N° 221
du 12/01/2001

Burundi


Le président Buyoya et le chef des rebelles du FDD
décident "d'entamer le dialogue"

Le président Pierre Buyoya a annoncé le 10 janvier à Libreville avoir "convenu d'entamer le dialogue" avec le chef du principal mouvement rebelle hutu burundais, Jean-Bosco Ndayikengurukiye.
Le président burundais a noué un premier dialogue dans la capitale gabonaise, avec le chef des Forces pour la défense de la démocratie (FDD), grâce à l'entremise des présidents gabonais Omar Bongo et congolais Laurent-Désiré Kabila.
"Nous avons convenu d'entamer un dialogue dans les meilleurs délais pour rétablir la stabilité dans le pays", dans le cadre de la médiation de l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, a-t-il précisé.

Absents de la signature de l'accord de paix d'Arusha (Tanzanie) le 28 août sous la médiation de Mandela, les FDD ont donc accepté d'entrer dans le processus de paix pour tenter de mettre fin à la guerre civile entre le régime, dominé par la minorité tutsie, et plusieurs mouvements rebelles hutus.
Le futur "débat" aura lieu sous la médiation sud-africaine, en contact également avec l'autre groupe armé hutu actif sur le terrain, les Forces nationales de libération (FNL), a précisé M. Buyoya.
Les deux hommes qui ne s'étaient pas officiellement rencontrés depuis des négociations à Rome en 1997, se sont entretenus en présence du président gabonais Omar Bongo et du chef de l'Etat de la République démocratique du Congo (RDC), arrivé en compagnie du chef rebelle dont les troupes font partie de la coalition loyaliste dans le conflit en RDC.
Cette rencontre surprise, a été préparée par un entretien de MM. Kabila et Buyoya le 24 décembre à Lagos, elle-même initiée lors de contacts pendant le sommet des bailleurs de fonds du Burundi, en décembre à Paris.

En résumé, Buyoya espère faire rentrer dans le rang les rebelles hutus, à charge pour Kabila de les neutraliser. En contre-partie, ce dernier espère que le Burundi va se désengager de son pays et retirer son appui aux rebelles en lutte contre le pouvoir de Kinshasa. Concernant la présence de troupes burundaises sur le territoire de la République démocratique du Congo (RDC), M. Buyoya a indiqué que son gouvernement n'avait "jamais caché aux Congolais" avoir "pris des mesures de sauvegarde sur sa frontière".
"Bien sûr, la fin de la guerre au Burundi, la fin de la menace des infiltrations de la rébellion à partir du Congo pourra aussi, le moment venu, faire évoluer cette situation", a-t-il dit. Les présidents congolais et burundais sont chacun dans des camps opposés dans le conflit en RDC. Bujumbura a des troupes en RDC et est accusé de soutenir la coalition rebelle aux côtés du Rwanda et de l'Ouganda.
Jusqu'à présent, les FDD comme les FNL avaient posé des préalables à ces négociations directes, notamment la libération des prisonniers politiques et la fermeture des camps de regroupement au Burundi.
Plusieurs inconnues pèsent pourtant lourdement sur la suite du processus et l'éventualité d'un cessez-le-feu souhaité par le président burundais. Au premier rang figurent l'attitude des FNL, actives autour de Bujumbura et beaucoup moins liés au gouvernement de Kinshasa.
La complexité de la situation en RDC, qui rejaillit sur le conflit burundais, risque également de cantonner cette rencontre historique dans une dimension symbolique. Les FDD sont actuellement déployés au sein de la coalition loyaliste au Katanga (sud-est de la RDC) et l'on image mal Kabila pouvoir les neutraliser en un tour de main.
Les responsables de la défense de la République démocratique du Congo (RDC) et du Burundi vont se réunir au Kenya pour "étudier les modalités" d'un désengagement militaire burundais en RDC. Il s'agira d'étudier à Nairobi les modalités pratiques de retrait des troupes burundaises et des éléments armés des FDD qui sont basés en territoire congolais.


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