N° 237
du 15/10/2001

Burundi


Accord à Pretoria sur le "partage du pouvoir"
mais pas sur le cessez-le-feu
ni sur une force de protection des exilés

Un sommet qui s'est tenu à Pretoria sur le Burundi entre les chefs d'Etat de la région, s'est achevé le 11 octobre sans accord de cessez-le-feu, mais a toutefois permis une entente sur le futur "partage du pouvoir", selon l'actuel président burundais, Pierre Buyoya.
Nelson Mandela, médiateur du processus de paix interburundais, a regretté qu'aucun accord n'ait pu être obtenu lors du sommet, ni sur la composition d'une force de protection des exilés, ni sur un cessez-le-feu, les deux points essentiels abordés lors de la réunion.
M. Mandela avait toutefois assuré que le gouvernement de transition serait mis en place comme prévu au 1er novembre, conformément à l'accord de paix d'Arusha signé le 28 août 2000 entre le gouvernement et l'opposition politique hutue et tutsie.
"Au niveau politique, le travail de répartition des postes ministériels entre le G10 (partis tutsis) et le G7 (partis hutus) est terminé", a annoncé M. Buyoya à son retour du sommet de Pretoria, qui rassemblait cinq chefs d'Etat africains, les 19 partis signataires des accords de paix d'Arusha et les deux principaux groupes rebelles.
Les interlocuteurs burundais sont "parvenus aussi à un accord sur la composition des futurs Parlement et Sénat de transition", a-t-il ajouté. Il ne reste plus à définir que "la répartition des responsabilités au sein des familles politiques" hutue et tutsie, a-t-il souligné.

Représentés à Pretoria, les deux principaux mouvements rebelles au Burundi, les Forces nationales de libération (FNL) et les Forces pour la Défense de la démocratie (FDD), non signataires des accords d'Arusha, "ont accepté de reprendre les négociations dans les meilleurs délais", a encore rappelé le président burundais.

Le président Bongo et le vice-président Zuma ont été chargés de conduire ces négociations.
Au sommet de Pretoria, le dirigeant des FDD, Jean-Bosco Ndayikengurukiye, avait émis le souhait que le président du Gabon, Omar Bongo, soit le second médiateur du processus de paix, aux côtés de Nelson Mandela.
Le Président burundais a également évoqué son accord avec le vice-président sur "une unité de protection composée de burundais". Avant sa mise en place, "l'Afrique du sud fournira les éléments de sécurité pour qu'ils puissent Être disponibles avant le 1er novembre", en attendant leur renforcement par les quatre pays qui ont promis d'aider le Burundi.
L'Afrique du Sud, le Nigeria, le Ghana et le Sénégal vont envoyer "une mission militaire" qui aura pour mission "d'assurer la sécurité des leaders qui vont rentrer d'exil et de participer aussi à la formation de l'unité composée de burundais, avant le cessez-le-feu", a encore expliqué M. Buyoya.

Mandela irrité

Visiblement exaspéré, Nelson Mandela a mis en cause lors d'une conférence de presse les partis politiques burundais et les rebelles pour leur manque de volonté d'aboutir. "Presque aucune partie au Burundi ne semble pressée d'aboutir à un règlement", a-t-il dit, ajoutant que le processus de paix au Burundi était "dangereusement lent, pénible et coûteux".
Il a indiqué que les signataires des accords d'Arusha n'avaient pu se mettre d'accord sur la composition et la taille de la force de protection censée protéger les quelque 150 exilés burundais qui doivent revenir dans leur pays pour participer à la vie politique. Cette question était la raison essentielle de la tenue de cette réunion de Pretoria, après l'échec d'une réunion tenue à Arusha le 1er octobre.
Lors de cette précédente réunion, la mise en place d'une unité mixte Hutus-Tutsis n'avait pu faire l'objet d'un accord.
Une solution alternative avait été prévue avant la réunion de Pretoria, prévoyant la mise en place d'une force de protection composée de soldats de quatre pays africains, le Ghana, le Nigeria, le Sénégal et l'Afrique du Sud.
Mais Nelson Mandela a souligné qu'en l'absence d'un accord des parties, "il ne sera pas facile de mobiliser les quatre pays pour mettre des troupes au Burundi".
La réunion de Pretoria n'a pas non plus abouti à un cessez-le-feu avec les deux principaux mouvements rebelles, les Forces nationales de libération (FNL) et les Forces pour la Défense de la démocratie (FDD), non signataires des accords d'Arusha. C'était pourtant la première participation des FDD et des FNL à un sommet régional depuis qu'ils ont quitté en 1998 le processus de paix d'Arusha.
Selon le calendrier prévu, l'actuel président Pierre Buyoya va diriger à partir du 1er novembre les dix-huit premiers mois de la transition, le secrétaire général du Front pour la démocratie au Burundi (FRODEBU), Domitien Ndayizeye, assurant la vice-présidence.
Ensuite, le Burundi aura un président hutu et un vice-président tutsi pour la seconde moitié de la transition, qui doit déboucher sur des élections.
Nelson Mandela a indiqué que le seul point positif de la réunion avait été l'accord du FRODEBU sur la composition du futur gouvernement. Chacun des 19 partis politiques aura 4 représentants à l'Assemblée nationale et sera représenté dans les différentes structures du gouvernement.


Retour au sommaire BURUNDI

Retour Home

Retour en haut de page