du chef de l’opposition zimbabwéenne, Morgan Tsvangirai.

Côté pouvoir, les réponses à ces critiques n’ont pas tardé. Le ministre zimbabwéen des Affaires étrangères, Stan Mudenge, a accusé les membres du G 8 de soutenir «le hooliganisme» de l’opposition dans son pays. S’exprimant devant 65 diplomates étrangers en poste à Harare, M. Mudenge a affirmé que le MDC avait «délibérément décidé d’ignorer» un arrêt de la Haute Cour de justice du Zimbabwe interdisant la semaine d’action, au motif qu’elle avait pour but «de renverser un président légitimement élu». «Il est par conséquent troublant que certains gouvernements occidentaux aient soutenu le non respect de la loi et le +hooliganisme+ du MDC en critiquant le gouvernement qui fait respecter l’état de droit», a-t-il dit.
«Cela démontre l’hypocrisie et la duplicité des financiers extérieurs et des manipulateurs du MDC», a-t-il ajouté.
Mais c’est à Robert Mugabe en personne qu’est échu l’honneur de répondre à Londres et Washington. Le président Mugabe a accusé le 7 juin les Etats-Unis et la Grande-Bretagne d’agir «illégalement» dans son pays.
Lors des funérailles à Harare de la veuve de l’ancien vice-président Joshua Nkomo, Robert Mugabe a estimé que la semaine d’action contre son gouvernement était destinée «à renverser anticonstitutionnellement le chef d’Etat du pays», en l’occurrence lui.
«Comme elles sponsorisent le MDC, j’espère que les ambassades de Grande-Bretagne et des Etats-Unis réalisent qu’elles le font afin de parvenir à un objectif illégal», a-t-il dit.
«Elles agissent illégalement sur notre sol et je les avertis que leur comportement ne peut être toléré pour toujours par mon gouvernement», a ajouté le président Mugabe qui a une nouvelle fois accusé l’opposition de vouloir brader «la souveraineté nationale».
Montant même d’un cran ses menaces, Robert Mugabe a menacé d’expulser l’ambassadeur de Grande-Bretagne, Brian Donnelly, en invoquant son «ingérence» dans les affaires intérieures du Zimbabwe.
En réponse à ces accusations, la Grande-Bretagne a démenti avoir jamais soutenu les actions de protestation menées contre le régime. «Le gouvernement britannique et la Haute Commission (ambassade à Harare) n’ont joué aucun rôle, d’aucune manière que ce soit, dans le financement et l’organisation des grèves et protestations de la semaine dernière», a réagi dans un communiqué l’ambassade britannique à Harare.

Seul motif de satisfaction pour l’heure pour le président Mugabe, le Canada a rejeté le 13 juin une demande de l’opposition canadienne visant à encourager l’inculpation internationale de Mugabe pour crimes contre l’humanité.
Une adjointe du ministre des Affaires étrangères, Aileen Carroll, a souligné que le gouvernement d’Ottawa faisait déjà tout ce qu’il pouvait au sein du Commonwealth pour un retour de la stabilité au Zimbabwe et rappelé qu’une telle inculpation, réclamée par le député Keith Martin de l’Alliance canadienne, le principal parti de l’opposition, nécessiterait une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu.

Enfin la touche comique est venue du Commonwealth qui a invité par erreur à un Forum scientifique de l’organisation à Johannesburg la ministre des sciences du Zimbabwe, pays interdit de participation aux réunions ministérielles du Commonwealth. Le Zimbabwe est actuellement interdit jusqu’en décembre 2003 de participation aux réunions ministérielles du Commonwealth.

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