N° 239
du 20/11/2001

Burundi


Le gouvernement de transition est installé
mais la paix reste éloignée
Mandela passe la main à la communauté internationale

Le gouvernement de transition au Burundi a prêté serment jeudi 1er novembre, à Bujumbura, instaurant sur le papier un partage équitable du pouvoir entre Hutus et Tutsis, avec la tâche difficile de négocier la paix avec les rebelles hutus pour mettre fin à huit années d'une guerre civile très meurtrière.
En annonçant que les deux principaux mouvements rebelles sont "prêts à négocier avec le nouveau gouvernement", ce qu'a immédiatement démenti l'un d'eux, Nelson Mandela a passé son bâton de médiateur à la communauté internationale, pressant l'ONU de déployer une force de maintien de la paix.
A 83 ans, l'ancien président sud-africain s'est dépensé sans compter pendant deux ans pour faire progresser un processus laborieux qui a débouché, le 28 août 2000, sur l'accord de paix d'Arusha (Tanzanie), signé par le pouvoir dominé par la minorité tutsie (15% de la population), et l'opposition hutue et tutsie.
L'accord de paix, rejeté par les rebelles des Forces pour la Défense de la Démocratie (FDD) et des Forces Nationales de Libération (FNL), prévoyait la mise en place d'institutions de transition pour une période de trois ans, au terme de laquelle doivent être organisées des élections libres.
Ce 1er novembre, seul le gouvernement de transition a été officiellement installé. D'interminables tractations bloquaient encore la mise en place du Parlement.
Outre M. Mandela et le secrétaire général de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), Amara Essy, cinq chefs d'Etat africains sur une douzaine invités ont assisté à l'investiture. La population ne se pressait pas dans les rues, presque désertes, au passage des cortèges.
Avant les 26 ministres dont les portefeuilles ont été répartis entre Hutus et Tutsis, le chef de l'Etat sortant, le Tutsi Pierre Buyoya, a prêté serment en tant que président de transition et le secrétaire général du principal parti hutu, le FRODEBU, Domitien Ndayizeye, en tant que vice-président.
M. Buyoya lui cédera sa place pour la seconde moitié de la transition.
"La responsabilité (du processus de paix) passe désormais dans les mains de la Commission de Suivi et d'Application (de l'accord d'Arusha, CSA, composée de représentants de tous les signataires) et celles de la communauté internationale, sous les auspices des Nations unies", a déclaré M. Mandela. Il a pressé le Conseil de sécurité de l'ONU de mandater rapidement une mission militaire de maintien de la paix.
Les deux principaux mouvements rebelles refusent toujours de négocier la paix. Pour le porte-parole des FNL, Anicet Ntawuhiganayo, son mouvement ne négociera le cessez-le-feu qu'avec l'armée, qu'il tient pour seule détentrice réelle du pouvoir.
Quant aux FDD, elles ont affirmé dans un communiqué être prêtes à négocier avec le nouveau gouvernement, mais réclament auparavant de sa part "des gestes de bonne volonté" comme la libération inconditionnelle des prisonniers politiques et le démantèlement des camps de regroupement de civils. Depuis ce 1er novembre, les deux mouvements ont intensifié les combats.


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