N° 232
du 16/07/2001

Burundi


L'accord de paix enfin en voie d'application

Près d'un an après leur signature à Arusha, le 28 août 2000, les accords de paix sur le Burundi sont enfin en voie de concrétisation avec la formation annoncée d'un gouvernement national de transition, même si la guerre civile qui ensanglante le pays depuis 1993 continue.
Les efforts de l'ex-président sud-africain Nelson Mandela, médiateur dans le conflit depuis décembre 1999, après le décès de l'ex-président tanzanien Julius Nyerere, ont fini par porter leurs fruits: la transition politique portant en elle le partage du pouvoir entre Tutsis et Hutus va débuter prochainement, sans doute après un dernier sommet régional prévu à Arusha, le 23 juillet prochain.
Pierre Buyoya, arrivé au pouvoir en juillet 1996 à la faveur d'un coup d'Etat soutenu par l'armée à majorité tutsie, restera chef d'Etat pour les premiers 18 mois de la période de transition prévue par l'accord de paix.
Il a confirmé le 11 juillet à Lusaka qu'il quittera alors le pouvoir comme prévu par l'accord, finissant par avouer sans manifester une grande joie: "je suis content".
Son vice-président sera Domitien Ndayizeye, secrétaire général du principal parti hutu, le FRODEBU, avait déjà annoncé à Pretoria le médiateur Nelson Mandela.
Pour les 18 mois suivants de la transition, le président, qui devra être un Hutu, et le vice-président, un Tutsi, restent à désigner entre les groupes politiques burundais parties au processus de paix.
Le président Buyoya a indiqué que cette transition pourra débuter sans le cessez-le-feu qu'il réclamait depuis plusieurs mois pour participer à sa mise en place. Sans doute, les efforts répétés des chefs d'Etat africains ont fini par le convaincre.
Le 8 juillet, en marge des travaux du sommet de l'OUA à Lusaka, il participait encore à une réunion avec Nelson Mandela, le président rwandais Paul Kagame, l'ougandais Museveni, le kenyan daniel arap Moi, le ministre des Affaires étrangères tanzanien Jakaya Kikwete et le leader libyen Mouammar Khadafi.
Cette transition sera effective quand un gouvernement national de transition sera formé, "le plus rapidement possible", a dit le président burundais en déclarant que "tout cela devait être précisé" lors du prochain sommet prévu à Arusha.
"L'une des deux principales questions de l'application des accords de paix, -qui conduira la transition?- a été réglée", a pu dire le président burundais. "Il reste le problème de la sécurité", a-t-il ajouté, alors que depuis trois mois les infiltrations depuis la République démocratique du Congo de forces rebelles hutues se sont intensifiées et les incidents armés se sont multipliés.
"Nous continuerons de négocier un cessez-le-feu", a commenté Pierre Buyoya, qui ouvrira la voie au déploiement d'une force internationale africaine.
Quatre pays ont donné leur accord pour envoyer des contingents: le Sénégal, le Ghana, le Nigeria et l'Afrique du sud.

Les rebelles FNL continueront de se battre

L'un des deux mouvements rebelles, les Forces Nationales de Libération (FNL), a aussitôt annoncé qu'il continuera de se battre, au lendemain de l'accord de Pretoria. "Il n'y a rien de nouveau si Buyoya reste président (...), ou même un autre, et cela (l'accord de Pretoria) ne nous concerne pas", a déclaré le porte-parole des FNL, Anicet Ntawuhiganayo. "Nous avons notre propre programme, qui est de lutter contre le régime actuel injuste jusqu'à ce qu'il tombe et nous continuerons à lutter jusqu'à ce qu'il tombe", a-t-il ajouté.
"Ce qui vient d'Arusha ne nous concerne pas, nous n'y avons pas participé", a répété M. Ntawuhiganayo. "Si l'on veut qu'il y ait de vraies négociations, cela doit se faire entre nos combattants et les militaires, directement, car ce sont eux qui ont le pouvoir, le gouvernement est à leurs ordres", a-t-il assuré.
Les FDD et les FNL se sont engagées, à des degrés divers depuis plusieurs mois, dans des contacts directs mais discrets avec le gouvernement et l'armée, en Afrique du Sud sous l'égide du vice-président Jacob Zuma mandaté par M. Mandela, et, pour les FDD, lors de rencontres à Libreville avec M. Buyoya. Sur le terrain, les rebelles ne désarment pas, bien au contraire. Trois civils et huit rebelles ont été tués les 16 et 17 juillet, dans trois attaques distinctes de la rébellion.
Deux civils ont péri dans une attaque des Forces pour la défense de la démocratie (FDD) dans la ville de Rumonge (sud-est). Un membre des "gardiens de la paix", force d'autodéfense civile créée et armée par le pouvoir, a lui été blessé, dans les combats qui ont suivi entre cette milice et les FDD. La veille, le dimanche 16 juillet, huit rebelles des FDD avaient été tués "au cours d'une opération" menée par l'armée et les gardiens de la paix dans la même zone.
Le 17, c'est un jeune garçon qui a été tué au cours d'une attaque à Kamenge, un quartier hutu du nord de Bujumbura. Les rebelles seraient venus de "Tenga", une forêt dense au nord de Bujumbura, sanctuaire des rebelles des Forces Nationales de Libération (FNL).


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